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Selon un sondage effectué par l’institut INSA pour le journal Bild, la politique de Merkel à l’égard des réfugiés est de plus en plus contestée. De nouveaux chiffres accablants pour Berlin.

Pour la première fois, la majorité des sondés (51, 9%) se disent contre la politique pratiquée depuis un an, à savoir l'accueil de tous migrants désireux de se rendre en Allemagne.

Les chiffres montrent clairement que l'approbation et le soutient à cette politique se sont inversés avec le temps. En effet, 17,5 % des sondés ont déclaré avoir récemment changé d'opinion, après avoir soutenu cette politique à ses débuts.

​Quels ont été les résultats de la politique migratoire de Mme Merkel? Mme Catherine Wihtol de Wenden, sociologue et directrice de recherche au CNRS, et Mme Christine Bierre, membre du mouvement Solidarité et Progrès, nous répondent.

Angela Merkel
© AFP 2020 Markus Schreiber
Catherine Wihtol de Wenden: « L'Allemagne a accueilli plus d'un million de demandeurs d'asile; c'est presque tout ce que l'Europe a accueilli, puisque l'Europe a accueilli 1,2 millions en 2015. D'autre part la plupart des gens ont été accueillis avec un toit; à Calais, ils dorment dans des tentes; il y a donc eu un effort de la part de la population allemande pour les accueillir dans le respect du droit d'asile et de la solidarité des pays européens, et il y a eu une grande mobilisation de la population autour de l'accueil des réfugiés; malgré les fléchissements après les évènements de Cologne, et avec la fragilisation dont elle a été l'objet de son propre parti, on peut dire que c'est quelque chose qui a été positif, à côté de la frilosité des autres pays européens. »

Christine Bierre: « Le bilan est très mauvais, parce qu'on ne peut pas dire dans l'Union Européenne aujourd'hui que l'on va accueillir un million de réfugiés, avec la crise économique actuelle; l'idée d'accepter ces réfugiés dans un contexte de changement économique aurait pu être intéressante, car la plupart sont des gens éduqués, avec beaucoup de formation; on imaginerait une Europe avec une politique de développement commun avec le reste du monde, et ces personnes auraient pu être intégrées dans cette politique; mais si l'on ne change rien, cela s'ajoute aux problèmes déjà existants, et qui sont perçus par les Allemands et les Français comme terribles. »

Comment expliquer les 52% d'opposition obtenus dans le sondage?

​Catherine Wihtol de Wenden: « L'opposition est la même qu'en France: la peur de l'autre, faire entrer des terroristes, les Länders de l'Est sont confrontés au chômage et ont peur de la concurrence apportée sur le terrain, les villes et les villages ne sont pas prêts à voir arriver de nouvelles têtes, il y a des formes de xénophobies, PEGIDA est très actif à Dresde; pour les mêmes raisons que les Européens, les Allemands sont frileux. »

Christine Bierre: «C'est très facile à expliquer. Depuis 2008, nous subissons les effets de la crise financière mondiale, et comme il n'y a pas eu de réforme bancaire, ni de nettoyage des banques en faillite, on a appliqué des mesures d'austérité très fortes. L'Allemagne, dans ce contexte déjà très dur, subit une situation dégradée pour l'emploi et dans les conditions économiques des gens dans la partie orientale du pays. A cela s'ajoute maintenant ce million de migrants, sans que rien ne change à la situation de base.

Donc, lorsqu'il y a eu l'affaire de Cologne (qui n'était pas liée aux réfugiés syriens mais avec des personnes issues de l'immigration et déjà présentes en Allemagne depuis un long moment), pour les Allemands qui ont connu par le passé le miracle et le développement économique, ça a été le déclencheur d'un rejet de la politique de Merkel, et ça s'est traduit par des résultats électoraux très forts pour le mouvement Alternative für Deutschland, dans une situation où les gens ne voient pas de porte de sortie. »

La politique allemande pourrait-elle influence la politique d'autres pays en Europe.?

Catherine Wihtol de Wenden: « L'Allemagne est assez isolée sur ce point. Les voisins de l'Allemagne sont adeptes du respect du droit d'asile de façon limitée. (…) il n'y a en fait que quelques pays européens, qui sont montrés du doigt, qui ont dits ne pas être prêts à accueillir les demandeurs d'asiles. »

Au final, ces chiffres s'accumulent à d'autres: le quart des votants de la Saxe-Anhalt soutient l'AfD, les manifestations de mécontentement grandissent à chaque fois, chaque élection est une nouvelle humiliation pour la coalition CDU/SPD, voire un clou enfoncé dans un cercueil.

Angela Merkel
© AFP 2020 Odd Andersen
Par ailleurs, cette nouvelle intervient alors que les représentations allemandes à Ankara et Istanbul ont fermé, pour cause de sécurité selon le Ministère des Affaires Etrangères.

Face à la possibilité d'un Brexit, auquel une part grandissante des Allemands semble éprouver de la sympathie, l'idée d'un « Deutsch-exit » n'est pas à écarter non plus.

S'il est facile de critiquer la Chancelière depuis l'étranger, il est plus terrible d'accepter une situation de fait pour l'Allemagne: la politique de Berlin ne correspond plus aux besoins du reste du pays, et, ce alors que Merkel a répété (une nouvelle fois) ne pas envisager de plan B.

Qui a parlé de République Fédérale, ou même de Weimar, dans ce cas-là?

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
réfugiés, demandeurs d'asile, sondage, migrants, crise migratoire, Union européenne (UE), Bild, Angela Merkel, Cologne, Europe, Allemagne
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