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    Anneau de Jeanne d’Arc

    Anneau de Jeanne d’Arc : retour en France empoisonné

    © AFP 2018 Jean-Sebastien Evrard
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    Victoria Issaïeva
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    Une reconstitution historique grandiose au nom de Jeanne d’Arc, c’est le cadeau que le directeur du Puy du Fou a offert aux visiteurs du parc dimanche. L’anneau de l’héroïne nationale est rentré en France fin février grâce aux efforts financiers des Français.

    Le 20 mars, ils pouvaient l'admirer lors de la cérémonie solennelle organisée par la direction du parc d'attraction. La « victoire » pourrait être absolue si la Grande-Bretagne ne réclamait soudainement le retour de la relique. Comme il y a 600 ans, les Anglais restent très intéressés par Jeanne d'Arc et tout ce que lui appartient.

    Pour le directeur du Puy du Fou, Nicolas de Villiers, qui a pu acheter l'anneau de Jeanne d'Arc, il n'est pas question du retour de la relique au Royaume-Uni. « Le gouvernement britannique pouvait faire valoir son droit de préemption avant la vente, il ne l'a pas fait, et le regrette», explique le fondateur du Puy du Fou. L'anneau en argent de Jeanne d'Arc date bien du XVe siècle. C'est ce qu'ont fait récemment savoir trois spécialistes qualifiés en orfèvrerie médiévale sollicités par le Puy du Fou. Nicolas de Villiers raconte le périple historique de l'anneau de Jeanne la Pucelle:

    NdV : « Les choses sont simples. Nous avons été appelés par un ami qui est un historien, qui nous a alertés sur le fait que l'anneau Jeanne d'Arc était en vente à Londres. C'était le 24 février. Et le 26 février, deux jours plus tard l'enchère a eu lieu. Donc il a fallu rassembler en quelques heures, en deux jours, des promesses de dons suffisantes pour pouvoir nous présenter à l'enchère de manière sérieuse. Nous avons rassemblé 350 000 euros de promesses de dons, ce qui était considérable en 48 heures. Et ça nous a permis de nous présenter non seulement à l'enchère mais aussi d'acquérir l'anneau pour finalement 376 000 euros. Malgré tout nous avons tenté notre chance et nous avons gagné.

    VI : Ce sont donc les Français qui ont participé à la collecte d'argent pour acheter l'anneau de Jeanne d'Arc?

    NdV : Oui, ils ont réagi en un seul élan avec leur cœur de Français, avec leur cœur d'amoureux non seulement de la France mais d'histoire de France et qui se sont dit +on ne peut pas laisser passer cette opportunité+. Et ils nous ont suivis, d'ailleurs, au-delà de toute forme de clivage, d'origine culturelle ou même sociale puisque nous avons vraiment tous les milieux sociaux confondus qui sont représentés parmi les donateurs. Ce sont les dons de 20 euros jusqu'à 50 000 euros. Donc vous voyez la palette est très large et elle montre que c'est vraiment toute la France qui était représentée parmi les donateurs.

    VI : Maintenant après l'expertise, peut-on dire que l'anneau avait bien appartenu à la Pucelle?

    NdV : Oui, absolument. Vous savez il y a eu un historien français qui s'était levé contre le fait que l'anneau puisse être authentique. En réalité, il lui-même nous a écrit une lettre que j'ai reçue ce matin. Il nous dit qu'effectivement il n'avait pas tous les éléments que nous avions. C'est assez simple: quand nous avons acquis l'anneau, nous avons eu l'accès à un certain nombre de documents qui nous ont permis de nous présenter à l'enchère et qui nous ont certifiés que l'anneau était bien authentique. Quelques historiens français, spécialistes de Jeanne d'Arc, en particulier l'un d'entre eux, n'avaient pas eu l'accès à ces documents et n'avaient même pas jugé utiles à se présenter à l'enchère pensant que l'anneau n'était pas authentique. Evidemment, peut-être, j'ose penser qu'il l'a peut-être regretté et aujourd'hui les historiens qui ont éventuellement contesté l'historicité de l'anneau, reviennent en arrière et nous accordent effectivement qu'il s'agit bien de l'anneau de Jeanne d'Arc.

    VI : Londres a fait volte-face après que vous aviez acheté la relique. Pourquoi le Royaume-Uni n'a-t-il réagi que maintenant?

    NdV : Pour une raison qui, je pense, tient à ce qu'ils (les Anglais) ne nous ont pas vu venir à l'enchère, ils n'ont pas pensé que des Français se présenteraient à l'enchère puisque nous nous sommes inscrits au dernier moment, la veille de l'enchère. Ils n'ont pas préempté l'anneau alors qu'ils avaient la possibilité de le faire lors de l'enchère. Lorsqu'ils ont vu l'énorme buzz médiatique que l'anneau de Jeanne d'Arc revenant en France a provoqué, ils se sont ravisés, semble-t-il, et ils ont sans doute été pris de regret, de remords en se disant « il faut absolument qu'on trouve le moyen de rapatrier » ce qu'ils appellent « un objet de forte valeur symbolique nationale ». Naturellement, il va falloir qu'ils usent d'un certain nombre de procédures et de prétextes réglementaires pour pouvoir tenter de ramener l'anneau. Mais je vous rassure, l'anneau restera en France, nous en avons bien la ferme intention.

    VI : Vous n'envisagez pas donc de le rendre…

    NdV : Non. Je dirais que nous avons payé la rançon à l'Angleterre qu'elle pouvait attendre, certes, de manière illégitime parce qu'elle avait volé cet anneau à Jeanne d'Arc. Mais nous avons soldé cette histoire au bout de 600 ans. Voilà 600 ans que l'anneau est « prisonnier » des Anglais comme un objet qui en réalité appartenait au patrimoine français.

    VI : Les rumeurs courent que l'anneau pourrait dévoiler le secret de la mort de Jeanne d'Arc parce qu'il se peut qu'elle n'ait pas été en réalité mise à mort par l'autodafé. Croyez-vous que la relique pourrait éclaircir les circonstances de la mort de Jeanne?

    NdV : Je crois qu'il faut consulter les historiens ce que nous faisons en ce moment pour leur mettre à disposition les documents que nous avons, les expertises que nous avons faites. Peut-être ils pourront éclairer les historiens sur ces questions. Nous (au Puy du Fou) en restons simplement à avoir la fierté d'avoir rendu aux Français l'anneau de Jeanne d'Arc.

    VI : Comment le retour de l'anneau est-il perçu par les Français?

    NdV : Ça a été un engouement extraordinaire. Nous avons eu des réactions de toute la France, fantastiques, d'un enthousiasme extraordinaire parce que Jeanne d'Arc est une femme d'une grande modernité parce qu'elle dépasse toutes les époques, tous les clivages. Elle a surpassé tous les régimes politiques qui ont marqué l'histoire de France jusqu'à nos jours. Elle est toujours un symbole très fort dans le cœur des Français. Nous sommes submergés de lettres, mails, messages de toute sorte de la part de tous les Français qui nous disent +merci d'avoir permis à l'anneau de rentrer en France+.
    L'anneau va rester au Puy du Fou et pour longtemps, en tout cas il restera en France ».

    600 ans après la mort de l'héroïne nationale française, son héritage est contesté par la France et la Grande-Bretagne tout comme à l'époque de la guerre de Cent Ans. Mais cette fois les Français se montrent plus fermes à défendre leur patrimoine, contre les Anglais et même peut-être contre la Commission européenne.

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    Tags:
    Jeanne d'Arc, Royaume-Uni, France
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