Ecoutez Radio Sputnik
    Législatives russes, des élections sans enjeux, vraiment?

    Législatives russes, des élections sans enjeux, vraiment?

    © Sputnik . Igor Zarembo
    Points de vue
    URL courte
    Dimitri Boschmann
    16152

    La Russie renouvelle son parlement dimanche dans l’indifférence médiatique générale. Ce scrutin marquera pourtant quelques changements importants dans la vie politique russe.

    Certes, le vote de dimanche prochain ne permettra pas de débarrasser l'Occident du président honni de la Fédération de Russie. Mais faut-il pour autant s'en désintéresser? La Russie ne vaut-elle que parce qu'elle intervient militairement en Syrie sur le même terrain que les Etats-Unis? Sur google.news, le site google dédié à l'information, une recherche "élections russes" mène principalement vers des articles se rapportant à l'avis sur la Russie des deux candidats… à la présidentielle américaine!

    Vladimiv Poutine et Piotr Porochenko
    © AFP 2018 POOL / ALEXANDER ZEMLIANICHENKO
    Pourtant, deux changements majeurs caractérisent la version 2016 des législatives russes. Tout d'abord, il s'agit du passage au scrutin majoritaire. En 2011, un minimum de 5% au niveau national était indispensable pour qu'un parti puisse envoyer ne serait-ce qu'un représentant à la Douma. Un score inatteignable pour nombre d'entre eux. Désormais, la moitié des parlementaires sont élus au scrutin majoritaire, ce qui signifie qu'il leur suffit d'obtenir la majorité dans une circonscription pour pouvoir être représentés à l'Assemblée.

    Il faut noter ici que ce changement a été introduit par un gouvernement qui n'avait pas un grand intérêt à le faire, puisqu'il permettra à des partis libéraux d'opposition d'entrer à l'Assemblée. Selon les évaluations de l'opposant Alexeï Navalny confirmées par les sondages officiels, des partis comme Yabloko, le parti de l'intelligentsia moscovite et pétersbourgeoise, ou Parnas, de l'ancien premier ministre Kasyanov, n'auraient jamais atteint les 5% mais pourraient entrer à l'Assemblée en obtenant des majorités dans certaines circonscriptions, notamment à Moscou.

    Cette réforme électorale affectera également les favoris des élections, y compris Russie unie. Selon Ekaterina Shulman, chroniqueuse au quotidien Vedomosti, le vote majoritaire donnera une plus grande autonomie aux députés vis-à-vis des partis qui les ont formellement soutenus. Espérons que le débat parlementaire en deviendra meilleur (il est vrai que l'animosité n'était pas le point fort dont pouvait se vanter la Douma sortante).

    La concurrence politique au sein même du parti Russie Unie

    L'autre événement de cette année, ce sont les primaires ouvertes qui ont eu lieu à l'intérieur du parti Russie unie. Selon le site indépendant RBK au moins 50 députés de Russie unie l'ont perdue, et on peut s'attendre à un renouvellement de plus des deux tiers des députés du parti au pouvoir, un turnover ambitieux pour un pays comme la France où seuls 40% des députés de l'Assemblée élue en 2012 ont été renouvelés. Dans un contexte où la politique internationale menée par le président Poutine fait l'unanimité auprès des partis parlementaires, et nombre de partis minoritaires, et où le parti au pouvoir jouit d'une avance ne permettant pas une alternance, le débat démocratique commence à avoir lieu au sein même du parti.

    Poussée de la gauche?

    Alors que Russie unie caracole en tête des sondages avec 44 à 31% des intentions de votes selon les instituts, c'est la seconde place qui sera âprement disputée dimanche prochain. Qui du Parti communiste ou des souverainistes de LDPR obtiendra cette place convoitée? Selon les derniers sondages (FOM et VTsIOM), il se pourrait bien que pour la première fois depuis les élections de 1995, les nostalgiques de l'URSS passent en troisième position au profit du LDPR, le vieux parti populiste dont la popularité croissante peut s'expliquer par les tensions internationales qui préoccupent les Russes. Est-ce à dire que l'électorat russe a perdu le goût des valeurs de gauche?

    Pas vraiment. Le Parti communiste n'est pas le seul à représenter les idées de la justice sociale. Dans son cas, il s'agit avant tout d'une gauche nostalgique de l'Union soviétique et nostalgique tout court, avec un surprenant penchant pour la religion qui amuse beaucoup ses détracteurs. Mais il existe bien d'autres gauches qui rivalisent avec les communistes "old school".

    Par exemple, le parti Russie juste jadis appelé "deuxième parti du pouvoir" fait partie de l'Internationale socialiste. Il peut difficilement être comparé au PS français ou espagnol pour le côté militant, mais son programme économique est bel et bien socialiste. Il prône, par exemple, une imposition progressive dans un pays où un balayeur paie autant d'impôts sur le revenu qu'un PDG. Avec 5% dans les sondages il arrive en quatrième position et sera, sauf surprise, le dernier parti à pouvoir constituer un groupe parlementaire.

    Curieusement, cette gauche paternaliste est encore mieux représentée par une partie de… Russie unie: au sein du parti, il existe un Club social-conservateur, concurrent des clubs dits "libéral" et "patriotique". Et c'est pour cela qu'au delà de son score officiel il faudra tenir compte du rapport des forces à l'intérieur du parti.

    Finalement, du côté de l'opposition extra-parlementaire, le parti libéral le mieux placé dans les sondages est Yabloko qui s'appuie sur un électorat urbain (professeurs, médecins et fonctionnaires). Un parti libéral mais ce n'est pas du libéralisme tel qu'on le reproche à Emmanuel Macron: c'est probablement le parti russe le plus proche du PS version François Hollande. Encore la gauche.

    Pourquoi est-ce si important de parler de ce discours de gauche en Russie? Si les grandes questions de politique extérieure (Crimée, Syrie) font consensus au sein des partis parlementaires, le vrai débat se joue dans le clivage gauche-droite où la gauche occupe une place traditionnellement très importante.

    Parmi les prétendants potentiels au poste de premier ministre qui sera désigné par la nouvelle Douma, on trouve tout aussi bien l'économiste d'extrême gauche Sergueï Glaziev que le très libéral Alexeï Koudrine, tous deux conseillers du président. Dans ce contexte, selon les résultats, le président pourrait écouter la voix populaire pour désigner un premier ministre plus à la Glaziev ou à la Koudrine, l'actuel premier ministre Medvedev restant le candidat du statu quo.

    Khodorkovski veut jouer les arbitres

    Tel un Fetullah Gülen russe, réfugié à Londres, l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski semble vouloir jouer les arbitres en finançant via sa fondation Russie ouverte les campagnes de 18 jeunes candidats indépendants aux positions politiques les plus diverses. Alors qu'il n'est pas présent physiquement dans le pays, l'ancien homme le plus riche de Russie mise sur le long terme et l'émergence d'une personnalité politique susceptible de présenter une alternative au système actuel.

    L'idée est originale. D'abord parce qu'il n'y a aucune place pour les partis dans ce schéma. Les leaders de Parnas dénoncent notamment la participation de Maria Baronova soutenue par Khodorkovski face à leur candidat dans la circonscription Moscou centre-ville. Et ensuite, parce qu'il n'y a pas de plate-forme idéologique, certains candidats se déclarant "sociaux-démocrates", d'autres "libertariens" et encore "partisans d'un État fort". La seule condition: être de bonne foi et ne pas avoir peur de s'associer avec l'ancien oligarque.

    Quel avenir pour cette initiative? Cela constitue un enjeu de plus pour ces élections…

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Lire aussi:

    Radio Sputnik: Les infos du 12 septembre!
    Poutine évoque son successeur idéal
    Le lutteur de MMA Jeff Monson souhaite adhérer au parti communiste russe
    "Elections justes": manifestation de grande envergure à Moscou (PAPIER GENERAL, ACTUALISATION)
    Tags:
    Fethullah Gülen, élections législatives, opposition, sondage, Présidentielle américaine 2016, Vedomosti, Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), Parti socialiste français (PS), Russie Juste (parti), Parti communiste russe (KPRF), Iabloko (parti libéral), Douma d'État, Google, Russie unie (parti), Ekaterina Shulman, Alexeï Koudrine, Alexeï Navalny, Mikhaïl Khodorkovski, Mikhaïl Kassianov, Dmitri Medvedev, Occident, URSS, Crimée, Syrie, États-Unis, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik