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    Cheyenne Carron : « la question identitaire me semble cruciale »

    © Photo. Anna Rakhvalova
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    Jean-Baptiste Mendès
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    Le film « La Chute des Hommes » réalisé par Cheyenne Carron sort au cinéma le 23 novembre. À travers trois destins croisés, il aborde le thème de l’enfer islamiste, mais aussi de la rédemption. Entretien avec une cinéaste hors normes, au regard libre et très personnel.

    Née de parents kabyles et placée à l'âge de 3 mois dans une famille d'accueil française, Cheyenne Carron a été baptisée à l'âge de 38 ans. Autant dire qu'elle porte un regard très personnel et très riche sur les questions d'identité personnelle qui nourrissent souvent ses films. La cinéaste engagée a réalisé dix films, dont « L'Apôtre » en 2014, qui a remporté le prix de la fondation Capax Dei. Elle a autoproduit son dernier long métrage, « La Chute des Hommes ».

    Pourquoi ce titre de « La Chute des Hommes » ?

    « La Chute des Hommes », c'est l'histoire des hommes qui sans cesse se répète; les hommes se font des guerres parce qu'ils ne parviennent pas à rester humbles face à l'Autre et qu'ils veulent sans cesse dominer et peut-être aussi que cette chute pour mes personnages est une nécessité pour mieux se relever.  »

    Vous abordez aussi dans votre film une scène de fraternité entre Ukrainiens et Russes. Vous y teniez particulièrement, suite au conflit entre les deux pays?

    «  Ce conflit a divisé aussi beaucoup de personnes que je connais en France. Y compris des amis qui n'étaient ni Russes ni Ukrainiens. Cette guerre nous touche en France, car elle concerne des "frères" occidentaux. Alors nous nous sentons tous impliqués. Bien sûr, chacun y va de sa propagande, y compris dans les médias français. Au fond de moi, je crois que ces deux grands peuples ne sont pas voués à faire la guerre, mais au contraire à bâtir ensemble — dans le respect de l'histoire des deux peuples — de grandes choses.  » Lucie, la jeune Française qui part au Moyen-Orient semble idéaliste, aventurière. Après avoir été enlevée, en viendra-t-elle à comprendre ses ravisseurs et leurs motivations?

    «  Pas du tout! Face à ses ravisseurs, elle restera courageuse et digne. Elle refusera d'abjurer sa foi, et préférera la mort que de renier son identité, chrétienne par sa mère et païenne par son père.  »

    On ne s'attend pas du tout à ce qu'elle refuse de se convertir pour sauver sa vie. Est-ce que vous avez voulu dresser un parallèle avec les premiers chrétiens?

    «  Lorsque j'ai écrit le scénario, je n'avais pas pensé aux premiers chrétiens persécutés, mais vous avez raison. Lucie est le miroir de millions de chrétiens dans l'Histoire qui ont préféré la mort que de renier le Christ.  »

    © Sputnik .

    Cet extrait signifie-t-il que vous êtes optimiste pour l'avenir de la France? Pensez-vous que l'héritage chrétien et laïc de la France est une protection pour combattre l'Islam radical?

    «  Oui, je suis plutôt optimiste. De tout temps, il y a eu des fins de cycles, mais cela implique aussi des renaissances. Les nations d'Europe renaîtront, mais pour cela, il est important de ne pas oublier d'où l'on vient. C'est-à-dire que pour être fort, il faut être capable de porter un héritage et de le léguer à son tour. La question identitaire me semble cruciale. L'Europe porte une âme chrétienne, mais aussi un magnifique héritage païen, il est important qu'elle s'en souvienne. Car c'est en étant forte de ce qu'elle est qu'elle sera respectée et appréciée des gens venus d'ailleurs. Je le dis sans mépris pour ces "gens", car moi-même j'en fais partie.  »

    Vous êtes née de parents kabyles, mais vous êtes opposés au multiculturalisme. Pourquoi?

    «  Mon histoire a fait que je suis née sur un territoire, la France, que j'ai été pupille de l'État, et que j'ai été élevée par des parents français, alors je sers le pays qui m'a sauvée. C'est la moindre des choses. Si j'avais été adoptée et aimée par des parents russes, j'aurais servi le peuple russe avec la même énergie! »

    Vous dédiez ce film aux victimes du terrorisme notamment au prêtre qui vous a baptisé et qui a manqué d'être égorgé. Avez-vous pensé au père Hamel assassiné cet été?

    «  Que l'on égorge un prêtre dans une église, alors qu'il célèbre une messe, a été un événement d'une gravité extrême. Rien n'est plus grave que cela. Trois heures après le crime, je me suis d'ailleurs rendue sur place. Je devrais vous dire qu'en tant que chrétienne, je pardonne, car c'est comme cela qu'on m'a éduquée, mais en réalité il n'en est rien… peut-être ne suis-je pas une très bonne chrétienne?

    Votre filmographie reprend souvent deux thèmes très politiques et actuels: l'identité et la religion. Est-ce que cela vous empêche d'obtenir certains financements et subventions pour vos différents films?

    Effectivement, je ne parviens pas à obtenir de subvention. Je ne suis pas sûr que cela tienne à mon regard sur le monde, mais plus au fait que je n'aie pas de réseau…

    En période trouble, l'Art est un des derniers lieux où la parole est libre. Et la vocation des artistes et d'apporter une parole de vérité, qui bien sûr reste toujours subjective. Tout artiste qui porte un regard sur les temps qu'il traverse s'expose. Ça fait partie aussi de la beauté de l'engagement. Un peu comme une sorte de soldat.

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    Tags:
    identité, interview, art, cinéma, Cheyenne Carron, Syrie, France
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