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Primaire de la droite en France (32)
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François Fillon vient donc d’être élu candidat de la droite par plus de 67% de voix au deuxième tour de la « primaire » de la droite et du centre. Il devance de manière spectaculaire son adversaire, Alain Juppé.

Pourtant, la campagne pour le second tour avait été marquée par des attaques multiples, des insinuations déplaisantes, des calomnies. La faute en revient principalement à Alain Juppé, et le moins que l'on puisse en dire est qu'il n'a pas pris sereinement sa position d'outsider, lui qui était persuadé d'être le favori de l'opinion et des sondages. Les insinuations d'Alain Juppé posent d'ailleurs un véritable problème à la vie démocratique. De même en est-il de son appel, fort mal déguisé, aux électeurs de « gauche » de venir le soutenir dans la primaire de la droite et du centre. Cela revenait à vouloir faire choisir le candidat d'un camp par l'autre camp.

Le premier tour de cette primaire avait vu M. François Fillon enregistrer plus de 44,1% des 4,2 millions d'électeurs qui se sont déplacés pour cette primaire, devançant de loin Alain Juppé (28,6%) et Nicolas Sarkozy (environ 20,4%). Le second tour, qui a donc vu ce résultat largement confirmé, restera quant à lui marqué par la détestable campagne d'Alain Juppé. Non que l'on ne puisse, ou que l'on ne doive, critiquer par ailleurs les propositions et les projets de François Fillon. On l'a fait ces derniers jours (1).

Le choix mortifère de François Fillon

François Fillon veut en réalité adapter complètement la France au cadre de l'Euro et, de ce point de vue, ses propositions sont cohérentes, qu'elles concernent l'âge de la retraite, la durée du travail, l'alourdissement de la fiscalité, la diminution drastique du nombre des fonctionnaires, ou la réforme de la sécurité sociales. Mais, si ses propositions sont cohérentes, elles sont aussi catastrophiques en réalité non seulement pour la France mais au-delà pour les pays européen qu'elles enfonceront encore un peu plus dans la dépression (2). Elles entraîneraient une forte hausse du chômage en France et auraient des répercussions désastreuses dans toute l'Europe. Ces propositions sont équivalentes à ce que fut la politique de Pierre Laval en France, de Ramsay MacDonald en Grande-Bretagne, du Chancelier Brünning en Allemagne dans les années trente. Ces politiques ont conduite à des catastrophes tant économiques que politiques.

François Fillon a pour point de vue que l'Euro est irréversible et qu'il nous permet de construire un cadre commun en Europe. Je pense, et je le dis depuis des années, que rien n'est irréversible, et que l'Euro conduit en réalité l'Europe à sa destruction, d'abord économique, mais aussi politique. L'Euro détruira, si on le laisse faire, ce qui existe de coopération économique mais aussi et surtout de coopération politique en Europe. Je précise que je ne suis pas le seul à le dire, qu'il s'agisse de collègues économistes (3), ou d'un prix Nobel comme Joseph Stiglitz (4).

La cécité dont François Fillon fait preuve à cet égard est assez étonnante. Il le fait en réalité parce qu'il ne veut sous aucun prétexte remettre en cause la monnaie unique. Or, l'existence d'un écart lié à la fois à la sous-évaluation de la monnaie allemande dans le cadre de l'Euro et à la surévaluation de la monnaie française est indéniable. Une étude du FMI, encore lui, l'évalue à 21% (5).. Sans un écart du taux de change d'au moins 25% entre l'Allemagne et la France (et sans doute plus, de l'ordre de 30%), la France n'est pas compétitive. Mais, comment peut on obtenir un tel écart dans un régime qui fixe les parités monétaires, tout comme l'étalon-Or des années vingt et trente du vingtième siècle le faisait?

Le naufrage politique d'Alain Juppé

Quant à Alain Juppé, il s'est donc propagé en insinuations diverses. François Fillon est catholique et il n'en a pas fait mystères. Son adversaire veut en faire ce que l'on appelle un « intégriste » et met en doute ses propos sur l'avortement. Bernard Debré, soutien de Fillon et chirurgien connu, mais aussi frère et fils d'autres Debré fameux dans la vie politique, a répondu à Alain Juppé sur son blog (6): « Comment oser affirmer que François Fillon soit contre l'avortement et veuille en abolir la loi? Dis-toi bien que s'il en avait été ainsi, je ne l'aurais pas soutenu, moi qui suis chirurgien et qui ai vu les ravages mortels de l'avortement clandestin. J'ai vu mourir des jeunes filles aux urgences de l'hôpital qui s'étaient faites avorter dans des arrière-boutiques de faiseuses d'anges. Ton affirmation est non seulement fausse, mais aussi et surtout nauséabonde ».

Au-delà, les insinuations vipérines d'Alain Juppé, et ses prises de positions outrancières, convoquent la religion dans un domaine où elle n'a rien à faire. Que Monsieur Alain Juppé veuille faire référence au pape dans un débat politique (7) est clairement outrancier et surtout d'une rare stupidité. Il devrait pourtant savoir que le principe de laïcité s'oppose à cela (8).

Ces attaques ont été goulument relayées par les éditorialistes de la « gauche », dont l'exemple le plus éclairant est M. Laurent Joffrin, dans Libération du 21 novembre dernier, qui écrit: « Le révérend père Fillon s'en fait le prêcheur mélancolique. D'ici à ce qu'il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n'y a qu'un pas » (9). Au-delà de la stupidité qu'il y a à comparer François Fillon à Tariq Ramadan, il y a là une volonté de confessionnaliser le débat politique. Alain Juppé en porte la responsabilité, et c'est irresponsable de sa part. Mais, la « gauche » boboïsée, dont Monsieur Joffrin, saute sur l'occasion pour nous montrer comment elle est passée du droit à la différence à la différence des droits. Et cela est tragique. Le principe de laïcité s'impose si l'on veut un débat et non une guerre civile.

L'austérité ou l'Euro

François Fillon
© AFP 2021 PHILIPPE LOPEZ
On critiquera donc sans relâche François Fillon sur ce qu'il propose. Non pas parce que ses propositions mais parce qu'elles conduiraient à un désastre. Telles sont nos divergences. En l'état, elles sont irréconciliables. Mais, ces divergences n'autorisent personnes, et encore moins des gens qui en réalité partagent les positions de François Fillon sur l'Euro et ne présentent que des versions hypocrites de la politique qu'il a au moins le courage de présenter clairement, à déformer, dénaturer ses propos et à calomnier ce dernier. François Fillon aurait mieux fait de rester fidèle aux idées de Philippe Séguin, auquel il rendit un hommage appuyé et émouvant à l'Assemblée Nationale, mais dont il trahit aujourd'hui la pensée. D'autres ont fait un choix inverse, votant pour le traité de Maastricht pour reconnaître, quelques années après qu'ils s'étaient trompés et en tirer toutes les implications. Jean-Luc Mélenchon est de ceux là. D'autres, enfin, se sont toujours opposés, et pour des raisons argumentées, à la montée d'une Union européenne supranationale, dont on voit bien aujourd'hui qu'elle est anti-démocratique et liberticide, mais dont surtout on peut constater qu'elle mène les peuples à la misère et à la régression sociale. Plus que jamais, l'élection présidentielle qui s'annonce sera celle ou le choix de l'Euro ou de l'austérité sera le plus clair. Elle opposera deux visions de l'avenir de la France, et deux cohérences.

Fillon vainqueur
© Sputnik
Fillon vainqueur

(1) Voir Sapir J., « François Fillon, clarté et incohérences », note postée sur le carnet RussEurope, le 22 novembre 2016, https://russeurope.hypotheses.org/5446 et Sapir J., « François Fillon, de Gaulle et Jean Monnet », note postée sur le carnet RussEurope, le 21 novembre 2016, https://russeurope.hypotheses.org/5440

(2) Sapir J., L'Euro contre la France, l'Euro contre l'Europe, Paris, éditions du Cerf, 2016.

(3) Coll., L'Euro est-il mort?, Paris, Editions du Rocher, 2016

(4) Stiglitz J.E., L'Euro: comment la monnaie unique menace l'avenir de l'Europe, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2016.

(5) IMF, 2016 EXTERNAL SECTOR REPORT, International Monetary Fund, juillet 2016, Washington DC, téléchargeable à: http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx

(6) http://www.bernarddebre.fr/2016/11/22/lettre-ouverte-a-alain-juppe-2/

(7) http://www.bfmtv.com/breves-et-depeches/contrairement-a-fillon-juppe-est-plus-proche-du-pape-francois-que-de-la-manif-pour-tous-1062000.html

(8) Voir mon ouvrage Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Editions Michalon, 2016.

(9) http://www.liberation.fr/france/2016/11/21/sacristie_1530009

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Alain Juppé, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy, France
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