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    OPEP, un accord historique ou de la dernière chance ?

    © REUTERS/ Leonhard Foeger
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    Maxime Perrotin
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    Les pays membres de l’OPEP sont parvenus à un accord « historique » : 11 de ses 14 membres réduiront leur production d’or noir à compter du 1er janvier, en vue de rééquilibrer l’offre et la demande sur un marché où le baril de brut flirte avec les 50 dollars. Trois fois moins qu’il y a deux ans. Pourquoi un tel accord et pourquoi maintenant ?

    Les pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sont tombés d'accord mercredi 30 novembre à Vienne: ils réduiront leur production globale de 1,2 million barils par jour à partir du 1er janvier. Une nouvelle qui a entraîné une envolée du cours du Brent, le baril de référence est repassé au-dessus de la barre symbolique des 50 dollars pièce, prenant au passage près de 9 % dans la journée. Une hausse « absolument considérable », souligne le président de Stratégies et Politiques Energétiques (SPE), Francis Perrin.

    Après les marchés, le premier ravi par l'accord est Téhéran. Si l'Arabie Saoudite, comme 11 des 14 pays membres, devra abaisser sa production, de près de 500 000 barils/jour dans le cas du royaume, l'Iran est quant à lui autorisé à l'augmenter de 90 000 barils/jour. Une excellente nouvelle pour la République islamique. Deux autres pays sont également exemptés d'efforts: la Libye, déchirée par cinq années de guerre civile et le Nigeria qui voient ses installations pétrolières dans le delta du Niger régulièrement attaquées par la rébellion.

    Pour Francis Perrin, la réussite de l'accord réside justement dans ces concessions vis-à-vis de l'Iran, acceptées par l'Arabie Saoudite. Une prouesse rendue possible grâce à de nombreuses tractations entre différents pays, qu'ils soient de l'OPEP ou non. Au-delà des rivalités qui peuvent demeurer entre pays producteurs, l'intérêt commun semble l'avoir emporté. Un baril à 50 dollars, c'est tout de même encore deux fois moins qu'il y a deux ans et trois fois moins qu'en juillet 2008.

    « L'intérêt commun de tous les pays producteurs, au-delà de leurs divergences, en termes de population, de richesses, de réserves pétrolières, de situation politique, d'intérêts stratégiques, c'est le fait que tous ces pays ont besoin que les prix du pétrole ne soient pas trop bas pour leur balance commerciale, pour leur balance des paiements, pour leurs recettes budgétaires, pour leur croissance économique, pour le bien-être de leur population. »

    Beaucoup soulignent une première depuis huit ans et rappellent le précédent effondrement du Brent en 2008. Les mêmes se demandaient de quels leviers disposait encore l'organisation pour peser sur un marché déséquilibré depuis plus de deux ans. Un procès en impuissance démenti, donc, par ce que le président de l'OPEP, Mohammed Ben Saleh Al-Sada, a qualifié l'accord « d'historique ».

    Pour autant, Francis Perrin tient à relativiser. Pour lui, cet accord de Vienne est la suite logique de rencontres précédentes qui se sont bien passées, notamment à Alger fin septembre.

    L'inversion de la courbe du cours du baril à l'été 2014 coïncide étonnamment avec l'entrée en vigueur des sanctions occidentale contre la Russie, la privant d'une part de ses revenus. Elle est intervenue aussi au moment où l'Iran revenait sur la scène diplomatique grâce au réchauffement diplomatique entre Washington et Téhéran. Mais pour Francis Perrin, l'Arabie Saoudite et les autres membres de l'OPEP n'étaient pas dans une logique géopolitique lorsqu'ils se sont réunis en novembre 2014:

    « L'idée était comment réagit-on à une chute des prix qu'on n'a pas provoqué? »

    Début octobre 2015, alors que l'intervention russe en Syrie n'en était qu'à sa première semaine, un journaliste du Daily Telegraph accusait la Russie de vouloir ajouter du chaos au chaos pour redresser le cours du Brent, rajoutant sans complexe que l'effondrement du cours du baril avait été orchestré par les États-Unis.

    Une « stratégie américaine de ruiner Moscou » pour reprendre les mots de l'auteur, rendue possible grâce au soutien de ses alliés de la péninsule arabique… tous membres de l'OPEP.

    Mais pour Francis Perrin, si ces pays producteurs ont maintenu volontairement, voir augmenté, leur production d'hydrocarbures pour faire plonger les prix du marché, il s'agissait pour les pays de l'organisation d'écraser les velléités de nouveaux acteurs sur le marché. Certains auraient pu profiter d'une éventuelle baisse de la production — et donc d'un maintien élevé des prix — pour s'emparer de parts de marchés:

    « En 2014, l'Arabie Saoudite n'a pas voulu la chute des prix. L'augmentation de la production, qui a généré un excédent de l'offre sur la demande n'est venue ni de l'Arabie saoudite, ni d'un autre pays de l'OPEP, ni d'un pays du Moyen-Orient, cet excédent est venu de deux pays: les États-Unis et le Canada. »

    Une méthode coûteuse pour Ryad, dépendante des hydrocarbures à 90 % de ses revenus. Ghawar, le plus gros gisement du royaume, qui fournit plus de la moitié de la production nationale depuis 65 ans, serait en passe de s'épuiser. L'Arabie Saoudite faisait de plus face à des luttes intestines, la maison Saoud étant alors de plus en plus critiquée pour sa gestion des affaires du pays. Rappelons également que le royaume saoudien s'est lancé dans des aventures militaires au Yémen, où elle s'est empêtrée malgré le soutien américain.

    Francis Perrin cite alors trois sources de pétrole non conventionnel en provenance des producteurs nord-américains: le pétrole de schiste et le pétrole extrait de réservoirs compacts aux États-Unis et le pétrole extrait des sables bitumineux au Canada (Province de l'Alberta). Un mécanisme qui a « en partie fonctionné » pour Francis Perrin:

    « La production pétrolière des États-Unis est passée par un pic en avril 2015, et a commencé à diminuer à partir de mai 2015, parce que les prix étaient tombés à un niveau trop bas et que certaines compagnies pétrolières américaines fermaient certains projets, puis certains champs. »

    Une tendance qui devrait durer jusqu'à la fin de l'année. Pour que cette victoire de l'OPEP s'inscrive dans la durée, il est dans l'intérêt des pays producteurs de l'organisation que le cours ne remonte pas trop vite.
    Pour Francis Perrin, l'accord de l'OPEP consiste donc à stopper la casse…

    « C'est un point clef pour l'OPEP. Ils veulent bien entendu faire remonter les prix du pétrole qui sont trop bas, comme le veulent d'ailleurs la plupart des pays non-OPEP, mais il ne faut pas que les prix remontent trop haut et trop rapidement, sinon cela rendra de nouveau rentable l'exploitation du pétrole de schiste aux États-Unis, dans certains États, bassins pétroliers, champs, où on avait réduit la production faute de non-compétitivité, de non-rentabilité. »

    Francis Perrin rappelle qu'avant la réunion qui a abouti à l'accord, les ministres algériens et iraniens de l'Énergie planchaient sur des brochettes de prix allant respectivement de 50 à 60 ou 55 à 65 dollars le baril, des ambitions mesurées, souligne le président de SPE:

    « Les hypothèses de l'OPEP sont extrêmement raisonnables. Il ne s'agit pas de dire "nous voulons que les prix remontent à 80, 90 ou 100 dollars par baril", parce qu'on sait très bien qu'à ce moment-là on verrait à nouveau la production pétrolière américaine repartir à la hausse et cela pourrait recréer un excédent pétrolier sur le marché mondial qui ferait à nouveau chuter les prix. »

    Pour lui, si l'OPEP a remporté hier une victoire, il reste désormais aux pays producteurs et exportateurs de pétrole à confirmer la tendance haussière, en convainquant les marchés.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    OPEP, Vienne
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