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Primaire de la gauche en France (31)
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La guerre des François n’aura pas lieu. Face à François Fillon, à gauche, la seule certitude à ce jour est que ce ne sera pas François Hollande. La voie est à présent ouverte pour les primaires de la Gauche et ses candidats… Vont-ils assumer l’héritage de Hollande ou exercer leur « droit d’inventaire » sur son quinquennat ?

Francois Hollande
© REUTERS / Philippe Wojazer
François Hollande ne sera finalement pas candidat à sa succession. Alors que la question de sa présence à la primaire de la gauche se faisait de plus en plus insistante, la voilà à présent tranchée. Lors de son allocution jeudi soir, en direct depuis l'Élysée, le président a appelé à « un sursaut collectif, qui engage tous les progressistes, qui doivent s'unir dans ces circonstances ». Il s'est dit conscient des « risques que feraient courir » sa candidature « qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle » et il ne pouvait se résoudre « à la dispersion de la gauche, à son éclatement. »

Quelles conséquences ce retrait va-t-il avoir sur la primaire de la gauche, dont le premier tour est dans sept semaines, quel droit d'inventaire exerceront les candidats ? Pour le député PS Jérôme Lambert, pas de doute que cette nouvelle va délier les langues :

« Cela va libérer la parole, bien sûr, ce droit d'inventaire aurait existé. Dans une primaire au sein d'un même courant de pensée, tout n'aurait pas été permis si le président sortant avait été candidat. Maintenant, je crois qu'on peut libérer un peu plus la parole et surtout faire avancer d'autres propositions. »

La Gauche, avance à quelques mois des élections en ordre de bataille dispersé, avec hors primaire, les candidatures de Jean-Luc Mélenchon (Parti de Gauche), Yannick Jadot (EELV) ou le très médiatique Emmanuel Macron (En Marche !). Citons aussi la radicale de gauche Sylvia Pinel, qui zappe l'étape des primaires, ainsi que Nathalie Arthaud et Philippe Poutou pour la gauche la plus radicale.

Dans un tel contexte, pour l'ancienne avocate Emmanuelle Gave, directrice exécutive du Think-Tank l'Institut des libertés, un boulevard s'ouvre devant Manuel Valls :

« Manuel Valls était dans les starting-blocks depuis un bon moment, c'est peut-être cela qui a précipité cette démission de François Hollande […] Manuel Valls va plus ou moins s'imposer comme le candidat "naturel" de la gauche. »

Concernant des points clefs du quinquennat de Hollande, qu'il s'agisse de la loi travail ou de la déchéance de nationalité, la gestion de la crise des migrants ou encore de l'impôt à la source, peu de chance donc que Manuel Valls reviennent sur ces questions, tant pour des raisons politique que de caractère. Emmanuel Gave le décrit en effet comme une personne « pas vraiment très souple sur toutes les questions sociétales » et ayant une aversion pour les choses mal gérées : « C'est quelqu'un, à l'époque où il gérait la ville d'Évry, était quand même une main de fer dans un gant de fer ». S'il semble peu apprécié des médias, l'experte rappelle à sa décharge que les journalistes n'ont pas fait preuve d'une grande justesse dans leurs analyses ces derniers temps…

« Écoutez, quelqu'un comme Manuel Valls, qui fait partie du gouvernement ne peut pas dire du mal, il peut difficilement faire autre chose que de saluer le bilan formidable du bilan Hollande […] François Hollande lui-même a expliqué qu'il avait tout fait bien, qu'il était venu qu'il avait vaincu, mais quand même que c'était pour ça qu'il partait. »

Une attitude, en se basant sur les médias, dont elle estime qu'elle est partagée par l'ensemble des candidats de gauche. Cette ligne serait d'autant plus justifiée que le candidat — naturel — du futur parti socialiste sera lui-même un ex-Premier ministre. Pour notre experte, il n'y a pas d'intérêt à critiquer la politique de Hollande :

« François Fillon se présente à droite avec une telle adhésion populaire, de la part de la droite ou des autres. Cela serait un peu non stratégique de battre sa coulpe, de dire pourquoi pendant cinq ans ce qu'avait fait François Hollande était complètement nul en oubliant de détruire le programme de François Fillon. »

Emmanuelle Gave décrit un électorat fractionné, faute de candidature unique et de leader naturel à gauche :

« En stratégie pure, la gauche est assez mal là, parce qu'il n'y a pas de leader naturel. Ils vont se retrouver avec un fractionnement des voix tel que parfois j'en suis à me demander si François Fillon ne pourrait pas passer au premier tour avec 51 % et qu'on n'ait même pas de deuxième tour. »

Pour autant, la gauche en a-t-elle fini avec l'émiettement ? De nouvelles candidatures pourraient-elles émerger ? Une hypothèse plausible pour Emmanuelle Gave, qui estime que l'annonce du retrait de François Hollande pourrait donner des ailes à certains petits candidats écologistes, même s'il paraît difficile dans un laps de temps restreint (moins de deux semaines pour déposer les candidatures) de rassembler les parrainages nécessaires. Si de nouvelles candidatures apparaissaient dans cette campagne présidentielle, elle se situerait plutôt au centre-gauche, toujours en grande partie en raison d'Emmanuel Macron. Et les femmes ?

« Ségolène Royale, si elle voulait y aller, elle se serait un peu plus manifestée que cela. »

… Sachant que sa position au sein du parti aurait normalement pu lui permettre de sentir que son ancien compagnon était sur le départ. Quant à Christiane Taubira, elle a toujours indiqué qu'elle ne se présenterait pas face à François Hollande. Une pétition, qui a déjà rassemblé 75 000 signatures, l'appelle à se dévouer : « À l'aide ! C'est toute la gauche qui vous réclame, madame Taubira ! » La voie est maintenant libre. Entendra-t-elle ses fans ?

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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élections, François Fillon, François Hollande, France
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