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    Quand les réseaux sociaux favorisent le trafic de migrants

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    Gaëlle Nicolle
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    Selon Europol, 90 % des migrants sont passé par un réseau criminel pour atteindre l’Europe. Une logistique sordide entre trafiquants d’êtres humains et migrants, que les médias sociaux ont facilitée. Voyage dans le côté obscur de Facebook et de ses homologues.

    Grande crise, gros bénéfice. Pour Rob Wainwright, le directeur d'Europol, le trafic de migrants est « l'activité criminelle ayant la plus forte croissance en Europe». Toujours selon l'office européen de police, les passeurs auraient engrangé un bénéfice estimé entre 4 et 6 milliards d'euros pour l'année 2015. Un trafic illicite soutenu par des moyens bien licites. Pour organiser un voyage clandestin jusqu'en Europe, il y a le bouche-à-oreille, mais surtout les réseaux sociaux. Peu coûteux et plus sûrs, ils donnent une plateforme aux passeurs: sous couvert de croisière ou d'entraide à l'immigration légale, les trafiquants en profitent pour recruter de futurs clients, présenter leurs offres et leur tarifs.

    Facebook, WhatsApp, à chaque étape logistique son média:

    « Les passeurs vont recruter toute une série de clients et une fois qu'ils sont suffisamment nombreux, on affrète un bateau et on convient d'un prix »

    explique François Genemme politologue au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri).

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    «Frères, message à ceux qui partent avec nous pour l'Italie: dépêchez-vous car c'est bientôt la clôture de réservation. Dernière réservation possible: 23/12/2016"

    Trouver une page Facebook dédiée, rien de plus simple. Ici, un groupe public pour Syriens et Irakiens se destine à « aider les personnes qui souhaitent immigrer vers l'Europe », en proposant d'« échanger des informations pour faciliter le voyage et l'accès à l'Europe ». La vitrine est alléchante: contact direct, photos de paquebot et de yacht. « Tous les passeurs se présentent comme des agences de voyages ou presque […] ». Autant d'artifices pour se soustraire à la surveillance et qui présentent un autre effet pervers:

    « Beaucoup de migrants connaissent les risques, mais pensent qu'ils les minimisent s'ils prennent des passeurs qui ont pignon sur rue. Bien souvent c'est un leurre. […] Il y a une stratégie d'offre et de demande et les passeurs savent où se trouvent les clients potentiels et vont directement recruter. »

    Les réseaux sociaux permettent d'atteindre un nombre plus grand de candidats au départ. Le Centre européen pour la lutte contre le trafic de migrants (EMSC) note dans une étude de septembre 2016 que « les médias sociaux ont été de plus en plus utilisés au cours des dernières années par les trafiquants et les migrants ». Leur utilisation a eu « un impact significatif sur les migrations irrégulières. Elle aide les migrants à se rassembler, produisant une dynamique plus forte aux frontières extérieures et accroît la capacité des passeurs à modifier les voies migratoires face aux mesures de sécurité ou aux forces de l'ordre. »

    L'Europe appelle à une surveillance des contenus du Web, à une coopération plus étroite avec les fournisseurs Internet et les médias sociaux et à utiliser les réseaux sociaux eux-mêmes dans un contre-discours. En clair, elle appelle à monter des campagnes d'information et de sensibilisation destinées à décourager les migrants de se lancer dans un voyage dangereux…

    « C'est complètement vain et inutile, c'est brasser du vent et dépenser inutilement de l'argent public. Tant que les voies d'accès à l'UE resteront fermées, le business des passeurs continuera à se développer. Tant la politique restera la même en matière d'asile et d'immigration, toutes les tentatives pour lutter contre les passeurs, que ce soit la coopération avec les réseaux sociaux ou les opérations militaires et policières en Méditerrané, tout cela restera absolument vain et inutile. »

    Non contents de faire payer leurs « croisières » au prix fort (entre 3 000 et 9 000 €), les passeurs ont trouvé d'autres moyens de s'enrichir. Izabella Cooper, la porte-parole de Frontex, l'agence européenne des frontières extérieures, constate que « la situation ces deux dernières années a considérablement changé quant à la manière dont les passeurs opèrent en Méditerranée. » L'année dernière, les migrants « étaient 90 sur une embarcation, maintenant, ils sont 160 sur un bateau de même taille. La qualité des bateaux, importés de Chine, a aussi considérablement diminué. Tout cela a contribué à augmenter le nombre de morts ». Il y a quelques mois, en Turquie, une importante production de faux gilets de sauvetage a été démantelée: « Les passeurs les fabriquaient non pas avec des matériaux spécifiques, mais avec des éponges, qui font couler les gens. »

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    migrants, réseaux sociaux, Europol
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