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    La Cour pénale internationale

    L’Afrique tourne le dos à la CPI

    © AP Photo/ Mike Corder
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    Mikhail Gamandiy-Egorov
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    Fait marquant du sommet de l’Union africaine : le retrait de la plupart de ses membres de la Cour Pénale Internationale. Un geste qui marque la volonté d’indépendance de ces pays vis-à-vis de l’Occident et celle de peser dans les affaires du monde multipolaire.

    Le récent sommet de l'Union africaine qui s'est déroulé dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba a confirmé une fois de plus les clivages qui existent au sein du continent africain, mais aussi que l'Afrique ne sera pas absente des processus du monde multipolaire.

    En effet, l'organisation panafricaine a adopté une stratégie de retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI). Pourtant et sans surprise, certains pays n'ont pas manqué de se faire les « avocats » de ladite structure, notamment le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou encore le Nigeria. Des pays dont les leaders actuels sont connus pour avoir des liens très proches avec les élites occidentales. Néanmoins, et malgré leur opposition au processus engagé, l'Afrique semble effectivement décidée à quitter massivement la CPI.

    Pour rappel, le Burundi avait montré l'exemple en lançant le processus, pour être presque immédiatement suivi par l'Afrique du Sud, puis par la Gambie. Plus que cela, la République sud-africaine semble avoir pris le leadership au niveau continental dans ce mouvement d'opposition face à une structure dite de justice internationale n'ayant pas rempli le rôle qui lui avait été confié. Et au regard d'un processus désormais engagé au niveau de l'UA, les pressions occidentales n'y feront rien, mis à part les quelques exceptions citées.

    Pourquoi ce retrait massif africain de la CPI est-il si important? Tout d'abord, car pour beaucoup de nations africaines, la cour est une structure défendant des intérêts néocolonialistes et même racistes. Sa caractéristique est de s'attaquer aux leaders africains qui se sont opposés aux manœuvres occidentales dans leurs pays et régions, tout en épargnant gracieusement ceux travaillant en étroite « collaboration » avec les élites de l'Occident. Cette hypocrisie est devenue aujourd'hui presque impossible à cacher, d'où la « révolte » africaine. L'autre raison avancée par les dirigeants de plusieurs pays africains est que plusieurs grandes puissances mondiales ne reconnaissent pas la compétence de la CPI: États-Unis, Chine, Inde, et plus récemment la Russie, qui s'est aussi retiré en intégralité de cette structure.

    Un autre argument en faveur des partisans de la sortie, c'est qu'aucun leader de pays occidental ou affilié à ceux-ci n'ait jamais été visé par une quelconque poursuite à son encontre, même en étant responsable de crimes indéniables en différents endroits du monde. Plusieurs experts et observateurs reconnaissent aussi l'accusation qui est portée en direction de la Cour pénale internationale: celle d'être un instrument de punition et de pression de l'Occident politique.

    Par ailleurs, de plus en plus de voix s'élèvent actuellement en Afrique pour mettre en place une Cour pénale panafricaine. Un défi de taille, mais qui pourrait effectivement être la solution à terme pour résoudre les problèmes existants au niveau continental. Enfin, il y a aussi les partisans du renforcement des justices nationales, parmi eux beaucoup d'experts africains comme étrangers, notamment Alexandre Mezyaev, un expert russe du droit international qui connaît bien l'Afrique. Leur argument: renforcer l'état du droit des juridictions concernées tout en privilégiant la souveraineté nationale.

    La CPI
    © Flickr/ Alkan Boudewijn de Beaumont Chaglar
    Quoi qu'il en soit et à travers cette initiative panafricaine au niveau de l'UA, l'Afrique confirme qu'elle compte faire partie intégrante du monde multipolaire et des processus qui en découlent. Les pressions extérieures vont certainement se poursuivre, peut-être même s'accentuer, mais c'est effectivement aux États africains de décider de leur avenir, dans un cadre souverain. Si certains pays préfèrent rester dans le giron occidental, il faut leur reconnaître ce droit. Mais ceux qui ont décidé de s'en affranchir et de former les alliances qu'ils jugeront nécessaires ont eux aussi ce droit que personne ne peut leur nier. Et c'est dans ce cadre qu'il faut voir la suite des événements. Une suite logique: beaucoup d'autres pays africains vont vraisemblablement quitter la CPI, d'autres vont y rester pour encore quelque temps. Le futur montrera qui avait raison.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Cour pénale internationale (CPI), Afrique
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    Tous les commentaires

    • avatar
      evelyne.lefur
      L'excellence de la chose est que bientôt nous allons voir les sarko,hollande,valls ,bhl et attali jugés pour tous les crimes qu'ils ont commis ou fait commettre.
      Car n'en doutons pas les pays libres d'afrique vont créer leur tribunal international.
    • avatar
      michel.louis.loncin
      BRAVO !!! La CPI est l'émanation de la ... "Justice" selon l'UE et l'OTAN !!! Y sont "jugés" LEURS victimes, soit les VAINCUS des guerres Otano-UEistes !!! La CPI ... ? La démonstration de la véracité du proverbe latin "Vae victis" !!!
    • normandieniemen
      c'est une bonne nouvelle
      les instances internationales sont vérolées ,corrompues ,au service des partisans du gouvernement mondial ayant sa capitale a jerusalem .
      sans la chine et la russie , l'ONU ne serait qu'une machine a valider les coups d'etat et les partitions de territoires
    • normandieniemen
      Dans un silence médiatique total, Slobodan Milosevic a été disculpé de toutes accusations de crimes de guerre
      par Thucydide samedi 6 août 2016

      La disculpation, par le TPIY, de feu Slobodan Milosevic, ancien président de la Yougoslavie, pour les crimes de guerre commis en Bosnie qui lui étaient reprochés, prouve une fois de plus qu'il faut prendre les accusations de l'OTAN à l'encontre de ses « ennemis officiels » non pas avec « un grain de sel », mais avec un plein camion.

      Depuis une bonne vingtaine d'années, les commentateurs néo-cons et les grosses légumes de l'« interventionnisme libéral » n'ont cessé de nous ressasser à toutes les occasions possibles, que Milosevic (dirigeant démocratiquement élu à la présidence d'un pays qui comptait 20 formations politiques fonctionnant librement) était un vil dictateur génocidaire, responsable de TOUS les morts des Balkans dans les années 1990. Répétez après moi, d'une voix de robot et en faisant des gestes de robot avec les bras : « agression génocidaire de Milosevic », « agression génocidaire de Milosevic »...
      Que nous apprendra-t-on dans 30 ans sur Mouammar Kadhafi, Bachar El Assad, Saddam Hussein, et tant d'autres dictateurs dont la déposition à fait de leurs pays respectifs des ruines ? www.agoravox.fr/actualites/international/article/dans-un-silence-mediatique-total-183551
    • SetPPACA
      On retrouve l'inévitable George Soros derrière la création de cette cour destinée à déstabiliser les nations:
      www.solidariteetprogres.org/actualites-001/La-verite-sur-la-Cour-Penale-Internationale_05199.html
    • avatar
      Georwell
      Kadhafi est mort, mais son cadavre remue encore. Mort au néocolonialisme, vive l'indépendance du continent Africain!
    • avatar
      ENZOLIGARK
      ... et la Russie * - РОССИЯ * - en prend le chemin aussi ... . ... АФФ ИСС ...
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