Ecoutez Radio Sputnik
    La multipolarité, c’est aussi en économie!

    La multipolarité, c’est aussi en économie!

    © Sputnik. Alexander Demyanchuk
    Points de vue
    URL courte
    Mikhail Gamandiy-Egorov
    Sanctions de l'Occident contre la Russie (342)
    121011181

    L’Occident, par ses sanctions, a finalement accéléré un processus qui a bénéficié à Moscou: l’économie russe a gagné en attractivité, en diversité et en dynamisme. Raison pour laquelle de nombreux pays se tournent désormais vers la Russie, sonnant le glas de certaines positions hégémoniques des USA.

    Nous vivons dans un monde de concurrence. Et plus la multipolarité du système régissant les relations internationales continuera de se renforcer, plus la concurrence augmentera entre les différents acteurs du monde. Dans ce contexte, ceux qui s'étaient habitués à avoir des positions quasi-hégémoniques dans certains secteurs et certaines zones géographiques vont devoir assez rapidement revoir leur enthousiasme à la baisse.

    Une chose est néanmoins assez sûre: les relations entre la Russie et l'Occident ne seront probablement plus jamais les mêmes. Cela est d'ailleurs de plus en plus admis par le gouvernement russe, même de la part de ceux qui ont toujours cherché à développer ces relations. Au-delà d'avoir boosté (malgré eux) l'économie russe dans plusieurs secteurs d'activités, il y a d'autres points importants qu'il faut noter en ce qui concerne l'avenir des relations avec nos «partenaires» de l'Occident.

    Tout d'abord, même ceux qui aujourd'hui en Russie ont longtemps regardé en direction de l'Ouest, regardent désormais, ne serait-ce que par pragmatisme, vers l'Est et vers le Sud. Quant aux parts de marché perdues par un certain nombre de sociétés occidentales en Russie du fait des contre-sanctions russes, elles ne seront probablement jamais retrouvées.

    Mais c'est loin d'être tout. Les pays occidentaux ont poussé la Russie à l'autosuffisance dans plusieurs domaines avec le régime de sanctions adoptées à son encontre. C'est, notamment le cas dans le secteur agricole, qui a connu un développement sans précédent, de l'aveu même des médias mainstream. Ensuite, l'Occident a aussi permis, à son corps défendant, à des pays non-occidentaux d'occuper rapidement la niche fermée aux produits en provenance des pays ayant lancé les sanctions antirusses et d'élargir en conséquence leur présence sur ce grand marché.

    Enfin, ces pays vont avoir la Russie comme sérieux concurrent dans des domaines et des zones géographiques où les élites occidentales pensaient s'être imposées à jamais, surtout depuis l'éclatement de l'URSS.

    À tort, car le plus intéressant ne fait que commencer.

    En effet, la Russie ne se limitera pas à continuer sur la voie de l'autosuffisance et de la diminution de sa dépendance aux technologies occidentales pour sa production intérieure. Elle compte bien devenir un concurrent de premier plan pour les intérêts occidentaux dans des domaines où l'Occident avait l'habitude de dominer. Une démarche qui ne concerne pas que l'industrie de l'armement, qui depuis sa modernisation sous l'ère Poutine et la démonstration de ses capacités en Syrie a le vent en poupe aux quatre coins du monde.

    Le président russe a récemment déclaré deux choses importantes. La première est qu'il faut mettre l'accent sur le développement des nouvelles technologies en utilisant au maximum le potentiel des cerveaux russes, qui ne manquent heureusement pas. Et que d'autre part, le temps était venu de diminuer largement la part des technologies produites à l'étranger pour les remplacer par celles créées justement par ces cerveaux, de plus en plus jeunes d'ailleurs.

    Cela signifie qu'il ne faudrait pas s'étonner de voir, dans un avenir proche, la Russie exceller non seulement dans les exportations d'armements sophistiqués, mais aussi par exemple de produits IT, comme d'ailleurs le fait déjà avec grand succès une entreprise de portée mondiale comme Kaspersky Lab.

    La Russie s'éloigne donc résolument de son précédent modèle économique, basé sur l'exportation de pétrole et de gaz et l'importation de pratiquement tout le reste, pour adopter une diversification de sa production et de ses exportations. Une diversification qui est aussi géographique. Si dans les premières années de la Russie post-soviétique et jusqu'au début des années 2000, les relations extérieures «prioritaires» étaient très principalement axées sur l'étranger dit «proche», à savoir les voisins de l'ex-URSS et le développement des relations avec l'Occident, on assiste depuis à une véritable révolution en ce sens.

    Certains d'ailleurs y voient le retour aux meilleures années de la Guerre froide. Mais la question n'est même pas là. La réalité est simplement qu'un grand nombre de pays asiatiques, latino-américains ou africains souhaitent renforcer largement leurs relations avec Moscou. C'est un fait aujourd'hui qu'il serait absurde de nier. Un souhait partagé par Moscou et qui ne se limite plus à une zone particulière, bien que l'espace eurasiatique représente évidemment un axe prioritaire.

    La Russie adopte une approche véritablement globale sur les affaires du monde, qu'ils soient d'ordre politique ou économique.

    En ce sens, certains pays vont devoir rapidement oublier qu'il existe des «pré-carrés». Car les nations du monde, surtout celles longtemps exploitées et non-respectées par les Occidentaux, iront indéniablement dans le sens de la prise en main de leur destin, vers le renforcement de leur souveraineté et le soutien au monde multipolaire. Et pour cela, ils sauront choisir les partenaires qu'ils leur conviendront le mieux. Nous avons déjà notre petite idée.

    Après tout, cela est d'ailleurs logique et juste: un espace représentant moins de 10% de la population mondiale ne pourra tout simplement plus dicter au reste de l'humanité la façon dont celui-ci doit vivre et penser, surtout compte tenu des nouvelles réalités. Une page de plusieurs siècles sera alors définitivement tournée. Le processus, lui, a déjà été lancé et suit son cours naturel.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
    Sanctions de l'Occident contre la Russie (342)

    Lire aussi:

    Nouvelles sanctions, la Russie dit... merci et garde le cap
    Et l’alternance politique, Frau Merkel?
    Le monde arabe se convertit à la multipolarité
    Tags:
    multipolaire, économie, Occident, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik