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    L’Europe ne veut-elle plus «sauver son âme»?

    L’Europe ne veut-elle plus «sauver son âme»?

    © AP Photo / Alexander Zemlianichenko
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    Victor Marakhovski
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    Le référendum sur la libéralisation de l'avortement en Irlande, qui a découlé sur la victoire du "oui", a suscité une large approbation des médias progressistes.

    Le vote était plutôt symbolique: les Irlandaises pourront désormais interrompre leur grossesse sans indication médicale à l'intérieur de leur pays, ce qui occasionnera notamment moins de frais.

    Le référendum sur la libéralisation de l'avortement en Irlande a des aspects intéressants. Selon la presse, le référendum en Irlande a constitué un nouveau pas dans l'éloignement des Européens de leur religion traditionnelle, car l'Église catholique était la principale opposante à l'avortement. Comme la majorité des citoyens de ce pays historiquement catholique ont voté pour, les positions de l'Église se sont considérablement affaiblies.
    The New York Times met le référendum irlandais sur le même plan que d'autres signes de sécularisation, c'est-à-dire de refus de la vie religieuse dans les pays développés. En Italie, le Pape a proposé d'agrandir des centaines de paroisses — autrement dit de fermer celles qui sont le moins fréquentées. En Australie, l'archidiocèse de Vienne a réduit le nombre de ses paroisses de 660 à 150 il y a quelques années. Au Luxembourg, le gouvernement a annulé en automne dernier les cours de religion à l'école. Selon les dernières études, la part des catholiques qui fréquentent les messes atteint 20% en Espagne, 10% en France et 5% aux Pays-Bas. En Allemagne, on constate une basse des dons reçus par l'Église.

    Selon le quotidien américain, le Pape François préfère ignorer de manière ostensible la situation en Europe pour se focaliser sur le «sud global», c'est-à-dire l'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie du Sud-Est où le niveau de dévotion de la population reste élevé. Il appelle le clergé à participer plus activement à la vie des démunis, à les aider et à les protéger contre l'arbitraire. Il semble reconnaître tacitement que, selon l'Église occidentale traditionnelle, Dieu n'est nécessaire que pour les personnes pauvres, illettrées et privées de droits.

    Dans tous les cas, il vaut mieux qu'il se dépêche, ironisent les journalistes. Car même au Brésil, bastion du catholicisme mondial, les catholiques devraient devenir une minorité d'ici 2030: certains seront athées, tandis que d'autres rejoindront des sectes évangélistes qui ont une position plus simple et plus libérale sur la vie.

    Mais les motivations qui poussent l'Église catholique (tout comme les Églises protestantes: tout le monde fait face à une baisse du nombre de paroissiens) à réorienter ses efforts principaux de l'Europe et de l'Amérique du Nord vers les pays pauvres du sud, n'ont pour nous aucun intérêt particulier. Nous posons plutôt la question suivante: qu'est-ce qui se substitue à la religion dans les pays «riches, éduqués et protégés»? Est-ce que ces populations atteignent un niveau supérieur d'existence par rapport aux peuples religieux des pays pauvres? Deviennent-elles des super-humains qui utilisent leurs connaissances de manière raisonnable et aspirent au développement personnel?

    Pas du tout, affirment les statistiques. Ainsi, les résultats des écoliers aux Pays-Bas (pays le plus athée de l'Europe avec 40% de non-croyants et 30% d'agnostiques) ne cessent de se détériorer en lecture, en mathématiques et en sciences, alors que le nombre d'enfants qui ne savent pratiquement pas lire a doublé ces derniers temps.

    Les statistiques font également ressortir un déficit aigu de spécialistes qualifiés au Royaume-Uni, autre pays considérablement sécularisé: «Il nous manquera, d'ici 2024, 4 millions de personnes ayant des diplômes d'enseignement supérieur et 6 millions de travailleurs peu qualifiés. Aujourd'hui, nous avons déjà 9 millions de personnes qui ne savent pas bien lire et compter».

    Cette tendance est observée depuis longtemps. On a constaté il y quelques années que les citoyens des pays éduqués préféraient les métiers peu exigeants en matière de connaissances et de cerveau. «94 000 jeunes ont fait des études de stylistes et de visagistes, bien qu'il n'existe pour eux que 18 000 emplois sur le marché. 83 000 ont reçu des diplômes de journalistes et de responsables de communication pour remplir 65 000 emplois. En même temps, il existe dans le secteur du bâtiment 275 000 emplois potentiels pour 123 000 diplômés, alors que 40 000 jeunes ingénieurs devraient pourvoir 72 000 emplois», écrivait le Guardian en 2012. La situation n'a fait que s'aggraver depuis six ans.

    Cet état des choses est assez ironique. Les spécialistes nécessaires pour assurer un travail compliqué qui exige de l'intelligence et de la concentration sont de plus en plus «importés», dans les pays avancés, depuis les régions du monde plongées dans la pauvreté et la religion: des ingénieurs aux médecins en passant par les prêtres (ce service est également très difficile si on le fait de bonne foi).

    Autrement dit, on ne peut pas dire que le renoncement des nations aisées à la religion s'accompagne d'une percée intellectuelle collective.

    On constate pourtant des percées d'autre genre. Ainsi, on observe chez les nations éduquées une hausse rapide de la consommation des produits «bio» qui devraient, selon elles, assainir l'organisme et augmenter le bonheur, bien que les études médicales n'aient révélé aucun effet favorable de ces aliments par rapport à la nourriture ordinaire. En même temps, les produits bio coûtent de 1,5 ou 2 fois plus, et les Européens éduqués veulent en masse consommer ces carottes et ces patates de luxe. Parce qu'ils y croient.

    Par ailleurs, les mêmes personnes éduquées et raisonnables utilisent de plus en plus souvent la «médecine alternative» qui ne se base pas sur les études cliniques mais sur des concepts aventureux, des théories infondées et d'autres secrets de longévité des anciens Mayas. Ils croient donc également en la médecine alternative.

    Ils renoncent à l'énergie nucléaire qui est en réalité la plus «verte» et la moins coûteuse, et préfèrent l'énergie solaire qui est très chère et même (surprise!) toxique. Il est à noter que la plupart des vegans (ils ne consomment aucun produit animal, car on ne peut pas priver les veaux de lait, alors que les œufs sont produits par les poulets dans les conditions similaires à celles des camps de concentration) du monde avancé ont les diplômes d'enseignement supérieur.

    Et nous ne parlons pas des cas où les gens éduqués votent en masse pour une chose réellement utile, mais pas parce qu'ils ont examiné en détail la proposition et sont persuadés de son utilité: ils font ce choix tout simplement parce que c'est en vogue et que des personnalités reconnues le recommandent. Ils font donc confiance à ces dernières dans la même mesure que leurs grand-grands-parents croyants.

    Autrement dit, le rejet de la religion ne signifie en aucune façon la libération de l'esprit fier et puissant. Cela signifie tout simplement que ces citoyens ne croient pas au «sauvetage de l'âme à l'ancienne», hérité de leurs ancêtres qui ne connaissaient pas les commodités actuelles, et représenté sous une forme ennuyeuse et archaïque. En même temps, ils acceptent facilement et sans aucune pensée critique ce qui est — comme on l'affirme — utile, prestigieux et écologique. Ou innovant. Surtout si cette chose très utile et à la mode a été présentée de manière passionnante, de préférence en 3D.
    Tout cela indique donc que la religion n'a pas été repoussée des régions éduquées du monde par les forces prétendues de la raison, mais plutôt par ses rivaux plus efficaces et convaincants sur le marché des espérances, des peurs et des émotions.

    Ainsi, les individus progressistes des pays éduqués ne croient tout simplement plus qu'ils ont une âme, et qu'il faut la sauver.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    grossesse, avortement, catholicisme, civilisation, religion, pauvreté, Irlande, Europe, États-Unis
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