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    La Russie dans l’économie mondiale

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    Jacques Sapir
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    Le Forum Économique International de Yalta est l’occasion de dresser un tableau global et dépassionné de l’économie mondiale. Le tableau que l’on peut dresser de la situation de la Russie est contrasté: si la situation actuelle du pays est satisfaisante, plusieurs points doivent nous alerter sur son évolution. Revue de détail.

    La 5e session du Forum Économique International de Yalta, qui s'est tenue les 18 et 19 avril et dont le thème était «La Crimée, la Russie et le monde- Les nouvelles réalités», a été marquée par la venue de nombreuses délégations et d'intenses discussions. Dans le cadre du Forum, une des tables rondes a attiré l'attention: celle consacrée aux évolutions de l'économie mondiale et à la place de la Russie dans les dix prochaines années. Elle a permis de faire le point sur les évolutions de l'économie mondiale depuis les années 1990 et de tenter de discerner les lignes possibles d'évolution.

    Le grand retournement

    Cette séance a été animée par l'académicien Viktor Ivanter, président de l'Institut de Prévision de l'économie, dans le cadre du Palais Vorontsov. Le directeur de l'Institut de l'Économie Mondiale et des Relations Internationales (IMEMO) a brossé un rapide tableau des évolutions depuis les 25 dernières années. Il a en particulier insisté sur le basculement du rapport des forces entre grandes puissances, basculement qui s'est naturellement traduit par la montée en puissance de l'économie chinoise, mais aussi de l'économie indienne. La place des États-Unis, qui reste importante du fait de la puissance économique accumulée, mais aussi du fait de la capacité de recherche et d'innovation dans ce pays, tend néanmoins à baisser. D'autres orateurs sont intervenus sur cette question, en particulier M. Sergei Glaziev, conseiller à l'économie du Président de Russie, Alexandre Shirov, directeur de l'Institut de Prévision de l'économie et moi-même.

    Graphique 1
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    Graphique 1

    Dans un des graphiques que j'ai alors présentés et qui montre l'évolution du poids de chaque économie dans le PIB mondial, on peut voir ce basculement. Les courbes des États-Unis et de la Chine se sont croisées en 2013. La Chine réaliserait ainsi près de 19% du PIB mondial, les États-Unis seulement 15%, et l'Inde 7,8% environ. Il convient de noter la baisse du poids du Japon et de l'Allemagne. Ce graphique contient néanmoins une surprise: la Russie qui, en 1992, était à l'égal de l'Allemagne, et dont le poids dans le PIB mondial avait fortement baissé ensuite, aurait retrouvé sa position dans les années 2000. Ces chiffres ne sont cependant pas si étonnants que cela quand on constate la vitalité et de l'industrie et de l'agriculture en Russie.

    Bien entendu, ces données quantitatives ne disent pas tout. Elles ne montrent pas, en particulier, la capacité d'innovation du pays ni sa richesse par habitant. Cette dernière était représentée sur le deuxième graphique présenté à Yalta, et que l'on a traduit en français.

     

    Graphique 2
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    Graphique 2

    Ici encore, il n'est pas surprenant de voir qu'en termes de PIB par habitant, les États-Unis et les pays de l'Europe occidentale sont largement en avance sur les autres. La Russie —une grande partie des discussions ont porté sur cette dernière- se trouve entre la situation du Japon et celle de la Chine. Cela donne à la question de la répartition des richesses en Russie une acuité particulière. Les inégalités ont fortement augmenté dans la première phase de la transition, de 1990 à 2000, dans ce que l'on appelle les «années Eltsine». Elles ont eu tendance à se réduire depuis, mais restent aujourd'hui au niveau des États-Unis. Les différents intervenants sont tombés d'accord pour considérer que ce niveau était trop important et n'était pas favorable au développement futur de l'économie russe.

    Le manque d'investissement en Russie

    Mais les données sur la richesse globale de l'économie et de ses habitants ne mesurent que le présent et le passé. Le futur, quant à lui, dépend de l'investissement. Sur ce point, la situation est plus préoccupante pour la Russie. Le pays, très clairement, n'investit pas assez.

     

    Graphique 3
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    Graphique 3

    Dans l'investissement mondial cumulé, on voit les mêmes tendances se manifester que pour le PIB, mais avec certaines différences. La baisse du poids des États-Unis est importante. Ce pays réalisait plus de 35% de l'investissement global en 1999-2000 et aujourd'hui moins de 20%. La montée de la Chine et de l'Inde est aussi à remarquer. L'Inde rejoint presque l'investissement des États-Unis tandis que la Chine s'envole littéralement, avec près de 48% de l'investissement global. C'est dans ce contexte qu'il convient de regarder le taux d'investissement de la Russie. En volume, le pays investit environ 10 fois moins que son voisin chinois, alors que la différence n'est que de 1 à 6 pour le PIB. Pour investir dans la même proportion que ce que son économie pèse dans le PIB mondial, ce que l'on appelle l'investissement relatif, la Russie devrait consacrer une part plus importante de sa richesse à l'investissement. La comparaison des taux d'investissement relatif entre pays est d'ailleurs éclairante à cet égard. La Chine surpasse tous les autres pays, avec un taux de 140%. Seule l'Inde a un investissement correspondant à son poids dans l'économie mondiale (taux de 100%). Les autres pays, du Japon à l'Allemagne, en passant par la Russie, la France et la Grande-Bretagne ont des taux d'investissement relatif inférieurs à 100%.

     

    Graphique 4
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    Graphique 4

    De cela, on peut déduire que si la Russie veut maintenir sa position dans l'économie mondiale, une position qui serait logique vu la taille du pays, comme l'a fait remarquer Alexandre Shirov, et compte tenu de la formidable baisse de l'investissement des années 1990, un taux d'investissement nettement plus élevé s'impose.

    Les deux priorités qui s'en déduisent donc pour les années qui viennent en Russie sont donc d'investir plus, et ici le rôle de l'État sera primordial, mais aussi de lutter contre les inégalités de revenus afin que toute la population ait un intérêt à participer à la hausse de la croissance économique. Le point important fut de considérer le consensus des membres de la table ronde sur ces points.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

     

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    PIB, investissements, économie, Forum économique international de Yalta 2019, Crimée, Europe, Chine, Inde, France, États-Unis, Russie
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