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    Désaccord majeur

    Barack Obama: «Je ne peux pas revendiquer que nous ayons réussi»

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    Edouard Chanot
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    Lors d’une conférence de presse en forme de bilan de son double mandat, Barack Obama a admis à demi-mot l’échec de la politique américaine en Syrie. Et qualifié la Russie de «plus petit pays». Des propos pour le moins révélateurs.

    C'était la dernière conférence de presse de l'année 2016 pour Barack Obama, qui ne sera plus Président des États-Unis dans 31 jours. En guise d'introduction, le président sortant voulait faire de cette conférence un bilan, non seulement celui de l'année, mais aussi de son double mandat.

    Écoutons un extrait de ce bilan:

    « En d'autres termes, par de nombreuses façons, notre pays est plus fort et plus prospère qu'il ne l'était lorsque nous avons débuté. »

    Je vous épargne toute l'introduction, car les choses n'ont pas évolué comme Obama l'espérait : en fin de compte, il a été rattrapé par les circonstances. La Russie, l'affaire des piratages à l'encontre du Parti Démocrate ont occupé les trois-quarts du temps de parole. La Russie a été mentionnée 38 fois, et l'État islamique — ou Daesh — une seule fois. Une seule et unique fois.

    La Russie n'innove pas

    Les journalistes, c'est l'exercice d'une conférence de presse, voulaient obtenir des citations-chocs. Savoir si Obama « croyait » [en V.O.  : « believe », car il est crucial de noter que nous sommes de plain-pied dans le registre de la croyance] que le gouvernement russe était au courant voire commanditait les piratages.

    Obama répond par l'affirmative, attendant quand même des rapports finaux des services de renseignement. Aussi regrette-t-il le scepticisme d'une frange de l'opinion publique américaine… car les services de renseignements américains sont infaillibles. 2003 et le fiasco des armes de destruction massive en Irak semblent maintenant être oubliés.

    Mais plus encore, Obama s'est prononcé plus généralement sur la Russie :

    « Les Russes ne peuvent pas nous changer ou nous affaiblir de manière significative. Ils sont un plus petit pays. Ils sont un pays plus faible. Leur économie ne produit rien que quiconque veut acheter, sauf le pétrole et le gaz et les armes. Ils n'innovent pas. Mais ils peuvent nous toucher si nous perdons de vue ce que nous sommes. Ils peuvent avoir un impact sur nous si nous abandonnons nos valeurs. Monsieur Poutine peut nous affaiblir, tout comme il essaie d'affaiblir l'Europe, si l'on commence à penser qu'il est acceptable d'intimider la presse, de bloquer les dissidents ou de discriminer les gens en raison de leur foi ou de leur apparence.  »

    « Un plus petit pays », passons — on pourra croire qu'Obama pensait non en termes géographiques, mais géopolitiques, bien qu'il utilise en effet « small » dans sa réponse. « Un pays plus faible » ajoute-t-il, et nous pouvons aussi le concevoir : après tout, la Russie n'est pas la première puissance mondiale.

    En fait, tout cela n'est rien face à la véritable condescendance de la Maison-Blanche. Cette citation révèle tout le mépris de la première puissance mondiale, non seulement à l'égard de la Russie, mais de manière générale et absolue : l'innovation et la productivité sont ici les piliers du jugement du Président Obama. Et force et de constater que le monde entier se voit rabaissé si l'on use de tels critères de jugement. Et c'est bien ce que le capitalisme libéral nous enjoint de faire.

    Théorie discriminatoire de la guerre

    Obama conclut ensuite avec la discrimination. Car l'Empire du Bien est toujours à la recherche d'un supposé Empire du Mal. Certes sur des questions de droits, mais ce rejet de la discrimination m'amène à revenir aux circonstances actuelles. La situation syrienne démontre tout l'instinct de discrimination de l'administration américaine. Elle a voulu définir ce qu'était la cause la plus juste. Écoutez-le :

    « Nous avons pensé que la meilleure chose à faire était de fournir un soutien à l'opposition modérée pour qu'ils puissent s'assumer et que nous ne verrions pas les sentiments anti-Assad se répandre au sein d'Al-Nosra et Al-Qaïda ou l'EI. Nous avons engagé nos partenaires internationaux afin de faire pression sur toutes les parties concernées et d'essayer de résoudre ce problème par des moyens diplomatiques et politiques. Je ne peux pas revendiquer que nous ayons réussi. »

    « Je ne peux pas revendiquer que nous ayons réussi »… Un demi-aveu. Seulement un demi, naturellement. Sans doute se refusera-t-il toujours à admettre que son échec est d'autant plus considérable au Proche-Orient que Vladimir Poutine lui a donné une leçon magistrale de politique. Bien sûr, l'action russe au Proche-Orient est imparfaite — La contre-offensive vers Palmyre pourrait être un exemple. Car le politique et la guerre sont un champ d'imperfections. Il n'en demeure pas moins que l'un était engoncé dans une posture improductive, faisant principalement de la puissance un juge, et que l'autre se situait dans l'action et en-deçà de l'inconséquence des jugements moralisateurs.

    Certes, les pertes humaines, civiles, sont dramatiques. Mais tout analyste sérieux n'oubliera pas que la logique révolutionnaire (celles des rebelles et de l'EI, et leurs alliés objectifs américains) bouleverse la guerre. Car une révolution prétend détenir le monopole de la cause juste et légitime, ce qui génère et accroît naturellement la violence.

    Malheureusement pour eux, le Kremlin est parvenu à faire échouer l'Amérique, qui espérait renverser Assad depuis 10 ans au moins. Et au-delà des circonstances, sans doute est-il impossible de réviser certaines constantes. Ceux qui sont incapables de penser et d'agir dans la guerre sont en fait incapables de construire la paix. 

     

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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