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    Désaccord majeur

    De Canteloup aux députés, la liberté d’expression sur la sellette

    Désaccord majeur
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    Stanislas Tarnowski
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    Le CSA vient de mettre en demeure Europe1 de respecter la dignité humaine à propos d’un sketch de Nicolas Canteloup qui avait offensé les homosexuels. Humoriste devient un métier à risque, il ne faut plus froisser personne. Mais les députés ou les utilisateurs de réseaux sociaux sont aussi menacés dans leur liberté d’expression.

    Aïe, aïe, aïe! Nicolas Canteloup se fait taper sur les doigts par le CSA. Canteloup, c'est ce brillant imitateur qui régale les auditeurs d'Europe 1 de ses chroniques quotidiennes, où il croque l'actualité avec un certain talent et un humour… plutôt corrosif.

    Et le CSA, vous savez c'est l'arbitre suprême des élégances télévisuelles, ce bienveillant censeur qui veille à ce que nul de dérape dans le mauvais goût du politiquement incorrect.

    Et donc là, le CSA s'indigne d'un sketch ou Canteloup mettait en scène notre (peu) regretté président Hollande au chevet de Théo, le «djeune» dont l'arrestation musclée avait provoqué voici quelques mois des émeutes assez violentes à Aulnay-sous-Bois.

    L'humoriste faisait un coup double, voire triple, puisqu'il taclait aussi le mariage pour tous et les homosexuels. Le tout lui a donc valu une «mis en demeure la station» de respecter ses obligations en matière de respect de la dignité humaine. Taxée d'homophobe, sa chronique avait d'ailleurs soulevé un tollé à l'époque et l'humoriste avait présenté ses plus plates excuses, de même que son producteur et la direction de la chaîne.

    Bon. Comment vous dire en des mots aimables tout le bien que je pense de cette affaire? Que la chronique en question ait été de très mauvais goût, personne n'en disconvient. Que des personnes homosexuelles aient pu s'en froisser, je le conçois aisément.

    Non, ce qui me choque, c'est que cette petite affaire est révélatrice du climat… pour le moins pesant qui pèse sur la liberté d'expression. Des catégories entières de personnes sont soustraites à la critique (qu'elle soit à caractère humoristique ou non, d'ailleurs), es-qualité: que vous soyez noir, musulman, Juif, femme, immigré, handicapé, homosexuel, ou adepte de tout autre choix sexuel ou d'identité de genre, comme on dit, et que sais-je encore, toute critique à votre endroit tombe sous le coup d'une «phobie» pénalement répréhensible, —clac, comme ça-, vous appelez automatiquement à la «haine» et une cohorte d'associations se feront un devoir de vous traîner en justice.

    Seulement, voilà. D'une part, ça me saoule de ne faire des blagues que sur les hommes blancs hétérosexuels de passeport français ou belge, d'autre part, je fais partie de ceux pour qui la liberté d'expression ne se partage pas.

    Que voulez-vous, j'ai biberonné à très hautes doses du Desproges, qui pouvait oser ouvrir un spectacle en lançant «On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle? Vous pouvez rester. N'empêche qu'on ne m'ôtera pas de l'idée que pendant la dernière mondiale, de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi»… avant de démonter l'antisémitisme dans la suite du sketch.

    Le même disait d'ailleurs qu'«il y a plus d'humanité dans l'œil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil». Comme quoi il tapait tous azimuts et c'est bien ça que j'aimais chez lui.

    Vous l'imaginez, Desproges, dont toute la bien-pensance s'esbaudit encore aujourd'hui, tel un monstre sacré —vous pensez, il est mort- lancer «On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle?» de nos jours? Je crois qu'on rouvrirait le bagne de Cayenne rien que pour lui, avec costume rayé et boulet au pied, façon frères Dalton.

    Et s'il ne s'agissait que de remontrances du CSA ou de passage à la 17e chambre, qui vaut titre de gloire pour certains éditorialistes et écrivains… mais savez-vous que la France s'enorgueillit d'être le premier pays au monde en termes de suppression de Tweets? Savez-vous que la chasse aux comptes de réseaux sociaux considérés comme, disons, déviants est ouverte? Et on n'est pas en Chine ou en Corée du Nord, hein!

    Plus grave encore, savez-vous qu'un amendement à la loi de moralisation de la vie publique veut frapper d'une peine d'inégibilité de 10 ans toute personne reconnue coupable de racisme, d'antisémitisme, de négationnisme, d'homophobie, d'incitation au terrorisme, d'apologie de crime contre l'humanité et de toute forme de discrimination?

    Donc, d'une part, on retoque l'obligation de casier judiciaire vierge pour se présenter devant les électeurs, au motif qu'il s'agirait d'une double peine. En clair, vous avez été condamné, vous avez purgé votre peine et vous seriez encore châtié pour le même motif. De l'autre, on applique cette double peine pour des délits d'opinion… et tout le monde d'applaudir. Enfin, pas moi, vous l'aurez compris.

    Car s'il est probable que l'argument juridique de la double peine ait la peau de l'amendement en question devant le Conseil constitutionnel, cela ne me suffit pas. Non.

    Disons simplement que face aux petits Saint-Just, aux petits censeurs, aux kapos de la pensée, qui réclament «pas de liberté pour les ennemis de la liberté» —et qui définissent eux-mêmes qui sont les ennemis en question, je me range dans le camp de Voltaire et de son célèbre «je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrais pour que vous ayez le droit de le dire».
    Et j'en appelle aussi à Sacha Guitry, qui pointait justement que «Redouter l'ironie, c'est craindre la raison.»

    À bon entendeur, salut!

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