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    Désaccord majeur

    Pour Christophe Barbier, «Macron, c’est Louis XIV doublé de Blaise Pascal»

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    Stanislas Tarnowski
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    Événement politico-médiatique du jour, l’interview de 20 pages d’Emmanuel Macron dans Le Point suscite de nombreux commentaires. Mais probablement aucun d’entre eux n’est aussi dithyrambique à l’endroit du Président que l’éditorial de Christophe Barbier sur BFMTV. En piste pour les Lèche-bottes d’Or, Christophe?

    J'étais sur le point de m'endormir sur l'actu ce matin, nos confrères charriant leur habituel lot de catastrophes naturelles, de faits divers sordides, de projets de casse sociale à coups d'ordonnances, de compétitions de balle au pied aussi fascinantes qu'un documentaire sur la vie sexuelle des gastéropodes, quand tout à coup, ma journée s'est illuminée.

    Alléluia! Christophe Barbier, Saint Christophe Barbier, m'a sauvé de la morosité et instantanément fait remonter mon taux de bile aux niveaux stratosphériques nécessaires à l'écriture de ces billets de —mauvaise- humeur.

    Il aura suffi d'une simple phrase pour me mettre dans l'état où vous me voyez, m'entendez plutôt:

    «Macron, c'est Louis XIV doublé de Blaise Pascal».

    Aparté rapide, comme l'a justement souligné mon confrère Édouard Chanot, on accuse souvent Sputnik de propagande, mais aucun chroniqueur maison n'a jamais décrit Poutine en «Pierre Le Grand doublé de Dostoïevski».

    Bref, revenons à nos moutons. Barbier, vous savez, c'est l'éditorialiste à l'écharpe rouge, ex-directeur de rédaction de L'Express, parangon de la bien-pensance suffisante, celui qui a pu écrire sans rire —et sans finir au pilori- que, je cite, «l'éditorialiste est un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s'élever».

    Barbier, c'est désormais un candidat sérieux au «Lèche-bottes d'Or». Non, mais il ne sait pas que la place de porte-parole de Macron vient d'être prise par Bruno Roger-Petit, autre icône du politiquement correct journalistique —enfin, journalistique si l'on peut dire-? Il tente de ne pas se faire piquer la seconde place au podium des pompeux par Jean-Michel Apathie?

    Je vous ressers ce morceau d'anthologie, profitez, vils cloportes, profitez, espèce de lierre rampant:

    «Macron, c'est Louis XIV doublé de Blaise Pascal».

    Barbier réagit évidemment à l'interview-fleuve accordée par le roitelet-soleil au Point, transformé pour l'occasion en brochure de l'Élysée, en publireportage sur le Président. 20 pages tout de même. Et c'est même pas gratuit, hein, il faut l'acheter.

    Alors, faisant fi de la dégringolade du Président dans les sondages, des gaffes à répétition qui ont marqué ses trois premiers mois d'exercice du pouvoir, Barbier tresse des couronnes de laurier à Macron. Il les tresse même à coups de câbles d'amarrage, si vous voulez mon avis.
    En effet, il reprend tous les éléments de discours du roitelet-soleil, mais va plus loin à chaque fois, frétillant de la queue comme un teckel accueillant son maître à la porte.

    Macron évoque Louis XIV? Barbier en rajoute une couche avec son «Louis XIV doublé de Blaise Pascal». Ben oui, vous avez oublié la «pensée complexe» du Président? Barbier, non.

    On croit d'ailleurs l'entendre parler de lui-même, quand il indique que les formulations de Macron sont
    «Toujours très littéraires, toujours très ciselées, qui donnent parfois le sentiment d'une élévation avec un risque d'arrogance.»

    On y apprend aussi que super-Macron (qui doit occuper ses loisirs à sauver la veuve et l'orphelin vêtu d'un costume moulant et d'une cape) met sa puissance intellectuelle supérieure
    «Au service d'une politique intellectuellement complètement maîtrisée.»

    Pensez donc, «on a la clairement un Président […] qui a le cap et la feuille de route, qui est capable d'en détailler les épisodes, de dire quand telle ou telle réforme viendra et quand elle produira des résultats.»

    Bref, c'est Kim Jong Un, le dirigeant suprême, le Grand soleil du XXIe siècle, c'est Ceausescu, le Conducător, le génie des Carpates… doublé de madame Irma, qui lit l'avenir dans le marc de café, toujours selon Barbier, lequel s'étouffe presque de bonheur à ce moment, on a envie de lui faire respirer des sels pour lui faire reprendre ses esprits.

    Quand il revient sur les polémiques avec l'armée ou sur les APL, «ça devient tout d'un coup très clair et très acceptable. Mais que ne l'a-t-il dit au moment où ces polémiques fusaient?»

    Ah bah oui, Christophe, tout est clair et si les gens ne sont pas contents qu'on leur coupe les vivres, c'est qu'ils sont bêtes, incapables de saisir la pensée complexe du Président.

    Pris d'un improbable accès de modestie, Macron avoue qu'il n'est pas Jupiter? Barbier dément. «Oui, Emmanuel est Jupiter […] il est l'omniprésident. […] Il est Jupiter avec sa foudre, mais sur tous les territoires.»

    Bref, ce serait un peu «Je suis partout», si ça ne rappelait pas les heures les plus sombres de notre histoire. Non, c'est Dieu, tout simplement. Seul Dieu est partout en même temps.
    Voilà, pour Barbier, Macron, c'est Dieu.

    Sinon, vous connaissez la différence entre un chien et un chat?

    Un chat se dit des humains: «ils me nourrissent, ils me caressent, ils prennent soin de moi, je dois être un Dieu».
    Un chien se dit des humains: «ils me nourrissent, ils me caressent, ils prennent soin de moi, ils doivent être des dieux».

    Non, en fait, Christophe Barbier ne vise pas la place de Bruno Roger-Petit. Il vise celle de Némo, le toutou du Président.

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    Tags:
    interview, Le Point, Emmanuel Macron
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