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    Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

    Retour sur la rencontre Macron et Poutine à Saint-Pétersbourg

    Le Désordre mondial
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    Rachel Marsden
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    Emmanuel Macron a passé deux jours à Saint-Pétersbourg, la deuxième ville de Russie, pour assister au forum économique international et échanger avec Vladimir Poutine sur la situation international. Nous avons recueilli le témoignage de Claude Blanchemaison, ancien ambassadeur de France à Moscou de 2000 à 2003.

    «L'Europe va de l'Atlantique à l'Oural» a déclaré le Président Macron à Saint-Pétersbourg, bien vite corrigé par le président des patrons russe, Alexandre Chokhine, et Vladimir Poutine, estimant que «l'Europe c'est de Lisbonne à Vladivostok!». Pourtant, ces propos gaulliens dans la bouche d'un Président de la République semblent augurer le meilleur pour la suite des relations franco-russes alors que les Américains ont entamé un virage isolationniste.

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    Peut-on être optimiste pour l'avenir des relations bilatérales? Claude Blanchemaison, ancien ambassadeur de France à Moscou, et auteur de Vivre avec Poutine chez Temporis, évoque des ondes positives et un sommet réussi, en insistant notamment sur la volonté répétée de Macron d'ancrer la Russie dans l'Europe. Il avance trois facteurs de succès de cette rencontre, le premier étant le contexte international, marqué par les errements de Donald Trump:

    «Une fenêtre d'opportunité compte tenu des décisions prises par le Président des États-Unis notamment de se retirer de l'accord nucléaire avec l'Iran et puis constamment de critiquer le multilatéralisme, les accords multilatéraux […] Une fenêtre d'opportunité qui a été saisie des deux côtés.» Le Président Macron agit ainsi en tant que «représentant de l'Union européenne».

    Claude Blanchemaison parle également des relations personnelles entre les deux chefs d'État, rappelant les propos fermes d'Emmanuel Macron à Versailles en mai 2017, et qui peuvent permettre de fructueuses négociations:

    «L'alchimie entre les deux hommes: le Président Poutine, qui est un politicien expérimenté au pouvoir depuis 18 ans, voyait avec grand intérêt ce Président de la République, beaucoup plus jeune que lui, et qui à Versailles lui a tenu un langage franc, direct, cash.»

    Enfin, le diplomate considère que cette visite a été bien préparée en amont; le Président français a abondé ainsi sur l'héritage littéraire et sur les millions de morts russes tués pendant la 2de Guerre mondiale.

    «Le programme était assez bien conçu, il y avait une référence à la mémoire, au Général de Gaulle, au fait que le président Macron se soit recueilli à la nécropole des morts pendant le siège de Leningrad.»

    Trois éléments certes favorables, mais qui ne font pas pourtant l'alpha et l'oméga d'une relation bilatérale. Mais quels sont les intérêts que partagent de la France et par extension l'Europe avec la Russie? Par exemple, la question syrienne où les deux membres du Conseil de Sécurité ont convenu d'aider à mieux coordonner le processus d'Astana avec celui de Genève:

    «La priorité française n'est pas de renverser le régime de Bachar al-Assad, elle est de mettre sur pied une conférence de paix qui soit inclusive, c'est-à-dire qui inclut tous les partenaires concernés de la région et aussi tous les membres permanents du conseil de sécurité.»

    L'ancien ambassadeur considère de plus qu'il ne s'agit pas pour la France de quitter le giron américain pour arriver dans les bras russes, malgré les rodomontades du Président américain.

    «Ne pas choisir entre la Russie et les États-Unis, c'est tout à fait complémentaire, dans les deux cas, il y a des fondements historiques et culturels à cette relation» et il poursuit «avec les États-Unis, il y a cette alliance dans le cadre de l'Otan, reste à voir comment M. Trump souhaite faire évoluer l'OTAN.»

    À ne pas oublier, la France était l'invitée d'honneur du SPIEF, le Forum économique international de Saint-Pétersbourg, où la délégation française amenée par Emmanuel Macron et Pierre Gattaz a signé de nombreuses conventions. Claude Blanchemaison rappelle l'importante l'implantation économique française en Russie:

    «Tout le monde s'accorde à le reconnaître et ça a été dit au Forum des entreprises de Saint-Pétersbourg. Les entreprises françaises ne sont pas parties, les entreprises sont restées, se sont montrée loyales par rapport aux engagements pris, il n'y a pas de désinvestissement français que ce soit dans l'énergie, l'agroalimentaire où les positions françaises sont très importantes.»

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