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    Les chroniques de Sapir

    Bitcoin, l’utopie libertaire qui intéresse les institutions

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    Jacques Sapir
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    Malgré les très fortes variations de son cours ces derniers mois, la plus célèbre des cryptomonnaies attire l’attention des spéculateurs, mais aussi des banques centrales et des États. Est-ce la fin d’une utopie libertaire? Les économistes Philippe Herlin et Maël Rolland sont les invités des Chroniques de Jacques Sapir.

    Après avoir touché son plus haut point historique à plus de 19.000 dollars fin 2017, le Bitcoin s'est effondré début 2018 en dessous des 6.000 dollars, avant de remonter autour des 9.000 actuellement. Des variations qui n'empêchent pas les institutions, qu'elles soient financières ou étatiques, de s'y intéresser de près, notamment pour la blockchain, la technologie réputée infalsifiable sur laquelle reposent de nombreuses monnaies virtuelles. Le rêve libertaire du Bitcoin pourrait-il finir par être récupéré par le "système"?

    Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Philippe Herlin, économiste indépendant et essayiste, auteur du guide pratique J'achète du Bitcoin (Eyrolles, 2018), et Maël Rolland, enseignant à l'EHESS et doctorant en économie.

    Selon Philippe Herlin, «2018 pourrait être l'année des institutionnels. Il y a des fonds qui ont été créés l'automne dernier et qui vont commencer à entrer en action. Néanmoins, le Bitcoin en lui-même ne peut pas être régulé: ce qu'on peut réguler, et c'est une bonne chose, ce sont les entreprises qui fonctionnent sur l'écosystème. Mais aucun État ne pourra jamais changer, par exemple, le fait qu'il ne puisse pas y avoir plus de 21 millions de Bitcoins, et ça, ça garantit son indépendance et celle des autres cryptomonnaies. Je ne pense pas que l'esprit frondeur du Bitcoin va disparaître, parce que c'est un système concurrentiel, et en tant qu'économiste, je trouve ça très bien qu'on aille vers une diversité monétaire et qu'on sorte de l'hégémonie du dollar.»

    Maël Rolland relativise la chute récente du cours du Bitcoin: «On a eu dans la période récente un certain nombre d'informations qui montrent que le Bitcoin est là pour durer. Il s'est certes effondré en valeur à partir de janvier, mais c'est un effondrement très relatif quand on voit l'augmentation qu'il a connue tout au long de 2017. On est maintenant face à une phase de rebond, et si le Bitcoin est mort, j'ai envie de dire "vive le Bitcoin", car ce n'est pas la première fois qu'on annonce sa mort.» L'existence d'une spéculation sur le Bitcoin n'empêche pas, selon Maël Rolland, «le fait que les monnaies virtuelles aient pris au fil du temps, par leur philosophie même, une valeur dans notre société: la contestation du système SWIFT américain, et plus généralement la compréhension du système monétaire international et des acteurs qui ont la main dessus. Un certain nombre d'acteurs peut donc avoir un intérêt à se protéger en cas de problème dans des économies souveraines.»

    Pour Jacques Sapir, l'un des points les plus intéressants dans les cryptomonnaies est la blockchain: «C'est ça qui intéresse tellement les grandes banques et les banques centrales. Ils se disent que s'ils utilisent le même type de procédures, s'ils les adaptent, ils vont disposer d'un système relativement infalsifiable, sûr et impénétrable de transmission d'ordres financiers entre institutions. Or on se souvient que le gouvernement américain a déjà menacé à plusieurs reprises d'interdire ou de suspendre l'utilisation de son système SWIFT à certains pays. Pour ces pays, ce serait la catastrophe, sauf s'ils ont un système de rechange. Ça explique le fait que beaucoup de banques centrales, comme la Russie ou la Chine parmi d'autres, mais aussi des banques privées, se disent qu'il pourrait y avoir grâce à ce type de techniques la possibilité de s'émanciper par rapport au pouvoir des États-Unis.»

     

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