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    Les chroniques de Sapir

    L’Italie au tournant

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    Fin de la crise politique en Italie ou n’en est-ce que le début? À peine arrivée au pouvoir, la coalition populiste montre déjà les muscles face à Bruxelles, Paris et Berlin. Immigration, austérité, euro, CETA: Jacques Sapir débat des grands enjeux avec la juriste Giulia Vignolo, l’économiste Maxime Izoulet et Damien Lempereur de Debout la France.

    Trois mois après le séisme eurosceptique des dernières élections italiennes, et au terme d'une crise politique majeure, la coalition populiste entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Lega (ex-Ligue du Nord) s'installe aux commandes. Un nouveau gouvernement qui ne tourne pas autour du pot et multiplie déjà les annonces unilatérales, en opposition tranchée avec le consensus européen. Accueil des migrants, rigueur budgétaire, libre-échange ou encore mise en question de la monnaie unique, les points de désaccord ne manquent pas avec Bruxelles, mais la troisième économie de la zone euro pourrait s'avérer en meilleure posture que l'on croit pour négocier. Un moment clé serait-il en train de se jouer chez nos voisins transalpins? Quoiqu'on pense des positions controversées de personnalités comme Matteo Salvini, le très anti-migrants ministre de l'Intérieur et leader de la Lega, cette méthode forte pourrait-elle faire bouger les lignes sur le Vieux Continent en créant un précédent politique? Ou au contraire l'Italie est-elle sur une pente dangereuse?

    Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Giulia Vignolo, juriste et ancienne coordinatrice européenne de la coalition de gauche Liberi e Uguali (Libres et égaux), Damien Lempereur, porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan, et Maxime Izoulet, doctorant en économie à l'EHESS.

    Pour Jacques Sapir, c'est l'avenir de la construction européenne qui se joue en Italie: «Avec l'affaire de l'Aquarius, la démonstration vient d'être faite qu'en prenant des mesures unilatérales, un pays de l'Union européenne est capable de provoquer un pivotement important du débat. Que cette démonstration ait été faite à bon ou à mauvais escient, c'est important mais c'est secondaire. Autrement dit, c'est le retour du principe de la chaise vide, que la France avait commencé à mettre en pratique à l'époque du général de Gaulle.»

    Giulia Vignolo se montre au contraire méfiante sur le fait de créer un précédent politique à tout prix: «La politique de la chaise vide, ce n'est pas la même chose que de laisser 630 personnes en mer, peut-être face à la mort, simplement pour se faire entendre. Je suis d'accord pour dire que l'Italie doit avoir une attitude différente face à l'Europe, et qu'elle ne l'a pas fait jusqu'à maintenant, mais pour aller où? Je me réjouis que l'Italie fasse finalement entendre sa voix, mais pas de cette façon-là.»

    Selon Maxime Izoulet, «cette coalition n'a pas été élue spécifiquement sur un programme de sortie de l'euro, mais la formation de ce gouvernement a le mérite de lancer ce débat, qui me semblait jusqu'à présent insuffisant sur cette question. Le débat sur la monnaie unique est beaucoup moins tabou en Italie qu'en France, et le nouveau gouvernement italien est beaucoup plus armé intellectuellement sur cette question, dans le cas où la Banque centrale européenne adopterait une position agressive contre l'Italie comme elle l'avait fait avec la Grèce en 2015.»

    Damien Lempereur s'insurge contre les réactions européennes à la formation de ce gouvernement: «Cette coalition exprime des choix forts du peuple, même s'il ne s'est bien sûr pas prononcé sur toutes les questions précises que le gouvernement a à gérer. Il me semble que c'est la moindre des choses, suite à un résultat démocratique comme celui-ci, de laisser les représentants exprimer leur politique et de les juger sur leurs actes et non sur des a priori.»

     

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    Tags:
    Ligue du Nord (parti italien), Mouvement 5 étoiles (M5S), Matteo Salvini, Italie
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