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    SDF à Saint-Pétersbourg

    À Saint-Pétersbourg, une maison pour remettre les SDF d’aplomb

    © Sputnik . Alexei Danichev
    Russie
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    Oxana Bobrovitch
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    Comment les gens se retrouvent-ils à la rue, comment survivent-ils sans papiers, sans toit? Quelles sont leurs chances de revenir à une vie normale? Sputnik est allé chercher les réponses auprès de l’organisation caritative «Nochlezhka», qui existe à Saint-Pétersbourg depuis presque trente ans.

    «Nochlezhka» est un mot imprononçable pour un français, mais qui veut tout simplement dire en russe «Foyer pour les sans-abri». Et en France comme en Russie, on sait trop bien ce que cela veut dire. La misère n'a pas de frontières, la perte de sa famille n'épargne personne… et le bien peut être fait indépendamment de la nationalité… ou de la connaissance d'une langue.

    Créé en février 1990, «Nochlezhka» n'est pas qu'un foyer où on trouve tous les jours un toit et de la nourriture. Les avocats et les volontaires aident les visiteurs à refaire leurs papiers, à s'installer dans des maisons de retraite, à trouver du travail et à se loger. On peut y rester de quelques semaines à un an, en fonction de la complexité de la situation de chaque personne et d'un plan d'accompagnement que l'on a élaboré avec lui. En moyenne, les gens passent de quatre à cinq mois à «Nochlezhka».

    «C'est triste d'être conscient que nous avons de plus en plus de travail. On a de plus en plus de moyens pour aider de plus en plus de gens, mais on n'arrive toujours pas à pallier tous les problèmes, se désole la porte-parole de l'association Vlada Gassnikova. L'idéal serait d'avoir un foyer comme le nôtre dans chaque arrondissement de la ville.»

    Le local principal, la «base», ne propose que 52 places, c'est d'après Vlada, «mille fois moins que ce qu'il faudrait pour Saint-Pétersbourg»… Et c'est pourtant le foyer le plus grand de la ville. La ville est immense, plus encore pour celui qui souffre de problèmes de santé: le foyer peut être tout simplement inaccessible et cela peut coûter la vie à certains. Surtout en hiver. Par temps froid, on rajoute deux grandes tentes, pour accueillir 100 sans-abri supplémentaires.

    L'un des volets de l'action du foyer est le «Bus de nuit», qui rappelle les actions du SAMU social, où les bénévoles nourrissent des personnes dans le besoin. Seuls le chauffeur et le coordinateur de projet sont salariés, et le projet serait impossible à mettre en œuvre sans l'aide de volontaires.

    Le «Bus de nuit»
    Le «Bus de nuit»

    Vlada Gassnikova énumère les initiatives de «Nochlezhka»:

    «Nous nous sommes concentrés sur les projets humanitaires de première urgence: ne pas laisser les gens mourir de faim. Dans notre "Bus de nuit", on peut avoir un dîner gratuit. Dans la "Blanchisserie socioculturelle", on peut laver et repasser gratuitement ses vêtements. Dans une petite guérite, on distribue des vêtements d'occasion, des produits d'hygiène et quelques médicaments de base.»

    Plus de 1.000 bénévoles ont travaillé au sein du foyer depuis que «Nochlezhka» existe et par la suite, nombre d'entre eux sont devenus ses employés. Au fil des années, de nouveaux «corps de métier» bénévoles sont apparus au sein de l'association: ce sont non seulement des «serveurs» et «distributeurs» de nourriture ou de vêtements, mais également des traducteurs, designers, rédacteurs en chef, programmeurs, responsables des relations publiques, avocats, médecins et psychologues qui ont apporté leur soutien.

    «Presque 10.000 personnes par an reçoivent de l'aide au sein de nos divers projets. Mais nous avons également en moyenne 200 personnes qui suivent un "programme individuel de réinsertion". Ils restent —toujours en moyenne- quatre mois au sein du foyer et déterminent avec nos spécialistes une sorte de carnet de route, avec des objectifs précis à atteindre sur cette voie du retour à la vie normale.»

    «Notchlejka» a organisé une action de soutiens aux sans-abri dans le Jardin d’été de Saint-Pétersbourg: «Des gens en marbre contre les cœurs de pierre».
    «Notchlejka» a organisé une action de soutiens aux sans-abri dans le Jardin d’été de Saint-Pétersbourg: «Des gens en marbre contre les cœurs de pierre».

    45.459 roubles (604 euros), c'est la somme moyenne, nécessaire au «retour à la vie normale». Et certains reviennent de loin. Natalia a 33 ans et elle voit sa vie actuelle comme «un happy and». Elle a grandi dans une famille dysfonctionnelle à Kingisepp, non loin de la frontière estonienne: violée très jeune par son propre père, elle a aussitôt été placée en asile psychiatrique. Vers 15 ans, Natalia fugue et rejoint Saint-Pétersbourg à pied, se marie, accouche à 17 ans et se fait battre par son mari. 10 ans d'obscurité suivent: la vie dans les caves, les viols, l'alcool. Tout change lorsque Natalia adhère au programme Alcooliques anonymes. Puis elle rencontre Pavel, son futur époux. Mariés fin août 2016, ils louent désormais un appartement et travaillent ensemble.

    «Pavel est mon cadeau et le fait qu'il me comprenne est également un cadeau. Il ne croit toujours pas que je sois sa femme, il dit que c'est un rêve. Eh bien, oui, nous rêvons probablement tous les deux», raconte Natalia.

    «Depuis le début du conflit en Ukraine, on a une augmentation significative de nombre d'Ukrainiens. Tous ces gens ont des problèmes avec leurs papiers et leur statut. Sur ce problème, nous collaborons avec la Croix-Rouge, qui s'y connaît mieux que nous», affirme Vlada Gassnikova.

    Et le gros de ces nouveaux arrivants ukrainiens «sont des hommes entre 25 et 60 ans qui n'ont qu'un mot à la bouche: "trouvez-nous du travail"». Ils doivent entretenir leur famille qu'ils ont laissée en arrière et plus, «ils ont peur d'être recrutés au front». Ainsi, ils rejoignent le «client type» de la «Nochlezhka», des hommes venus des coins éloignés de la Russie, sans attache à Saint-Pétersbourg, sans argent, trompés par leurs employeurs qui les ont engagés «au noir», souvent dépouillés de leurs papiers…

    «En moyenne, aider "Nochlezhka" ne prend que 5% de votre temps libre,» annonce le site du foyer. Heureusement, les volontaires que l'on y trouve ne font pas de calcul du pourcentage, mais du cœur.

    «On a fait une étude il y a quelque temps sur le profil-type de nos bénévoles. On avait l'impression que c'était plutôt un étudiant de 18-22 ans. Mais en réalité, le groupe le plus actif, c'est plutôt la tranche d'âge des 24-31 ans, avec 80% de filles.»

    Alexandra, traductrice, Irina, femme au foyer, Denis, informaticien, Tatiana, future archéologue, Platon, photographe, Xenia, historienne, Mikhaïl, biophysicien, Natalia, libraire, Serguei, musicien… tant de métiers, de destins, tous réunis par un seul désir —faire sortir les gens qu'ils rencontrent dans «Nochlezhka» d'une mauvaise passe.

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    Tags:
    SDF, Saint-Pétersbourg, Russie
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