Un supporter tunisien

En Russie, la sélection tunisienne éliminée, son public qualifié

© Sputnik . Anton Denisov
Coupe du monde de football 2018
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Safwene Grira
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Les supporters tunisiens en Russie auront davantage marqué les esprits que leur équipe, éliminée au bout de deux matchs. Chants, danses, percussions et pourquoi pas du «street marketing» pour promouvoir la destination Tunisie. Le spectacle offert par les supporters a ainsi été unanimement salué par les Tunisiens.

Que restera-t-il de la Coupe du monde pour les Tunisiens? Le même ascenseur émotionnel éprouvé à chaque qualification pour la compétition mondiale. La même litanie, ensuite, à la gloire de la génération d'or. Celle qui, en 1978, écrasa les Mexicains avec un triplet historique et imposa aux Allemands, champions du monde, un nul au goût de victoire. Pas grand-chose, en somme pour cette édition, pas plus qu'il n'y en avait eu en 1998, 2002 ou 2006. Si ce n'est le spectacle offert aux yeux du monde par ceux qui y ont cru jusqu'au bout.

La bonne humeur accompagnant les déplacements de quelque 20 000 supporters tunisiens n'est pas passée inaperçue. Une présence très remarquée, souvent bruyante, et plutôt sympathique. Dans les rues de Volgograd, Saint-Pétersbourg ou Moscou, les différents groupes de tifosi des Aigles de Carthage entraînaient d'autres dans leur «délire». Leurs prouesses remarquables constitueront, au final, une maigre consolation pour les Tunisiens, éliminés samedi dernier après une débâcle contre les Diables Rouges belges.

«La présence remarquable du public tunisien amortit un peu les défaites footballistiques qui se suivent. Pas de regret, toutefois! Je continue de poursuivre le drapeau national, même s'il est endossé par une équipe incapable», résumera Maher, un journaliste tunisien, sur sa page Facebook.

«J'ai beaucoup voyagé, et j'en ai vu (des supporters), mais jamais comme le public tunisien en Russie!»

«Je n'oublierai jamais ce soir. Nous étions 3.000 Tunisiens et la rue était bondée. Nous étions tous unis. […] On savait que ce qu'on voulait était difficile [la qualification, ndlr], on n'est pas une nation de foot. Mais montrer au monde entier qui était le peuple tunisien, ça, c'était à notre portée. On a marqué de notre empreinte, avec nos chéchias, le drapeau, la Jebba, l'encens, le tambour, le bendir, les youyous, les danses…»

«Le public tunisien a acheté des milliers de chéchias, participé de la promotion de l'artisanat tunisien […] Ce qui est sûr, c'est que la Tunisie qu'on a vue en Russie n'est pas aussi [intégriste, nldr] que celle qu'on a vue en Syrie. Elle était, tout le contraire, rayonnante, heureuse, propre, pas du tout frustrée, belle, civilisée, patriote et pacifique. La Tunisie qu'on a vue en Russie doit vivre!»

Sur ces photos, on voit même un petit groupe de jeunes Tunisiens en pleine opération de «street marketing», pour promouvoir la destination Tunisie auprès des Russes et autres touristes présents.

Une initiative de jeunes supporters vivant à l'étranger, à distinguer de la campagne menée par le ministère du tourisme en Russie, a confirmé à Sputnik un responsable dans ce département ministériel. «Ils ont été invités, mercredi, par notre représentant à Moscou pour les remercier», a-t-il ajouté.

Une image qui rompt littéralement avec la violence souvent observée dans les stades tunisiens, lors du championnat national. Pour le célèbre blogueur Big Trap Boy, la raison est toute trouvée.

«Tout le monde est en train d'encenser le public de la sélection nationale dans la Coupe du Monde en Russie et l'image rayonnante qu'il a donnée du pays. On oublie juste une seule chose. Ceux qui sont partis en Russie font partie de la classe supérieure à la moyenne, qui se trouve composée de cadres du secteur privé et de compétences vivant à l'étranger. Ces classes sociales là sont justement celles qui sont en train d'être exclues et marginalisées dans ce pays, à tous les niveaux (politiquement, médiatiquement, prise de décision…) par le populisme et le brouhaha de ceux qui ont gouverné le pays et ceux qui continuent de le faire. Ce sont les bons vivants qui ont déserté le paysage public pour le laisser aux racailles. Ils cherchent, à présent, le salut à l'échelle individuelle.»

Des bons vivants qui semblent en tout cas s'être bien pris au jeu de la bravade conquérante claironnée, depuis des mois, sur les airs de Kalinka… Et ils entendaient bien s'y projeter.

Dans ce clip de l'opérateur national de téléphonie mobile qui fit des millions de vues, différents décors de la vie moscovite sont mis en scène: la Place rouge, le métro de Moscou, un théâtre… Partout, on annonce la grande nouvelle: «Les Tunisiens arrivent!», comme on peut lire sur l'arrière-plan d'une scène d'un ballet militaire, ou même sur la Une d'un journal russe imaginaire, «Le matin», dont le nom est un clin d'œil «éponymique» au principal journal arabophone en Tunisie.

Plus loin de Moscou, au fin fond d'une forêt sombre, un bûcheron arrête de couper le bois pour se poser la question sur l'identité des arrivants, en invoquant le Saint-Patron de Tunis, Sidi Mehrez. Même une babouchka, nichée dans une cabane de la campagne sibérienne, est très attentive à la radio. Au point que son mari, grognon, réclamant autre chose que le bortsch dont elle le gave en permanence, recevra une tape sur la main en essayant de changer la station de radio… sur le point d'annoncer la nouvelle: «Les Tunisiens sont désormais célèbres, et ils arrivent. Sans craindre le froid… Ni Poutine!»

Aujourd'hui, toutefois, alors que le spot publicitaire n'a pas été retiré des antennes suite à l'élimination des Aigles de Carthage, des internautes tunisiens auront cette boutade cruelle…


«Ils sont toujours en train de passer le spot: "la Russie, nous arrivons!" Un peu comme une femme divorcée qui regarde ses photos de mariage!»

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Tags:
supporter, football, Mondial 2018, Aigles de Carthage, Tunisie, Russie
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