Un ascenseur vers le ciel

Un ascenseur vers le ciel
Un ascenseur vers le ciel - Sputnik France
La société japonaise Obayashi, spécialisée dans la construction de gratte-ciels, projette de construire d’ici à 2050 un ascenseur qui permettrait aux voyageurs d’aller dans l’espace.

Cet ascenseur devrait remplacer les vaisseaux cargo, assurant une livraison ininterrompue d’approvisionnement pour les systèmes de navigation par satellite, les véhicules spatiaux habités et les cargaisons de tout genre pour l'orbite terrestre.

Le principe de fonctionnement de cet ascenseur spatial est assez simple. Un câble ultrasolide s'étendra entre la Terre et l'orbite géostationnaire, et sera maintenu en tension grâce à la force centrifuge. Une plate-forme se déplacera sur ce câble avec une vitesse de l’ordre de 200 km/h. Autrement dit, la distance de la surface terrestre vers l'orbite sera parcourue en une semaine. Les constructeurs supposent que le câble pourrait être de n’importe quelle longueur. Ainsi, pour relier Terre à la Lune, il faudra un câble de 360.000 km de long.

D’ailleurs, l’idée d’un ascenseur vers l’espace n’est pas nouvelle. Le scientifique russe Konstantine Tsiolkovski, père et théoricien de l’astronautique moderne a été le premier à le proposer en 1894. Il l’a fait, inspiré par la tour Eiffel à Paris. Dans son livre Rêves de la Terre et du Ciel, Tsilokovski suggère que si l’on construit une tour plus haute de quelques milliers de kilomètres, il sera possible d’aller dans l’espace sans utiliser la propulsion par réaction.

En 1960, le jeune scientifique Iouri Artsoutanova publié un article intitulé «Aller avec une locomotive dans l'espace», dans lequel il a présenté son idée de téléphérique qui relie la Terre à l’espace. On dit que la version traduite de cet article a été incluse dans un mémorandum officiel de la NASA dans le milieu des années 70, et un écrivain de science-fiction et vulgarisateur scientifique américain Arthur C. Clarke est tombé dessus par hasard. L’idée lui a plu, et dans son roman «Les Fontaines du Paradis», il évoquait justement la possibilité de construire un ascenseur de ce type.

Les articles de recherche sur ce sujet ont été publiés en Europe et aux Etats-Unis. Autrement dit, le projet d'un ascenseur spatial n’était jamais vu come un projet fantastique et irréel, explique le rédacteur en chef du magazine Novostikosmonavtiki (Les Nouvelles de l’astronautique)Igor Lissov.

«Pourquoi pense-t-on ainsi? En principe, c’est compréhensible. Si vous avez un satellite en orbite stationnaire au-dessus de la terre, il est possible de relier ce satellite à la surface de la Terre par un câble. Il risque bien sûr de gêner, interférer et perturber le mouvement, mais si le contrepoids sera accroché plus haut, ce système peut être plus ou moins stable. Les demandes pour la résistance des matériaux sont très élevées, et jusqu'à récemment, tout cela n’aurait été qu’entièrement théorique, mais aujourd’hui, il existe des matériaux qui pourraient résister à de telles charges. Donc, du point de vue de la physique et de la technique, il n’y a plus rien d’impossible».

Selon le projet développé par les scientifiques japonais, le câble pour cet ascenseur spatial sera constitué de nanotubes de carbone. Ce matériau est 20 fois plus résistant que l'acier. Il est capable de retenir des conteneurs de fret et de ne pourra pas se briser sous son propre poids. Par ailleurs, ce genre de nanotube en carbone est assez léger et pourrait être facilement levé dans l'espace au moyen des fusées existantes. Mais pour l’instant, le nanotube le plus long ne dépasse pas un mètre, alors que l’ascenseur spatial a besoin de câble de 80.000 kilomètres.

Des matériaux solides pour le câble, ce n’est pas le seul problème, que devront résoudre les développeurs de la société Obayashi. Le mécanisme de l'ascenseur a besoin de beaucoup d’énergie pour effectuer la montée et la descente. Il devrait donc être équipé d’un moteur qui sera approvisionné en électricité sans fil, par exemple grâce à un puissant laser. Parmi les autres difficultés de ce projet, les constructeurs devront résoudre les problèmes du rayonnement, des foudres, des vents, des météores et des débris spatiaux.

Mais si les scientifiques parviennent à résoudre tous ces problèmes, on pourra passer à la construction de cet ascenseur. Et les constructeurs japonais affirment que cet ascenseur spatial permettra de réduire considérablement le coût d’acheminement des cargaisons sur l’orbite terrestre. Maintenant, un kilo de cargaison, acheminé dans l’espace avec une fusée coûte entre 10.000 et 15.000 dollars, alors qu’avec l’ascenseur cela coûtera seulement 100 dollars.

«Toutes les idées qui semblent bonnes à première vue, ne le sont pas forcément, une fois mises en pratique. Le spaceshuttle en est un très bon exemple», affirme Iouri Karash, membre de l’Académie russe de l’astronautique. «Lorsque ce projet était élaboré, on supposait que le vaisseau spatial pourra voler, si ce n’est pas tous les jours, mais au moins une fois par semaine. Car, plus souvent vous réalisez le même projet, moins sera le prix d'une seule action. Mais comme il s'est avéré, n'y avait pas eu assez de clients qui auraient pu garantir par leur commande un nombre suffisant de vols de la navette spatiale. Résultat, chaque lancement de la navette coûtait 500 millions de dollars, ce qui est nettement plus cher qu'un vol dans l'espace d’un transporteur classique, capable d’effectuer un seul lancement. La même chose risque d’arriver à l’ascenseur spatial. C'est une très bonne idée à première vue, mais il faut très bien calculer: combien coûtera la construction, combien cela va coûterl’exploitation et la maintenance et, enfin, le plus important - y aura-t-il assez de clients pour compenser les frais d'entretien de l'ascenseur spatial, pour qu’au moins une partie de ce projet soit compensée?».

Apparemment, les scientifiques japonais ne se soucient pas de la rentabilité du projet. Ils estiment tous que l'ascenseur spatial sera une étape importante dans l'exploration spatiale. Après tout, monter dans l'espace sera aussi facile que de monter sur le dernier étage d'un gratte-ciel.

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