Une plaque à l’honneur de Gogol à Paris

Une plaque à l’honneur de Gogol à Paris
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Dans l’esprit de l’année croisée 2010 et de l’année 2012 dédiée aux langues et littératures, une initiative a été lancée par le Comité littéraire franco-russe d’inaugurer à Paris une plaque commémorative à l’honneur du grand écrivain russe Nicolas Gogol. L’auteur des « Âmes mortes » a séjourné dans la capitale française de novembre 1836 à mars 1837. C’est à Paris notamment qu’il a appris la mort d’Alexandre Pouchkine...

Cependant durant son histoire la ville de Paris a accueilli beaucoup d’hommes russes illustres et brillants. Pourquoi a-t-il été décidé de commémorer Nicolas Gogol ? Nous avons posé cette question à M. Pierre Pougnaud, conseiller pour l’action extérieure des collectivités territoriales au Ministère français des affaires étrangères. M. Pougnaud est aussi vice-président du Comité littéraire franco-russe, initiateur du projet.

Pierre Pougnaud. C’est un projet qui nous tient beaucoup à cœur et qui est l’aboutissement d’un long travail de reconnaissance, travail auquel a participé Mme Irina Rekchan, la présidente du Comité littéraire franco-russe. En 2009, lors du bicentenaire de la naissance e de Nicolas Gogol, elle a lancé au niveau de la France, mais en liaison avec le monde littéraire et les autorités de la Russie, une commémoration qui a donné lieu à de nombreux événements à Paris et en région, qui ont associé le monde littéraire, les critiques, les historiens mais aussi les jeunes puisqu’il y a eu un concours littéraire qui a été fait à cette occasion. Et grâce à la ville de Paris, à M. le Maire de Paris, à son service international, nous matérialisons cet attachement de la capitale de la France à Nicolas Gogol par la position d’une plaque sur la maison où il a vécu près de la place de la Bourse. C’est à fois de la part des Parisiens un hommage à ce grand écrivain, qui a inspiré beaucoup d’écrivains français et qui est d’une grande actualité du point de vue littéraire et du point de vue du contenu. Et c’est aussi, disons, un témoignage de ce qu’on peut faire ensemble dans le domaine culturel et dans beaucoup d’autres.

LVdlR. Quelles sont les principales qualités de Gogol écrivain pour le monde français ?

P. P. D’abord c’est quand même un écrivain qui a eu énormément d’influence d’une manière générale. Les grands écrivains russes ont commencé à être connus à la fin du XIX siècle. Déjà il avait été un de ces précurseurs qui avaient été bien reconnus par le monde littéraire. Donc c’est un hommage naturel. En plus, je trouve qu’il a une écriture très moderne. Il nous interpelle beaucoup et je crois que c’est un geste qui n’est pas seulement commémoratif. C’est une littérature très créative dans tous les domaines. Elle a inspiré aussi bien l’art dramatique que d’autres formes de récits. Et je crois qu’elle est, à tous les égards, passionnante. Un grand écrivain français a dit qu’il avait grandi sous le manteau de Gogol. Et ça c’est profondément vrai. Il y a aussi une date qui a été commémorée très largement en Russie, en 2009, le bicentenaire de la naissance. Il y a eu aussi d’une part, les années croisées franco-russes dans lesquelles le Ministère français des affaires étrangères s’est engagé à fond, il y a eu l’année de la langue et de la littérature russe, et maintenant cet événement qui se manifeste à Paris dans un endroit où Gogol a résidé.

LVdlR. Et où précisément il a résidé ? Vous pouvez nous indiquer l’adresse ?

P. P. L’adresse est place de la Bourse. Je crois que c’est l’actuel siège du Nouvel Observateur. Là c’est un autre clin d’œil parce qu’effectivement la presse française se trouvera associée à l’hommage à Gogol. Bien sûr, parmi les autorités qui ont énormément aidés, il faut citer son Excellence l’ambassadeur Orlov. Il y a eu aussi un soutien personnel de l’ancien ministre de la culture Alexandre Avdeev, le prédécesseur de M.Orlov, qui connaît bien le Comité littéraire franco-russe. Et puis aussi le monde des lettres des deux côtés. Du côté russe, Valéry Popov, président de l’Union des écrivains de Saint-Pétersbourg, Vladimir Malychev, directeur de la Maison des écrivains, M. Zolotousski qui est le président de la Société des belles lettres de Russie. Et aussi le rôle très actif du vice-gouverneur de Saint-Pétersbourg, M. Kitchedji. Vous voyez, le bébé a été porté sur les fonts par tout un concours d’autorités mais aussi par le monde littéraire. La commémoration 2009 avait déjà soulevé pas mal d’échos dans les maisons d’éditions, il y a eu des traductions, des échanges d’écrivains, une présence aux salons du livre. Tout cela a permis d’accroître la sensibilité de nos compatriotes pour les œuvres littéraires russes et aussi de pouvoir en quelque sorte accompagner la légitime fierté que les Russes ont de leurs grands écrivains.

LVdlR. Et comment est la plaque ? Qui en est l’auteur ?

P. P. Ca je ne saurai vous le dire. Je ne l’ai pas encore vue. C’est comme les robe de mariées, vous savez. On ne peut pas faire état de la robe de mariée tant qu’elle n’a pas été portée par la mariée.

LVdlR. Vous êtes vice-président du Comité littéraire franco-russe. C’est une association publique des amis de la culture et de la littérature russes. Et qui sont ses membres ?

P. P. Ses membres sont assez représentatifs de la variété de personnes qui s’intéressent aux lettres russes. Bon, il y a un certain nombre de spécialistes de l’histoire de la littérature russe, et parmi les plus éminents. Vous avez également des écrivains, des éditeurs. Vous avez des gens qui viennent du monde de l’enseignement. Vous avez également la communauté des traducteurs. On a de chance pour la littérature russe en France. Elle a été généralement fort bien traduite. Donc, il y a une belle idée accompagnée par des personnalités qui ont vu qu’il fallait d’une part faire cette commémoration – c’est évident, c’est un devoir vis-à-vis des personnalités majeures de la littérature européenne et mondiale – mais aussi lui donner un écho très large. C’est pour ça d’ailleurs que le fait d’inaugurer une plaque dans la capitale de la France est un élément aussi de visibilité pour tous les publics. C’est pas une opération élitiste, ce n’est pas seulement une opération mémorielle, c’est vraiment la volonté de mieux connaître de part et d’autre les richesses de notre culture. A un moment on souhaiterait qu’il y ait plus de pratiquants de la langue russe en France, il y a un plus de pratiquants de la langue française en Russie et nous pouvons nous en féliciter, et un de nos objectifs est d’augmenter la pratique de nos langues en s’appuyant sur le grand héritage culturel et la création contemporaine. Vous noterez que parmi les écrivains, qui sont présents au dévoilement de cette plaque, sont venus de Saint-Pétersbourg et de Moscou, et aussi des régions russes, des personnalités qui sont des écrivains en activité. Ce n’est pas seulement des spécialistes de l’œuvre de Nicolas Gogol.

LVdlR. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les projets du Comité littéraire franco-russe qui attendent leur réalisation ?

P. P. Il y a différents projets qui tiennent à l’histoire mais qui ont une forte présence actuelle. Notamment, en 2014 la commémoration de la levée du blocus de Leningrad (à l’époque, l’actuel Saint-Pétersbourg). Pourquoi un comité littéraire s’intéresse à un événement qui a été un événement militaire et un événement de société? Parce que précisément si on veut que la culture reste vivante, il faut qu’elle soit capable quelquefois de se défendre contre l’adversité. Et il n’y a pas d’exemple plus admirable que cette ville qui était entièrement encerclée et qui au bout de plus de trois ans de siège s’est délivrée. Donc, il y aura une exposition à Paris et peut être dans un autre lieu qui permettra de rendre cet hommage sous le titre probablement « Saint-Pétersbourg sauvé par Leningrad ». Et en n’insistant pas seulement sur les événements mais sur ce que cela a pu inspirer en matière notamment de création littéraire. Il y a un certain nombre de témoignages qui sont passés par la voie des lettres.

LVdlR. M. Pierre Pougnaud, vice-président du Comité littéraire franco-russe vous a parlé des activités de son association mais je vous rappelle que la toute dernière initiative du Comité a été l’inauguration d’une plaque commémorative dédiée à Nicolas Gogol. La cérémonie aura lieu le 20 juin à 11 heures au numéro 12, place de la Bourse à Paris. D’ailleurs, peut-on y venir sans invitation ?

P. P. Il s’agit d’une plaque qui sera visible par tous les passants de ce quartier animé de Paris. Je pense que M. le Préfet de police ne verrait aucun inconvénient à ce que des personnes se rassemblent pacifiquement pour rendre hommage à la mémoire de Nicolas Gogol. Nous sommes un pays libre qui rend librement hommage à une âme libre.

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