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Les éleveurs français sont les otages des positions technocratiques de l’UE

Les éleveurs français sont les otages des positions technocratiques de l’UE
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En janvier 2014, la Russie a interdit les importations de porcs de l’Union européenne suite à la découverte de deux cas de peste porcine africaine chez les sangliers morts en Lituanie et en Pologne. En 6 mois, les importations européennes en Russie se sont donc réduites de 37 pour cent ce qui a fait perdre aux producteurs de porcs européens 580 millions d’euros.

Certains pays dont la France, le Danemark et les Pays-Bas, où des cas de la maladie porcine n’étaient pas enregistrés, ont tenté de nouer des contacts bilatéraux avec la Russie qui, elle, était prête à négocier. Mais la Commission européenne ne leur a pas permis de le faire car elle a qualifié ces démarches d’être en contradiction avec les règles de l’UE. « Nous cherchons un dialogue avec la Russie pour résoudre le problème. Mais nous ne pouvons accepter de remettre en cause le marché unique », a déclaré Wolf-Martin Maier, représentant des services vétérinaires de la Commission européenne. Bruxelles a donc préféré de porter l’affaire devant l’OMC pour refus injustifié de commercer, une procédure qui n’enthousiasme point les filières nationales. Dans l'entre-temps, l’industrie du porc européenne perd 4 millions d’euros par jour, alors qu’en Russie le prix du porc a considérablement augmenté. On peut considérer l’embargo comme la réponse russe aux sanctions occidentales. Mais ce qui est sûr, c’est que ni les Européens, ni les Russes n’en profitent. C’est surtout à cause de l’incapacité des technocrates bruxellois de manœuvrer et agir pour le bien des Européens qu’on a aujourd’hui cet embargo étouffant. Voilà ce qu’en pense le journaliste indépendant breton Louis-Benoît Greffe.

LVdlR. Monsieur Greffe, la Russie n’a toujours pas levé l’embargo sur la viande porcine en provenance de l’Union Européenne, un embargo qui a fait perdre 580 millions d’euros aux producteurs de porcs européens et 250 millions d’euros aux abatteurs. En Bretagne, l’avez-vous ressenti ?

L.-B. Greffe. En Bretagne, on le ressent comme ailleurs en Europe. On ne le ressent pas directement, mais cela complique encore une filière porcine déjà en surproduction. Ainsi, des sites qui auraient pu être sauvegardés dans des conditions normales, ont vu le prix du porc monter, la consommation est tirée a la hausse tant en France qu’à l’étranger. Hors embargo, des sites auraient pu être sauvegardés, des abattoirs n’auraient pas été fermés, et des éleveurs auraient pu continuer à investir car pour la première fois le cours du porc est passé au-dessus des coûts de productions qui s’élèvent un 1,6 euros au kilo. L’embargo russe qui est purement politique, est venu tout remettre en cause. Officiellement cet embargo a été décidé le 29 janvier pour des cas de peste porcine en Lituanie et en Pologne. Les Bretons n’y sont donc vraiment pour rien. Logiquement, cet embargo aurait dû être levé après quelques mois. Seulement avec la crise ukrainienne, cet embargo est devenu une réponse politique aux sanctions de l’UE et des Etats-Unis contre la Russie. Donc la France y perd beaucoup en termes d’exportation. Aujourd’hui, au niveau des exportations sur le porc, si en février 2013 il y avait 5 000 tonnes équivalent carcasse d’exportées en Russie, aujourd’hui c’est zéro. Ce qui fait une baisse de 12% sur l’ensemble des exportations de porc en France. Sachant qu’il y a eu une petite hausse des exportations vers l’Espagne, et surtout vers le marché asiatique. En 2012, le marché du porc pour la Russie, en viande était 95 millions d’euros, en 2013 c’était 103 millions d’euros. Et ceci aurait dû continuer à monter, sachant que la France exporte aussi des porcs reproducteurs. Et là-dessus, la Bretagne est en première ligne, car c’est une grande région de génomique agricole. Avant, nous exportions 45 000 tonnes porcs reproducteurs vers les élevages russes, dont la production est en hausse (la Russie est revenue en 2013 au niveau de sa production d’avant l’effondrement de l’URSS). Ainsi, ces 45 000 tonnes de porcs ne sont plus exportés. C’est donc un grand problème de l’industrie génomique qui est au fait très peu traité par les médias.

LVdlR. L’embargo était au cœur de l’Assemblée Générale de l’interprofession porcine ayant eu lieu le 1er juillet à Paris. Le responsable russe a affirmé que la Russie était prête à reprendre ces achats dans certains pays dont la France. La Commission Européenne est-elle prête, selon vous, à appliquer le principe de régionalisation et à autoriser tous les pays européens exempts de peste porcine à reprendre leur exportation vers la Russie ?

L.-B. Greffe. Je crois que la Commission Européenne est prisonnière de la réalité géopolitique qui maintenant la dépasse. C’est que le problème du porc, qui est un problème sanitaire des pays de l’Est est devenu un problème géopolitique en moins de deux, instrumentalisé probablement par des puissances non-européennes, le Grand Frère outre-Atlantique et son probable ennemi la Russie. Ainsi, la Commission a estimé qu’il fallait parler d’une seule voix, mais surtout, bloquer les discussions initiées par plusieurs pays avec la Russie – France, Pays-Bas, Allemagne, Espagne. Allemagne et Espagne produisent 41% de la production de porcs en UE. La France vient après. Il y a eu des ouvertures russes très claires, mais le blocage est venu de l’Europe voulant absolument aller à l’épreuve de force. Pourquoi interdire aux Russes et non aux Américains, qui pendant des années ont censurés le pâté, le foie gras ou encore des boulettes de viande écossaises. Qu’est-ce que cette tendance des Américains à décider pour tout le monde ? C’est une impasse politique. Et la Commission va délibérément dans cette impasse politique. Les éleveurs bretons sont pour le coup clairement les otages des positions technocratiques de l’UE. Et ceci, c’est le comité régional du porc breton qui le dit, dans sa position du 3 juin 2014. Elle constate que l’interdiction bilatérale prive les éleveurs français de 15 centimes d’euros au kilo supplémentaire depuis le 1er janvier 2014. Car aujourd’hui les cours du porc sont dramatiques en France. Ils sont retombés sous les cours de production, fragilisant une partie de l’agriculture française. Le marché du porc breton avait déclaré : un seul marché vous manque et tout est déstabilisé, le prix des kilos de porc en France a chuté à 1,32 euros le kilo. Alors qu’il était d’1,48 il y a un an. Ce problème va concerner l’emploi physique et intérimaire. L’agriculture est devenue une industrie à destination de la Russie. Comme la Russie se prépare à d’autres embargos politiques, notamment liés aux volailles, il y a une réelle inquiétude en Bretagne, car la volaille est un autre pilier de notre économie agricole. On parle beaucoup de la Bretagne comme pays de porc, or en Europe c’est la Hollande qui est le pays du porc. Ils en ont une énorme densité sur une très petite surface territoriale, exploitée au maximum de leurs possibilités.

On est dans une situation compliquée puisque 25% d’exportation de viande de l’UE est absorbée par la seule Russie. Ce qui représente 70% des importations russes. Ainsi, ici la Commission européenne se prive à terme d’un marché important, pour un mirage asiatique, que l’on risque de rater. Le chômage et les fermetures d’abattoir c’est maintenant, il y a trop de production de porc en Europe et trop en France. On estime qu’en France 2 ou 3 abattoirs sont à fermer, il y en a trop. Et en France, ils ne sont pas compétitifs car on y emploie des Bretons et non des Roumains qui bossent comme en Allemagne pour 2 euros de l’heure. Ainsi, il est difficile de penser que cette politique de l’UE est liée à une vision technocratique, soit au fait qu’ils font tout leur possible pour couper l’Europe de la Russie.

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