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Le plan de paix Porochenko est-il réaliste ?

Le plan de paix Porochenko est-il réaliste ?
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“ Le sort du monde et de l'Europe se décide au cours de cette rencontre à Minsk”, a déclaré pathétiquement le président de l’Ukraine le 26 août devant les chefs de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie et les représentants de l’UE au sommet qui a eu lieu dans la capitale de la Biélorussie.

Mais il est fort difficile de qualifier ce sommet d’historique. Lors de la rencontre, le président Porochenko a préféré se fixer sur son plan de paix, celui qui avait été déjà présenté lors de son inauguration au mois de juin. Ce plan comprendrait la décentralisation, l’amnistie et les mécanismes du rétablissement de l’infrastructure du Donbass... Le contrôle de la frontière russo-ukrainienne fait partie du projet. Mais il ne s’agit pas d’entamer les négociations avec les insurgés, bien que ce soit la seule solution possible dans ce conflit. Mais il semble que Porochenko ne s’intéresse pas du tout à ce que réclament les Républiques insurgées. Et ce que celles-là demandent maintenant n’est pas la fédéralisation, non. Il est évident que la République populaire de Lougansk et la République populaire de Donetsk ne veulent plus faire partie de cette Ukraine qui mène contre elles une guerre génocidaire en se justifiant par l’opération dite « antiterroriste ». Ce qui est négligé par les autorités ukrainiennes, c’est que le conflit ne pourra pas être résolu unilatéralement. Voilà pourquoi le discours pathétique de Porochenko à Minsk n’a pas produit l’effet escompté. Se mettre autour de la table - voilà la proposition la plus simple et la plus logique qui peut être faite dans cette situation. C’est ça, d’ailleurs, que propose la Russie - de restaurer un lien de confiance avec les insurgés et de procéder aux négociations.

Le sommet s’est terminé, les propositions ont été entendues, au moins, on l’espère. A quoi le plan de paix de Porochenko ressemblera dans un avenir proche, on le saura bientôt. Ce que l’on sait pour le moment, c’est que l’opération punitive se poursuit et que des villes entières au Sud-est du pays sont rayées de la carte du monde. Voilà ce qu’en pense la journaliste Oxana Chkoda, qui était présente à Slaviansk pendant les combats et qui suit attentivement tout ce qui se passe au Sud-est de l’Ukraine (Novorossia).

Oxana Chkoda.Le plan de paix dont l’annonce a été faite déjà à plusieurs reprises par Porochenko tout comme celle d’une trêve, ne mène à rien, comme on a pu le constater. Ce qui a été annoncé à Minsk, n’est que des promesses stériles. Les efforts de Kiev d’écraser la révolte en supprimant les civils ont écarté toute possibilité de trêve. Les pouvoirs ukrainiens sont pris de panique parce qu’ils se rendent compte qu’ils sont en guerre sanglante et essuient de grandes pertes alors que la Russie n’est toujours pas au rendez-vous. Kiev va pourtant poursuivre son opération répressive parce qu’il n’a pas d’autre choix, d’autant plus que Porochenko déclare n’accepter ni le statut d’autonomie, ni celui de sujet fédéré sans parler de la séparation de ces régions de l’Ukraine. D’ailleurs, le premier ministre de la République populaire de Donetsk Zakarchenko a déclaré que la Novorossia ne se contenterait plus de fédéralisation. Les républiques de Donetsk et de Lougansk insistent sur leur indépendance de l’Ukraine. Des commandants militaires tels qu’Alexeï Mozgovoï le confirment. Tous sont unanimes pour dire que l’autonomie ne donnera rien du tout. Puisque le gouvernement ukrainien s’obstine à ne revoir ses positions, ni l’autonomie, ni la fédéralisation ne seront utiles. Elles auraient pu l’être en février ou en mars, c’est-à-dire avant le stade de combats. C’est pourquoi les habitants de Donbass aussi bien que les forces d’autodéfense populaire et les partisans de la Novorossia sont aujourd’hui pour l’indépendance totale. Quant à une loi ukrainienne que cette indépendance violerait, il n’y a pas aujourd’hui de telle loi en Ukraine.

On voudrait que Porochenko puisse mettre en œuvre le plan de paix dont il parle. Je pense que les combats se poursuivront au moins jusqu’au printemps. La catastrophe humanitaire ne fera que prendre de l’ampleur de jour en jour. Ces régions vont simplement devenir désertes. En août 2008, je me suis rendue en Ossétie du Sud et je peux dire que les forces armées géorgiennes et ukrainiennes font recours à la même tactique. Je ne croyais pas que Donetsk aussi que nombre d’autres villes ukrainiennes se transforment en Tskhinvali. Aujourd’hui il est évident que le scénario utilisé est le même. Saakachvili consulte Porochenko et essaye de réaliser ce que les forces russes de maintien de paix ne lui ont pas laissé faire en 2008. On assiste aujourd’hui à une opération « champ nettoyé ou brûlé » qui a été alors menée. L’armée détruit méthodiquement les zones d’habitation et les infrastructures urbaines. La situation aussi bien à Donetsk qu’à Lougansk est aujourd’hui gravissime. Les civils restent encore dans les villes mais celles-ci seront invivables en hiver faute de chauffage, d’eau et d’électricité… Les établissements scolaires sont détruits. Ce qu’ils essayent de faire, c’est de déplacer le maximum d’habitants de Donbass. Une trêve dans cette guerre entre l’Ukraine et la Novorossia est donc totalement impossible au stade actuel.

LVdlR. Porochenko vient d’annoncer la dissolution du parlement en expliquant que cette dissolution s’inscrivait dans son plan de paix. De quelle manière fait-elle partie du plan de paix ? Est-ce que le nouveau parlement sera l’expression de la volonté du peuple ? En parlant de celle-ci en quoi consiste-elle en fait ?

O.Ch. A l’heure actuelle Porochenko est le seul organe de pouvoir légitime en Ukraine et c’est en cette qualité qu’il a représenté son pays à Minsk. Chose remarquable : la dissolution du parlement, il l’a annoncée sur les réseaux sociaux ce qui est en train de devenir une tradition. On n’annonce plus rien sur le site du gouvernement. Il s’agit là d’un autre indice quant à qualité du pouvoir et du président dans ce pays. Il a par ailleurs déclaré que la campagne parlementaire servira à lustrer, à faire le ménage, à redémarrer la Rada. Eh bien, voilà quinze ans qu’on fait le ménage mais on a toujours les mêmes têtes au parlement. Quant à cette nouvelle lustration, c’est Kolomoïsky qui en profitera pour essayer de faire élire à la Rada les forces politiques qu’il finance : « Ukraine Forte » de Serhiï Tihipko, « Liberté » d’Oleh Tyahnybok et « Secteur Droit » d’Yaroch. La répartition des forces sera modifiée en faveur de l’électorat de droite. Ce sera un terrain pour les combats sans règles. Porochenko est lui-même otage des circonstances. Même s’il reste dépendant de l’Occident qui depuis un certain temps est plutôt enclin à régler la crise à l’amiable. Ces législatives sont par ailleurs destinées à distraire les Ukrainiens de l’opération « antiterroriste », d’une autre levée des troupes, de la crise économique, du taux de change du dollar en baisse, du déficit de gaz. Les élections, c’est un spectacle avec la participation du peuple. La nouvelle législature ne changera rien parce que l’Ukraine est en proie d’une crise économique et politique qui est extrêmement forte.

Quant au peuple ukrainien, il a une mentalité à part. Ils sont très influençables. S’il n’y a pas longtemps tout l’ouest de l’Ukraine était pour une opération militaire, aujourd’hui ils essayent de faire sortir leur fils, leurs maris de la zone des combats. La protestation contre la guerre prend de l’ampleur mais il n’y a personne qu’on pourrait faire sortir de là. Les pertes du peuple ukrainien dans cette guerre sont comparables à celles de toute l’Union soviétique pendant dix ans de guerre en Afghanistan. Tout ça à cause de l’incompétence et le manque de professionnalisme des pouvoirs ukrainiens. L’armée ukrainienne fait aujourd’hui l’objet de moqueries tout en étant la source de larmes et de malheur pour les familles qui ont perdu leurs fils.

LVdlR. Que pensez-vous des positions prises par les parties aux pourparlers à la lumière des dernières déclarations de Porochenko concernant le redéploiement des forces (il s’agit en fait du repli de l’armée ukrainienne). Est-ce que Porochenko pourra conserver sa position de force ? Enfin qu’est-ce que vous diriez des propos de l’ex-premier ministre de la République populaire de Donetsk Borodaï qui a déclaré que l’armée ukrainienne avait essuyé une défaite et n’était pas capable de continuer les combats ?

O.CH. Les militaires ukrainiens parlent eux-mêmes de la défaite de l’armée. Il n’y a que des zones d’encerclement. Plus de 7 000 personnes se trouvent aujourd’hui dans ces zones encerclées. A en juger par les dernières informations qui nous parviennent, l’armée ukrainienne n’aurait pas d’autre choix. Ces gens-là n’ont aucune idée de la façon dont on manie une arme. Quelles que soient les sommes qui sont investies dans ces bataillons, le fait est là : les gens manquent cruellement d’entraînement. Ils sont d’ailleurs recrutés soit par chantage, soit pour l’argent, ils ne sont pas motivés, ils ne sont pas professionnels. Ceux qui sont recrutés dans des bataillons d’oligarques ne bénéficient d’aucun statut. Leurs familles ne se voient pas verser aucun dédommagement en cas de leur mort et selon les dernières informations, même Kolomoïsky a arrêté à leur payer. Les pertes réelles de l’armée ukrainienne sont 15/1.

Plus globalement, en ce qui concerne les pouvoirs ukrainiens, ils ont peur d’eux-mêmes et essayent à chaque occasion de supprimer tous ceux qui ont participé au Maïdan. Les autorités intérimaires en place à Kiev y compris Porochenko, perpétuent la tradition de suppression physique de leurs copains du « Secteur Droit » et nationalistes depuis l’assassinat de Sachko Biliy, un des leaders du Secteur Droit.

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