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La non-livraison des Mistral et ses impacts

La non-livraison des Mistral et ses impacts
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Heureusement que de Gaulle ne voit pas ce déshonneur,aécrit la porte-parole adjointe de la diplomatie russe Mme Zakharova sur sa page Facebook.

Ces propos ont été provoqués par la déclaration de François Hollande que « les conditions pour la livraison des bâtiments de classe Mistral à la Russie n'étaient pas réunies ». Les précisions du porte-parole de l'Elysée selon lesquelles la livraison du navire n'était pas suspendue et que la déclaration de François Hollande n'entraînait aucune conséquence juridique, ne prouvent qu’une chose : les autorités françaises sont en plein désarroi, en hésitant entre la soumission totale à la volonté des partenaires occidentaux et le bon sens auquel les appellent les citoyens.

Et oui, par ce geste compromettant surtout la France, François Hollande a démontré non seulement que sa parole ne valait rien, mais que la France n’était plus une puissance indépendante, capable de défendre ses intérêts sans hésiter, comme elle le faisait à l’époque.

Dans l’affaire de Mistral, la Russie se montre déçue et nostalgique de l’époque de de Gaulle, mais pas plus. Car au cas où le contrat est annulé, la France devra payer non seulement la somme déjà versée par les Russes, mais les dommages et intérêts de quelque 250 millions d’euros. Ce sera réparti sur les épaules des Français, victimes de l’incompétence de leurs dirigeants.

Le conseiller municipal de Saint-Nazaire Gauthier Bouchet nous a fait part de sa vision de la situation. Ecoutons-le.

LVdlR. Monsieur Bouchet, jusqu’au dernier moment, les autorités françaises affirmaient que, malgré toutes les sanctions, le premier Mistral serait livré à la Russie comme convenu. Mais de nouveau il y a de l’incertitude. Qu’est-ce qui a influencé la décision de François Hollande de geler la livraison du navire à la Russie, qu’en pensez-vous ?

Gauthier Bouchet. Je pense que c’est son allégeance à des intérêts qui ne sont pas conformes aux intérêts de la France. C’est un peu complexe de définir quelles allégeances. Mais je pense qu’il y a de la pression de la part de l’OTAN, des Etats-Unis, peut-être de l’Allemagne, de certaines puissances qui ne voudraient pas forcément que la France commerce avec la Russie et qui tirent prétexte de la crise en Ukraine, pour que la France infléchisse sa position. Mais nous y sommes tout à fait opposés, car nous considérons que la France doit être souveraine, et surtout sur le plan diplomatique.

LVdlR. Ce qui est étonnant, c’est que cette décision intervient au moment où l’Ukraine et la Russie ont entamé les négociations sur le règlement du conflit ukrainien…

G.B.Oui, c’est tout à fait étonnant parce que c’est une conclusion du Conseil restreint de sécurité. Il dit qu’en somme, selon lui, les conditions ne sont pas réunies. Ce qui en quelque sorte conteste la franchise de Vladimir Poutine. Ça tombe très mal pour Saint-Nazaire, ça tombe très mal aussi pour la France qui réaffirme une fois de plus l’absence de sa politique indépendante. On aurait pu penser que M. Hollande ait un peu plus de pragmatisme et qu’il fasse preuve de plus de bon sens.

LVdlR. S’agit-il bien d’une suspension du contrat ? Pourra-t-on réviser cette décision ?

G.B. Pour l’instant c’est une suspension. Mais il y a une différence constante entre des paroles données par la France. En 2010, sous le gouvernement de Sarkozy la France a dit qu’elle vendrait ces bateaux. Ensuite M. Fabius, Ministre des affaires étrangères, en juillet dernier a dit que cette parole serait tenue. On est déjà à dire qu’on va suspendre la livraison, parce que demain ce ne sera pas une annulation pure et simple. On a du mal à voir où on veut en venir, le chef de l’Etat et ses ministres. C’est de pire en pire. On est dans l’incertitude, aussi bien les travailleurs que les Français dont beaucoup sont indignés par cette nouvelle.

LVdlR. La non-livraison des Mistral, aura-t-elle un lourd impact pour les Français ?

G.B. Cela a plusieurs impacts. Déjà ça décrédibilise la France en tant que puissance indépendante. Puisque ça veut dire implicitement que la France est soumise à l’OTAN et aux USA. Ça menace également notre liberté commerciale. Si nous annulions la commande, il faudrait payer des réparations à la Russie. Et puis nous avons depuis 2012 un contrat avec l’Inde, pour lui vendre 126 Rafale. C’est quand même un contrat de 9 milliards d’euros qui est beaucoup plus élevé que le milliard et quelques des deux Mistral. Eh bien, ce contrat peut être remis en question du jour au lendemain, si l’Inde finalement estime que la France n’est plus un partenaire commercial sérieux. Et puis il y a des conséquences plus concrètes à Saint-Nazaire et à ses alentours, pour les ouvriers et les sous-traitants qui y travaillent. Il y a énormément de chômage ici. Ça menace 800 emplois directs, des milliers dans la sous-traitance. Ce bassin d’emploi s’est précarisé d’autant plus qu’il était déjà fragile et qui vit au gré de commandes. Ça fait beaucoup de mauvaises nouvelles, coup sur coup, pour la France, pour l’industrie et l’économie française, et pour Saint-Nazaire.

LVdlR. On apprend sur votre page FB que le 7 septembre à Saint-Nazaire se tient la manifestation contre la décision de F. Hollande. Pourriez-vous donner plus de détails à ce sujet ?

G.B. C’est « Mistral, gagnons », comité des citoyens de défense de l’industrie nazairienne, de la liberté commerciale, de l’amitié entre les peuples, qui organise cette manifestation. Elle se tiendra dimanche prochain, le 7 septembre, à partir de 13 h à Saint-Nazaire et symboliquement devant le BPC Vladivostok qui était censé partir en octobre prochain à destination de la Russie. C’est une manifestation pour montrer que nous voulons que les chantiers vivent. Et pour que les chantiers vivent, il ne faut pas que nous placions les commandes qui nous sont faites sous le sceau du politiquement correct. Il faut d’abord penser à l’économie de notre ville et globalement de la France. Il faut être réaliste et pragmatique. Il faut placer l’économie et la santé de la France avant les considérations politiciennes. On parle d’un rapport d’Etat-Etat, il est inutile de nous dire qu’il y ait des méchants d’un côté et des bons de l’autre. Ce n’est pas crédible, c’est très dangereux.

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