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Les bonnets rouges bretons dénoncent la crise agroalimentaire

Les bonnets rouges bretons dénoncent la crise agroalimentaire
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Fidèle à ses racines celtiques, la Bretagne a toujours été une terre de révolte. Les tensions se sont accrues aujourd’hui en raison de la crise économique profonde provoquée, entre autres, par l’embargo russe sur les produits alimentaires.

Couvrant la quasi-totalité des besoins français en matière de produits agroalimentaires, la Bretagne lutte farouchement contre la crise dans ce secteur vital pour une région majoritairement paysanne. Face aux mesures tardives et insuffisantes, les manifestants affirment mériter beaucoup plus que les « aumônes modestes » du gouvernement : centres des impôts incendiés, récoltes ravagées, etc. Apparemment, les Bretons ont repris la méthode employée depuis 1675, date de la révolte du papier timbré qui a mis au jour le mouvement des Bonnets rouges. Notre expert Mathieu Guihard, chef d’entreprise ConsoBreizh (Consommer breton) tient à en décortiquer les causes.

LVdlR. Des manifestations de producteurs de légumes se déroulent de façon permanente en Bretagne et en France en général. 80 tonnes de pommes de terre ont été déversées à Saint-Malo. Comment pouvez-vous expliquer les raisons de cette mauvaise passe de l’agriculture et du mécontentement des agriculteurs ?

Mathieu Guihard. Vous avez raison de souligner que les révoltes des agriculteurs se font de manière permanente. Il y en a régulièrement au cours des années et même des siècles. Car même au XVIIème siècle la révolte des Bonnets rouges était une révolte liée à l’impôt. Et ce mouvement est réapparu l’année dernière – les agriculteurs ont pris une part importante dans les Bonnets rouges à côté d’entrepreneurs, de petites et moyennes entreprises, d’employés, d’ouvriers ou de pêcheurs. Ces derniers jours, les agriculteurs se sont manifestés dans trois régions bretonnes : à Saint-Malo, à Saint-Brieuc et dans le Léon. Ils ont même brûlé un centre des impôts et la mutualité agricole de Morlaix pour se faire entendre. Ce mécontentement est dû à plusieurs raisons : les agriculteurs sont excédés. Aujourd’hui, les agriculteurs bretons se révoltent parce qu’il y a un effondrement des cours, il y a une concurrence déloyale de certains pays européens, notamment, Espagne et Italie qui ont des charges beaucoup moins importantes que les agriculteurs bretons. Il y a un ras-le-bol au niveau de tracasseries administratives. Et puis, il y a aussi l’embargo russe qui est un facteur déstabilisateur pour cette production, en particulier, en Bretagne, puisque la Bretagne produit beaucoup de légumes, fait beaucoup d’élevage, d’agriculture. C’est la Bretagne qui nourrit en premier la France et qui exporte dans beaucoup de pays européens. Et donc la Bretagne est très impactée par les sanctions russes sur les produits alimentaires.

LVdlR. Quelle est la réaction du gouvernement français ?

Mathieu GuihardHier, il y a eu une réunion entre le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll et les représentants de la région bretonne qui a débouché sur un certain nombre de mesures provisoires. Par exemple, le ministre a dit qu’il allait mettre le chou-fleur, l’artichaut et les brocolis qui sont trois légumes très produits en Bretagne, sur la liste des produits éligibles aux aides pour compenser les sanctions russes. C’est-à-dire que ces légumes-là n’étaient pas déjà sur la liste, ce qui est incroyable parce que ce sont les légumes très produits en Bretagne et qui auraient dû être sur la liste dès le départ. Mais il a fallu que les agriculteurs bretons se révoltent et fassent du raffut pour que le ministre pense à les mettre sur la liste. Cela montre bien que le gouvernement à Paris ne prend pas en compte les intérêts économiques de la Bretagne de manière générale et là on en a un bon exemple.

LVdlR. Est-ce qu’on peut parler d’une crise agricole en Bretagne ?

Mathieu GuihardOui, on peut dire qu’il y a une crise agricole puisque la situation est très difficile pour les agriculteurs pour pouvoir vivre de leur travail. Cela se répercute aussi sur la filière agroalimentaire qui est très importante en Bretagne et où il y a un certain nombre de difficultés, notamment, le GAB s’est réduis ces derniers jours. Les gens ont le sentiment qu’ils sont des vaches à lait, c’est-à-dire qu’ils sont toujours plus taxés, ils doivent payer des impôts, des taxes de cotisation et les charges deviennent vraiment trop lourdes. Et cela c’est vrai dans l’agriculture comme dans le reste des secteurs économiques. Effectivement, on peut parler d’une crise. C’est à la fois une crise économique qui a ses hauts et ses bas en fonction de la conjoncture internationale, c’est aussi une crise plus profonde de réforme institutionnelle, de manque de réaction et de réformes par rapport à des problèmes qui sont récurrents, des problèmes de fond.

LVdlR. Oui, vous venez de dire que Paris n’entend pas les agriculteurs bretons. Est-ce que vous pensez que la situation va changer ? Et qu’est-ce qu’il faut faire pour qu’elle change ?

Mathieu GuihardPour moi, le gouvernement à Paris ne défend pas les intérêts des Bretons, des agriculteurs bretons ou des Bretons en général. Pour moi, cela ne va pas changer puisque cela a toujours été comme ça. A court terme, il y a des aides qui sont données mais cela ne change rien sur le fond à long terme et les problèmes demeurent. La solution pour moi à long terme serait que la Bretagne retrouve un gouvernement comme elle en a eu dans le passé avec un ministre de l’Agriculture breton qui défendra les intérêts bretons, de l’agriculture et des agriculteurs à Paris, à Bruxelles ou ailleurs. Là, on aura quelqu’un qui sera au service des intérêts bretons.

Le mouvement des Bonnets rouges est né il y a un an et il y avait, notamment, beaucoup d’agriculteurs et d’autres catégories de personnes. C’est un mouvement qui était vraiment très-très fort et qui va continuer. Cela montre bien qu’il a des aspirations de la part de la population auxquelles on ne répond pas. Les gens veulent plus de gouvernement local. Oui, je pense qu’ils sont exaspérés par les gouvernements successifs à Paris. C’est vrai qu’on n’en parle pas toujours dans les médias français en tout cas ou internationaux. Mais c’est quelque chose qui monte en qui est de plus en plus importante. Et là, c’est un bon exemple dans le contexte actuel agricole. C’est complètement un prolongement des Bonnets rouges.

Commentaire. Avec le sentiment d’être « humiliés et offensés » par un Etat impassible, les Bonnets rouges manifestent pour obtenir plus de droits politiques, ils veulent se faire entendre du gouvernement. Bien que la Bretagne n’aspire pas à l’indépendance, les crises politiques et économiques, en France comme en Espagne et en Grande-Bretagne voisines, sont un prétexte pour l’Hexagone de réexaminer sa position envers cette région fière, originale et laborieuse. Ainsi, petit à petit, en améliorant les relations avec la Bretagne et puis avec d’autres régions, la France pourrait sortir d’une crise économique profonde ce qui apporterait, à son tour, une solution à la crise politique.

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