La France : portrait social peu attrayant

La France : portrait social peu attrayant
L’Institut de la statistique et des études économiques vient de publier son analyse de la situation sociale en France. L’Insee y aborde tout un tas de problèmes qui se sont accumulés en France ces dernières années. C’est un tableau sombre mais auquel on s’attendait : la sphère sociale subit gravement les conséquences de la crise qui a frappé le monde en 2008.

Ce qui en ressort, c’est que les conditions de vie des Français se sont considérablement détériorées et visiblement la dynamique restera négative faute d’une politique économico-sociale appropriée. Le pire des maux des Français, le chômage, semble s’être enraciné dans le sol français : le nombre de chômeurs de longue durée a augmenté de 56 pour cent depuis 2008. Mais il y a également des phénomènes sociaux assez récents que l’étude de l’Insee met en évidence. Le nombre de décès, par exemple, s’est accru depuis deux ans, alors que le nombre de naissances continue de reculer. Nous avons demandé de faire le point actualisé du portrait social de la France à Frédéric Bélot, docteur en droit, avocat au Barreau de Paris.

Frédéric Bélot. « Ce qui est très intéressant, quand on examine les rapports de l’Insee, à partir du premier choc pétrolier, ensuite le deuxième choc pétrolier que nous avons eu dans les années 80, la France a toujours été en crise. La crise chez nous est une crise structurelle. Le chômage que nous avons est un chômage structurel. Sur ces 30-40 dernières années, aucun des gouvernements, qu’il soit de droite ou de gauche, n’a véritablement pas pris de mesures adéquates de manière à réformer le système économique français. Ce qui fait que la crise ne fait que s’accentuer. Le président Hollande a été élu sur un programme flatteur pour les Français, leur faisant penser qu’ils allaient se sortir du marasme économique actuel, sans faire les efforts qu’ils doivent normalement faire, que les Allemands ont su consentir à l’époque où Gerhard Schröder était le chancelier de gauche. Il a fait que l’Allemagne s’est serrée la ceinture pendant dix années. Aujourd’hui Angela Merkel peut bénéficier de tout ce travail qui avait été accompli par le chancelier Schröder et surtout par le peuple allemand. Ce n’est pas une question de gouvernance, c’est une question de choix que les Français veulent faire. Aujourd’hui la majorité de la population n’est pas prête à faire un certain nombre d’efforts et de sacrifices. C’est le résultat du vote que nous voyons avec François Hollande. Nicolas Sarkozy avait choisi comme thème de campagne « La France forte » qui voulait dire qu’il faut se battre, il faut être fort face à la concurrence internationale. Si les Français ne changent pas leur manière de faire, la crise ne fera que s’accentuer. Ce n’est pas le gouvernement de droite ou de gauche qui fera que les choses changeront. C’est aux gens de changer eux-mêmes, de fonctionner d’une manière différente.

LVdlR. Donc des mesures drastiques c’est la seule solution que vous voyez à ce problème ?

F.B. Il n’y en a pas d’autres. Pour payer les différentes charges publiques, les seuls impôts qui aujourd’hui étouffent l’économie française, ne suffisent pas. Il faut à partir de la mi-année emprunter de l’argent sur les marchés internationaux. La dette française ne fait que se creuser. Au bout d’un moment, ça ne sera plus possible, nous ne pourrons plus vivre à crédit. Il faudra faire appel au FMI ou connaître les mesures strictes que la Grèce a pu connaître il y a quelque temps, qui ont été des mesures extrêmement dures pour la population. Mais on ne peut pas vivre à crédit. La difficulté est qu’au bout d’un moment, vous avez les Français qui créent de la richesse, qui font que le pays a un véritable génie économique, ces Français qui représentent une très faible part de la population, qui sont ceux qui gagnent le plus d’argent ne supportent plus de payer des impôts au niveau où nous les payons aujourd’hui. Ces Français quittent la France.

LVdlR. La crise de 2008 a frappé le plus les classes moyennes en contribuant ainsi à la démoyennisation de la société française. Aujourd’hui 5 ans plus tard, nous voyons que ce processus se poursuit. A quoi doit-on s’attendre si la dynamique ne change pas ?

F. B. La crise, bien entendu, a touché les classes moyennes mais je pense qu’elle a touché toutes les classes. La crise de 2009-2010 a été extrêmement violente. N. Sarkozy n’a pas été du tout aidé dans son quinquennat en devant affronter une telle crise. Les conséquences de cela font que la France a une dette déséquilibrée très importante. Il faut bien trouver l’argent quelque part. Le plus simple c’est de frapper les Français aux porte-monnaies, de prélever de l’impôt. Les classes riches sont déjà extrêmement frappées. On descend d’un étage et ce sont maintenant les classes moyennes qui vont payer. Aujourd’hui ces classes moyennes n’ont pas la technicité fiscale que peuvent avoir les plus riches, c’est eux qui aujourd’hui supportent l’effort national de redressement des comptes publics. Cette classe moyenne qui fait la démocratie française subit de plein fouet la crise par le prélèvement des impôts. Ça fait que vous avez aujourd’hui ce mal-être général en France.

LVdlR. Est-ce que vous pensez que le retour de Nicolas Sarkozy pourra faire un revirement de la situation ?

F.B. Déjà la première chose à dire c’est que les Français ont élu F. Hollande. Tout le monde espère et souhaite avoir un président qui puisse aider le pays par son travail quotidien à aller mieux. Les choses étant extrêmement difficiles, le président Hollande, malheureusement, n’y arrive pas. C’est quelque chose qu’on peut regretter parce que quelle que soit la couleur politique du président, tout le monde souhaite le meilleur pour son pays.

Vous posez la question de savoir si N. Sarkozy, s’il est élu président en 2017, peut faire ce qu’il n’a pas réussi à faire de 2007 à 2012. Il est certain que la situation économique est différente puisqu’à l’époque il a quand même dû faire face à une grande crise internationale majeure. Et il faut savoir que cette crise a été beaucoup plus grave que la fameuse crise de 1929. Ce qu’il faut reconnaitre à N. Sarkozy, que l’on soit de droite, que l’on soit de gauche, c’est que c’est un chef. Les Français ont besoin d’avoir quelqu’un à un moment donné derrière lequel se rassembler. Certains diront qu’ils ne croient pas dans l’homme providentiel mais tout le monde est heureux et vous parlera avec bonheur du Général de Gaulle et de l’époque où le Général de Gaulle dirigeait la France. Il faut savoir qu’en 1958, le Général de Gaulle est revenu au pouvoir d’une manière un petit peu cavalière. Mais personne ne s’en plaint parce que d’une part, le Général de Gaulle avait de la stature, le charisme, l’autorité qu’il fallait pour et surtout a su imposer à la France un rythme de développement fort. F. Mitterrand qui était l’un de ses grands opposants, qui parlait du coup d’Etat permanent, lorsqu’il est devenu à son tour président de la République, je pense, n’a pas fait mieux. L’exercice du pouvoir est très difficile et délicat. Aujourd’hui ce qui est certain, c’est que les Français sont perdus, ils ont besoin qu’on leur montre la voie, ils ont besoin de « se réinventer » et d’un grand leader… Si le président Sarkozy revenait, il faudrait espérer pour le pays qu’il serait ce leader, qu’il endosserait un costume gaullien pour pouvoir sortir le pays de la crise. Ce sera extrêmement difficile parce qu’il ne s’agit pas seulement d’un homme mais il s’agit d’une volonté. Il faut que les Français le veuillent et qu’ils s’unissent derrière le chef de l’Etat, derrière la politique qui va être choisie, or, cette politique ne peut être qu’une politique de rigueur.

LVdlR. M. Bélot, aux conséquences de la crise s’ajoutent aujourd’hui celles des sanctions. Bien que les sanctions ce soit un phénomène assez récent, je veux vous demander si leur impact est déjà visible ?

F.B. Je trouve que les sanctions c’est quelque chose d’absolument catastrophique. L’Europe et la Russie doivent s’entendre. Ce sont des peuples absolument frères. Les conséquences économiques des sanctions sont très importantes, à la fois pour l’économie française, pour les économies européennes et pour l’économie russe. L’Europe ayant de mauvaises relations avec son grand voisin qui est la Russie, ne peut que pâtir de cette situation, comme la Russie. L’Europe traverse une crise qui est quand même structurelle puisque la croissance européenne est extrêmement faible par rapport à d’autres zones, que ce soit l’Asie ou l’Afrique. Je pense qu’entre Européens et Russes, Français et Russes, nous devons nous entendre et être moins victimes des sirènes américaines. Je pense, pour ma part, que les tensions aujourd’hui qui existent entre le peuple ukrainien et le peuple russe sont artificielles, organisées de l’extérieur. Je ne comprends pas pourquoi les Européens ne jouent pas leur rôle de manière plus intense pour calmer ces tensions. »

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