Saint-Germain-des-Prés: 1000 ans et pas une ride

Saint-Germain-des-Prés: 1000 ans et pas une ride
La célébration de cette date remarquable n’est pas confiée aux étrangers de l’Eglise Saint-Germain-des-Prés. Dès les premiers jours de septembre une solide équipe de jeunes et moins jeunes bénévoles aux compétences variées et venant d’horizons les plus différents, soutenus par 300 volontaires se sont mis au travail. Un travail en communauté dans le sens premier de ce terme a commencé : ateliers de production et de calligraphie, d’accessoires, de costumes, de théâtre ou encore au service des chœurs (adultes et enfants), étaient constitués pour l’occasion.

Nous avons pu interviewer l’auteur de la mise en scène de ce voyage dans le temps Charles Mollet, tous juste âgé de 25 ans.

La Voix de la Russie. Quand vous êtes rentré pour la première fois dans cette église…. Qu’est-ce que vous avez ressenti? La toute première fois…. Même si ce n’était pas pour le spectacle…

Charles Mollet. Quand je suis entre dans Saint-Germain-des-Prés, c’est parce que j’ai été admis dans une école tout à côté… ou j’ai pensé ne jamais arriver à rentrer. Je me suis dit: il faut que j’aille remercier Seigneur, parce que c’est un vrai miracle que ça soit bien passé. Quand je suis rentré à Saint-Germain-des-Prés, pour moi c’était une église comme une autre… Au tout début, je n’ai pas développé un attachement particulier par rapport à ce lieu. C’est à la longue, quand je suis devenu chef des scouts et notre local était installé dans le vieux clocher de l’église, c’est là que j’ai appris à aimer cette église….

LVdlR. En fait, vous vivez avec cette église presque toute votre vie?

Charles Mollet. Disons que j’y passe souvent. Au départ, c’était une église un peu sombre, un peu abimée… biscornue même. Et quand on s’intéresse a son histoire, on découvre tout ce qu’elle est et tous ce qu’elle représente. Ce qui me plait dans cette église, c’est que ça ne soit pas une histoire figée, mais l’histoire vivante.

Ce qui me passionne plus encore, ce sont les pierres vivantes.

Ici, les paroissiens, les figurants, d’ici et d’ailleurs, on prit l’histoire comme un prétexte pour vivre une aventure humaine. C’est extraordinaire qu’avec les pierres, la peinture, tout cet assemblage qui a été fait il y a mille ans, on arrive aujourd’hui d’y créer la vie. C’est une alchimie prodigieuse.

LVdlR. Vous avez, alors, découvert encore autre chose que vous avez eu l’habitude de voir en passant d’une manière épisodique?

Charles Mollet. On a fait naitre à Saint-Germain-des-Prés une ferveur et un cœur. Ce qui se vit ici est une aventure humaine et qui existe grâce à ce projet fou qui est d’ « enchanter » l’église avec le cœur de près de 400 paroissiens bénévoles. Et pas que des paroissiens. Et pas que des chrétiens catholiques. Il y a d’autres confessions qui y participaient. Parce que Saint-Germain-des-Prés est une église des premiers temps. Jésus Christ est un saint orthodoxe également. Il parle à deux côtes: à l’Orient et l’Occident. Et cette histoire l’allie à Saint-Germain-des-Prés.

LVdlR. Qu’est-ce que cela veut dire pour vous « vivre ensemble »?

Charles Mollet. Vivre ensemble – ce n’est pas juste « vivre à côté » Mais c’est vraiment aller vers l’autre et le rencontrer. Pour cela il faut créer les occasions. Il est difficile d’y arriver seul. Ce type de projet, de l’invention folle – c’est une occasion. Les gens laissent derrière la porte leur routine, leur quotidien, leurs obligations et ils s’inventent une nouvelle vie. Ils deviennent costumières, décorateurs, acteurs, peintres. Devenant ce qu’ils ont toujours rêvé d’être, ils se découvrent les uns aux autres. Ils deviennent ce qu’ils sont déjà au fond de leur cœur, et deviennent plus grands qu’eux-mêmes.

LVdlR. On parle souvent de la tolérance. Pour vous – tolérance ou artérite?

Charles Mollet. Ça serait plus l’altérité. J’utiliserais le mot de « respect ». La « tolérance » – cela manque un peu d’amour. Le respect – cela veut dire «je ne connais pas l’autre, mais j’essaye de le comprendre» Prenons les gens pour ce qu’ils sont et bâtissons avec eux.

LVdlR. Les lieux se transformèrent tout le long des siècles. Au commencement, il y eut une abbaye. Séparée de Paris elle accueillait quelques moines qui défrichèrent des forets. L’abbaye a d’ailleurs pris le nom de Germain, appelé par le roi Childebert et reconnu pour son souci des plus pauvres et des plus fragiles. Les marais cédaient la place aux prés : dorénavant quelques fermes entouraient le domaine monial. Les vikings sont venus et rasèrent toute bâtisse, sans pour autant en retirer l’Espérance. L’abbé Morard entreprit en 970 la reconstruction de l’abbaye - son clocher, sa nef, les chapiteaux. À sa mort en 1014, une grande partie du bâtiment actuel existait déjà.

Saint-Germain-des-Prés se laisse intégrer par une ville de Paris qui grandit siècle après siècle.

Nous avons demandé à Charles Mollet, le metteur en scène du spectacle de célébration, y a-t-il une époque dans ce voyage dans le temps qui l’attire et le touchу le plus?

Charles Mollet. Initialement, c’était évidemment la période du monastère. C’était un monastère gigantesque au cœur de Paris, dont il ne reste aucune trace. Et quand on le découvre, c’est fabuleux! Ils restent des pierres de ce monastère: à l’intérieur des maisons, des magasins… il y a même une tour complète qui est juste en face, cachée dans un immeuble. Le monastère symbolise le scriptorium dans la scénographie avec tous ces moines qui sont en train d’écrire sur les parchemins dorés dans une bibliothèque. Cela symbolise l’époque des moines et de la vie rayonnante par ses écrits et ses travaux intellectuels. Et puis cela nous replonge dans l’univers du nom de la Rose, c’était charmant.

Les autres tableaux historiques…. plus on travaille, plus on apprend à les aimer, … Le Maitre des salpêtres, les révolutionnaires… On recrée le décor, on va chercher des bonnes typographies, des bonnes couleurs, des costumes… Du coup, je les aime tous autant. Le café – il est merveilleux – le « Deux-Magots » a tout prêté: les tables et le service. Les serveurs que vous voyez, ce sont les vrais serveurs qui viennent faire leur métier à l’intérieur!

C’est prodigieux, parce que ce sont des bénévoles qui viennent repeindre les fresques. Ce n’est pas de l’imprimé, c’est du travail manuel. C’est un Talent qui s’exprime ici, sur les toiles, en réel.

Ça! Ça, c’est merveilleux! Parce que c’est l’image de cette communion fraternelle, de cet esprit créatif! C’est juste extraordinaire.

Puis, il y a la mise en lumière avec les bougies, auxquelles je tenais beaucoup. C’est en soi un tableau immortel. Parce qu’au-delà de l’histoire, même de l’histoire de Saint-Germain-des-Prés que nous racontons aujourd’hui, ce qui est important, et c’est bien le sens de sa vocation première, ce pourquoi il a été bâti, c’est ça qu’on doit comprendre, ce qu’on doit considérer. On doit le considérer, parce que Saint-Germain-des-Prés est toujours vivant, parce qu’il y a son cœur rayonnant.

LVdlR. Vous êtes jeune et vous vivez dans ce temps d’aujourd’hui, les gens ont-ils besoin de ce voyage dans le Temps?

Charles Mollet. Je ne pense pas que les gens ont besoin de voyager dans le temps pour changer leur vie… Je pense qu’ils ont besoin - comme j’ai besoin - de s’engager dans les aventures humaines. De ne pas se dire: « Ah, on ne peut pas… Ah, c’est compliqué… Ah, c’est difficile… » Non, non et non! Au contraire! Créer l’enchantement! Réaliser leur rêve! Aller jusqu’au bout! On le voit: les gens ici sont passionnés. Au début, c’est compliqué, c’est vrai que c’est dur: il faut travailler, un spectacle comme ça - c’est des centaines d’heures de travail pour tout le monde, c’est une mise en œuvre difficile. Mais maintenant, il y a une effervescence, les gens sont là jusqu’à quatre heure, pour travailler… Et à quatre heure du matin ils rayonnent, leurs visages rayonnent! Quand vous arrivez vers les dernière admissions (du public) vers minuit, les ouvrières qui travaillent le salpêtre le pioche comme si c’était da la pierre, elles mettent beaucoup de poussière…on est obligé de leur dure – non, moins fort! Mais elles sont la a s’y appliquer

La Voix de la Russie. 1000 ans. 1000 ans pour un clocher, une église… ce n’est pas seulement du passéisme, de l’histoire oubliée, une date commémorative à marquer dans les agendas. C’est l’occasion de prouver la vitalité et l’ouverture d’une communauté chrétienne. Ce sont nos contemporains, nos voisines et voisins qui y prient chaque jour et cherchent non seulement à découvrir quelque chose pour soi. Ils cherchent à donner également. A montrer leur perception de l’Amour de Dieu auprès de 10 000 personnes qui chaque semaine viennent s’y poser, contempler, visiter…

On peut être laïque, mais on n’y reste pas insensible.

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