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L'armée européenne, une idée séduisante mais toujours aussi chimérique

CC0 / U.S. Army Europe Images / Czech army training at JMRCCzech soldiers set up security during a military advisory team training exercise at U.S. Army Europe's Joint Multinational Readiness Center in Hohenfels, Germany, Dec. 1
Czech soldiers set up security during a military advisory team training exercise at U.S. Army Europe's Joint Multinational Readiness Center in Hohenfels, Germany, Dec. 1 - Sputnik France
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Yves Boyer, Professeur de relations internationales à l'Ecole polytechnique, à Sputnik sur la création d'une armée européenne

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Une armée européenne relève du défi impossible
Les récentes déclarations du président de la Commission européenne M. Juncker en faveur d'une « armée européenne » sont en apparence séduisantes. S'il était mené à bien, un tel projet viendrait utilement couronner l'édifice de la construction européenne. En réalité il est impossible aujourd'hui de le considérer comme réaliste pour un ensemble de raisons.

1- Une armée doit être capable d'agir aux trois niveaux d'action stratégique, opératif et tactique, or, avec difficulté, seuls la France et le Royaume-Uni en possèdent les moyens et le savoir-faire. Quelques pays européens n'ont que des capacités opératives limitées (Allemagne et Italie) et pour la plupart seulement tactiques. Il est donc difficile voire impossible de les amalgamer dans les circonstances présentes. Les rendre compatibles entre elles impliquerait, de surcroit, une augmentation sensibles des dépenses militaires que les pays de l'UE ne sont pas prêts à consentir.

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2- La posture militaire française est la seule du côté européen à être centrée sur les fonctions « dissuasion nucléaire » et « projection ». Une posture nucléaire militaire suppose un certains nombres de moyens et de dispositifs qui sont hors de portée des autres membres de l'UE. Les Français ne sont pas prêts à les partager et les autres à les souhaiter pour ce qui est du nucléaire. Pour ce qui est de la projection, là aussi il existe une telle hétérogénéité au sein de l'UE que l'on voit mal comment une armée européenne pourrait y remédier si ce n'est d'aligner l'ensemble soit sur les moins capables, solution inacceptable, soit sur les plus compétents au rang desquels les Français occupent la première place comme l'ont démontrées les opérations militaires contre la Libye (opération Harmattan) en au Mali (Serval). Cela impliquerait alors un très fort investissement des Européens dans le renseignement de nature spatial, la mise ne place de structures de commandement performantes (stratégiques et opératives notamment), la mise en service de systèmes complexes (sous-marins nucléaires d'attaque SSN, etc.), la renonciation aux restrictions (caveat) lors d'emploi de la force et des méthodes d'entrainement beaucoup plus exigeantes que celles qui sont pratiquées dans la plupart des Etats de l'UE à l'exception une fois encore de la France et du Royaume-Uni qui à eux deux doivent représenter de l'ordre de 45% des dépenses militaires de l'Union.

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3- Une part importante du dispositif militaire français est tournée vers la Méditerranée, en Afrique sur la bande sahélo-saharienne (avec le déploiement de forces qui agissent dans un environnement particulièrement difficile contre des mouvements terroristes islamistes très durs) et vers le Proche-Orient. La mise sur pied d'une armée européenne impliquerait qu'elle soit en mesure d'agir bien sûr en Europe mais aussi en Afrique ce que la plupart des pays européens ne veulent pas et ne savent pas faire.

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4- En dernier lieu il convient de rappeler que politiquement dans les deux pays qui comptent militairement en Europe, l'idée d'une armée européenne reste récusée par une grande partie de la classe politique.

Ces différents arguments rendent vaine la proposition de M. Juncker. Le président de la Commission en évoquant des sujets qui ne sont pas de la compétence de la Commission s'est livré plus à un exercice de communication qu'à l'énonciation d'un solide projet politico-stratégique. Jusqu'à preuve du contraire, comme le rappelait le porte-parole du 10 Downing Street, « la défense demeure une responsabilité nationale ».

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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