Et si la haute-couture s'intéressait un peu aux personnes âgées?

Les personnes âgées - et même d'âge moyen - sont ignorées par l'industrie de la haute-couture, déplore Iris Apfel, architecte américaine d’intérieur et icône de la mode.

Dans une interview au New York Times, elle regrette que "l'industrie de la mode oublie non seulement les personnes âgées, mais aussi les gens d'âge moyen". "Ce milieu est obsédé par la jeunesse, ce qui est absolument fou d'un point de vue financier. Je n'ai aucun pitié envers eux: ils ont créé eux-mêmes leurs problèmes. De nombreux couturiers célèbres créent des robes très coûteuses destinées à des silhouettes de jeunes filles de 16 ans qui ne sont pas en mesure de se permettre un tel luxe. Dans notre pays, ce ne sont que les femmes de 65 à 75 ans qui ont les moyens et le temps de les dépenser, mais il est difficile pour elles de trouver de bons vêtements. C'est un non-sens", constate-t-elle.

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Tous les journalistes et les observateurs du milieu de la mode ne sont pourtant pas d'accord avec Iris Apfel. "Elle parle de l'éternelle dichotomie de la mode, estime Anzor Kankoulov, rédacteur en chef du magazine PORT. Cette industrie n'a lancé son "rapprochement avec le peuple" qu'au XXe siècle. Avant, elle n'existait que pour ceux qui avaient les moyens. Les ateliers créaient un style unique pour une personne en échange de sommes d'argent considérables. C'est l'origine de la haute-couture. La moitié des maisons de mode gagnent toujours de l'argent de cette manière. C'est l'une des facettes de la question. Le mécontentement d'Iris Apfel concerne, lui, l'adaptation de la mode à l'échelle des besoins des gens ordinaires. Aujourd'hui, la mode établit ses standards et fixe de nouvelles tendances. De ce point de vue, elle s'est beaucoup éloignée de ce qu'elle avait pu être par le passé".

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Cyrille Gassiline, créateur de la marque homonyme, analyse ce problème dans son contexte social et culturel: "Le culte de la jeunesse éternelle, né au XXe siècle, donne toujours le ton au XXIe siècle. Les vêtements doivent correspondre à une "vieillesse remodelée", c'est-à-dire reprendre les tendances de la jeunesse. Il faut très bien comprendre que la mode ne crée rien elle-même et ne fait que refléter l'époque et le temps. Si la société adopte tels ou tels standards de vie, la mode les projette et les relaie. Les blogs et les réseaux sociaux permettent de suivre facilement les tendances sur l'exemple des amateurs de telle ou telle marque. Cela pourrait pousser de nombreux couturiers à réfléchir et à tenter de renverser le temps".

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