Législatives libanaises: un vote à deux voix

© REUTERS / Jamal SaidiCampaign posters of Lebanese Prime Minister and candidate for parliamentary elections Saad al-Hariri and his father, assassinated Prime Minister Rafik al-Hariri, hang on Ferris Wheel in Beirut, Lebanon May 3, 2018.
Campaign posters of Lebanese Prime Minister and candidate for parliamentary elections Saad al-Hariri and his father, assassinated Prime Minister Rafik al-Hariri, hang on Ferris Wheel in Beirut, Lebanon May 3, 2018. - Sputnik France
Ce dimanche au Liban se tiendront les premières élections législatives depuis neuf ans. Elles se dérouleront conformément à la nouvelle loi adoptée après de longs mois de bataille entre les différentes forces politiques du pays.

Le Liban se prépare aux législatives. Cependant, beaucoup craignent qu'au lieu de faire sortir le pays de la crise politique permanente la nouvelle loi selon laquelle se dérouleront les élections provoquera davantage de chaos, écrit le quotidien Kommersant.

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La situation est encore aggravée par le contexte international défavorable: l'Iran et l'Arabie saoudite s'affrontent pour l'influence au Liban, qui a failli se transformer en avant-poste du groupe terroriste Daech* et vit dans l'attente d'une nouvelle guerre contre Israël.

Le vote devait avoir lieu en 2013 mais les députés ont prolongé plusieurs fois leurs pouvoirs dans l'impossibilité de trouver un terrain d'entente sur la nouvelle loi encadrant les élections. Depuis les dernières législatives, le Liban a connu plusieurs changements de gouvernement et a vécu pendant plus de deux ans sans président faute d'entente entre les principaux acteurs politiques du pays. Pendant la crise présidentielle déjà, certains pensaient que la nouvelle loi sur les élections pourrait permettre de stabiliser le Liban.

Le système politique du Liban est le résultat d'un compromis ethno-confessionnel. Traditionnellement, le Président (élu par le parlement) est issu de la communauté chrétienne maronite, le premier ministre est un musulman sunnite et le président du Parlementest un musulman chiite. Le Parlementest réparti de manière parfaitement égale entre les chrétiens et les musulmans.

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Selon la spécialiste du Liban Irina Mokhovaïa, candidate ès sciences politiques, les élections ne changeront pas grand-chose au système politique libanais basé sur les principes de loyauté clanique et confessionnelle. «Les institutions du président et du Parlementont une fonction décorative: toutes les principales décisions — la nomination du chef de l'État et du gouvernement — sont le résultat d'ententes et de concessions entre les chefs de clans. Le principal résultat des législatives au Liban est qu'elles auront enfin lieu, et que dans le pays sera maintenue l'apparence d'un système démocratique», explique l'experte.

On estime que les résultats des élections précédentes ne tenaient pas compte de la position d'une grande partie des électeurs libanais. En arrivant dans un bureau de vote, un citoyen libanais pouvait choisir plusieurs candidats de différentes listes politiques dans son district électoral. La simple majorité remportait la victoire. Désormais, les Libanais donnent deux voix: une pour la liste politique dans l'ensemble et une autre pour le «favori» de cette liste. Pour chaque 10% de voix, la liste obtient la possibilité de présenter son candidat au Parlement du district électoral. Les «favoris» de chaque liste passent. Mais la situation est telle que dans un district électoral certains partis s'unissent pour former une liste commune, alors que dans un autre ces mêmes partis s'opposent. Les candidats d'une même liste s'affrontent activement entre eux. Certains disent que l'équilibre ethno-confessionnel a été enfreint dans certains districts électoraux.

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La plupart des experts libanais pensent que le bloc du premier ministre sortant Saad Hariri, soutenu par l'Arabie saoudite, perdra plusieurs places au parlement, tandis que le mouvement chiite Hezbollah et ses alliés, au contraire, obtiendront des voix supplémentaires. Mais dans l'ensemble, déclare le directeur du centre libanais d'études médiatiques Salem Zahran, la composition du nouveau Parlement se différenciera peu de celle que l'on connaît actuellement: la même élite politique restera au pouvoir. «La seule chose qui pourrait influencer la situation au Liban est une explosion dans la région», estime l'expert.

Les Libanais craignent que leur pays devienne une arène d'affrontement violent entre l'Arabie saoudite et l'Iran, et jugent également inévitable un conflit du Hezbollah et de l'Iran contre Israël. Comme le fait remarquer l'observateur politique libanais Tawfik Chouman, deux projets politiques continuent de rivaliser dans le pays: le «projet de résistance» (avec le Hezbollah et l'Iran) et le projet soutenu par les pays arabes du Golfe, notamment l'Arabie saoudite. «Les forces qui prendront le dessus décideront du sort du Liban», conclut l'expert.

*Organisation terroriste interdite en Russie

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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