Le double jeu transatlantique de BNP Paribas sur les migrants

© AFP 2022 PHILIPPE HUGUEN BNP Paribas
 BNP Paribas - Sputnik France
Si en Europe BNP Paribas se positionne comme la banque aidant les réfugiés, aux États-Unis elle finance depuis plus de 15 ans le groupe GEO, un des principaux acteurs de l’incarcération des migrants, écrit Médiapart, précisant que le désengagement financier du groupe n’était prévu qu’en 2024.

En Europe, la première banque française envisage de débourser près de 12 millions d’euros à l’horizon 2021 aux entrepreneurs sociaux et associations en charge de l’accueil des réfugiés. Mais aux États-Unis, elle participe depuis seize ans au financement de GEO, ce géant américain des prisons privées mêlé à plusieurs scandales, écrit Mediapart, se fondant sur les informations d’In The Public Interest, centre de recherche sur les privatisations situé en Californie.

En effet, comme le rappellent les auteurs de l’article, un cinquième du chiffre d'affaires annuel de GEO, soit quelque 2 milliards d’euros, provient justement de la détention de migrants dans différents États, pour le compte de l’agence gouvernementale ICE.

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Si les détails des contrats entre BNP Paribas et ce groupe ne sont pas publics, Kevin Connor, chercheur au Public Accountability Initiative de Buffalo consulté par Mediapart, estime -de par son étude approfondie de contrats conclus avec d’autres banques et auxquels il a eu accès- que l’activité de crédit aurait rapporté des dizaines de millions de dollars.

Le business des prisons privées

L’article indique que l’arrivée de Trump avec sa politique migratoire a permis à fait le jeu de l’industrie des prisons privées. Pour les groupes en question «dépendant des contrats publics, cajoler les politiques est une nécessité. Pour la seule année 2018, GEO a dépensé 2,8 millions de dollars de lobbying et de dons à des politiques, pour la plupart des Républicains», est-il précisé.

En outre, ce même GEO a également déboursé la bagatelle de 250.000 dollars pour la cérémonie d’investiture du Président en 2017.

La BNP jettera l’éponge en 2024

La «BNP a en effet participé depuis 2003 à plusieurs tours de table permettant de dégager, via des crédits renouvelables, des prêts à terme ou la souscription d'obligations, d'énormes lignes de crédit pour GEO –des centaines de millions de dollars à chaque fois–, ensuite utilisées par le groupe pour acheter des sociétés, accaparer de nouvelles prisons, ou financer ses activités courantes», indique Mediapart.

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En 2018, GEO a payé 150 millions d’intérêts à ses différents créditeurs, dont la BNP. En outre, la banque touche des redevances en tant qu’agent administratif et Kevin Connor explique qu’elles «se chiffrent en centaines de milliers, potentiellement en millions de dollars».

Mediapart explique que la banque a refusé de livrer des détails relatifs aux crédits des clients, mais, comme a indiqué son porte-parole, ses prêts ne dépassent pas 3% de l’ensemble des financements de GEO.

La banque a en outre confirmé qu’elle avait décidé de ne plus engager de financements dans le secteur des prisons privées, précisant toutefois que son engagement à l’égard de GEO prendrait fin en 2024.

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