«C’est là où l’erreur est totale»: Bernard Jomier fustige la gestion de l’épidémie en France

© AP Photo / Olivier ChassignoleUne infirmière prépare une dose de vaccin AstraZeneca
Une infirmière prépare une dose de vaccin AstraZeneca - Sputnik France, 1920, 27.03.2021
La décision de ne pas reconfiner la France en janvier se basait sur «la lassitude de l’opinion publique», ce qui ne peux pas être «une stratégie politique», selon le sénateur Bernard Jomier qui assimile cette approche à celle choisie par Jair Bolsonaro et Donald Trump.

La façon avec laquelle la République française a lutté contre l’épidémie de Covid-19 «raconte les défauts de son système politique», estime le sénateur de Paris Bernard Jomier dans un entretien accordé à L’Express.

Selon lui, la décision de ne pas reconfiner la France en janvier a été prise «en raison de l’état psychosocial du pays», est «c’est là où l’erreur est totale», compte tenu notamment du fait que les études d’opinions disaient à l’époque que les Français étaient «préparés» à un éventuel reconfinement.

«Suivre la lassitude de l’opinion publique, ce n’est pas une stratégie politique […]. Quand vous dites aux gens: "Restez chez vous, sauvez des vies", ils restent chez eux et ils sauvent des vies. Après la première vague, chacun pouvait être fier», insiste M.Jomier.

«Écœurement des familles de victimes»

Pour le sénateur, «sauver des vies» n’est plus qu’une «composante du choix, parmi d’autres». «C’est la raison de l’écœurement des soignants, des familles de victimes, et d’un certain nombre de Français. C’est le même choix qu’ont fait Jair Bolsonaro au Brésil et Donald Trump aux États-Unis», constate-t-il.

Interrogé sur la récente promesse d’Emmanuel Macron aux soignants de «ne jamais les mettre face à des choix éthiques qui n’ont jamais été les nôtres», Bernard Jomier assure que «deux réanimateurs parisiens» viennent de lui confier qu’ils seront bientôt contraints de «choisir» entre les patients.

«Aucune mesure n’a été prise pour l’empêcher», déplore le sénateur.

L’«erreur politique première» de Macron

Médecin généraliste de formation, Bernard Jomier estime que la vaccination ne commencera à «protéger vraiment» le système national de santé «que courant mai». «Pour autant, on ne se sera pas débarrassés du virus. Il est temps de réfléchir à ce qu’on veut faire: est-ce qu’on veut éliminer le virus, ou est-ce qu’on veut continuer à vivre avec?», interroge-t-il.

D’après lui, la gestion de l’épidémie en France est comparable à celle du pays dans son ensemble: «très centralisée, assez autoritaire» et «peu articulée».

«Ce n'est pas la faute d'Emmanuel Macron, mais sa décision d'accroître les caractères de la Ve République avec son "Nous sommes en guerre" et son conseil de défense secret, sont une erreur politique première. Cela ne pouvait que produire des résultats moyens», conclut le sénateur.

Flambée de contaminations en France

Ces derniers jours la France affiche une hausse exponentielle de contaminations qui ont atteint la barre des 200.000 nouveaux cas par semaine.

Face à ce rythme de propagation de l’épidémie, l’Allemagne vient de classer l'ensemble du territoire français, y compris les territoires d’outre-mer, comme zone à «haut risque» d’infection au Covid-19.

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