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Salle de shoot en plein air à Stalingrad: cette «zone tolérée» envahie par des toxicomanes du monde entier?

© AFP 2021 GEOFFROY VAN DER HASSELTManifestation pour la réouverture du jardin Éole
Manifestation pour la réouverture du jardin Éole - Sputnik France, 1920, 28.06.2021
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Violence, bagarres, mendicité agressive, excréments humains qui jonchent le sol, près des jardins d’Éole, dans le nord-est parisien, la présence de centaines de toxicomanes fait vivre un enfer aux habitants. Une exaspération qui se serait traduit par des tirs de mortiers. Le collectif Stop Crack Éole craint que la situation dégénère.
«On ne peut pas dire que l’on soit complètement surpris, ce sont des événements qui sont prévisibles: on a déjà alerté extensivement la mairie, les élus, auxquels on a demandé davantage de protection policière dans le quartier.»

Mathieu, membre du collectif de riverains Stop Crack Éole, reste sous le choc. Samedi 26 juin, des jeunes ont tiré au mortier d’artifice sur des toxicomanes dans les jardins d’Éole, près de la place Stalingrad, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

​Un lieu où se regroupent une centaine de consommateurs de crack et des dealers. Or, cette cohabitation entre «crackeurs» et riverains devient de plus en plus explosive.

«Je ne suis pas surpris que des gens qui n’en peuvent plus, qui subissent de façon violente ces nuisances au quotidien, ou d’autres personnes venues de quartiers voisins qui ont envie de faire la police eux-mêmes, agissent comme une milice», déplore Mathieu.

L’agression d’un enfant de deux ans dans le quartier a particulièrement marqué les esprits. Le 18 juin, alors qu’une mère promenait son fils dans une poussette, une femme décrite comme toxicomane a asséné un coup de sac à l’enfant. Résultat des courses, le nourrisson sera conduit à l'hôpital Robert-Debré pour des blessures, notamment à la pommette.

​Comme l’explique Mathieu, cette montée de la violence est consécutive à la décision de la préfecture de Police, avec l’aval de la mairie de Paris, de mettre officiellement à disposition des toxicomanes les jardins d’Éole de 21 heures à une heure du matin.

Une zone de non-droit pour les toxicomanes?

Dans les faits, les drogués ont envahi le parc y compris la journée, confirme les habitants. «La partie nord est réservée aux toxicomanes et la partie sud aux familles», décrit Mathieu. Une décision pour le moins étonnante au vu des nombreuses sorties de Gérald Darmanin sur la tolérance zéro concernant la consommation de drogue et sa revente.

​Par ailleurs, si cette initiative est loin de faire l’unanimité, en témoignent les nombreuses manifestations de riverains en colère, elle aurait créé un appel d’air:

«Ce qui se passe en ce moment nous effraie: le signal a été envoyé dans tout Paris, dans toute la France, et même en Europe, qu’une zone de consommation de drogue, voire de deal, est "tolérée". On voit des toxicomanes d’un peu partout: on a croisé une jeune fille de Lille et même un Allemand», affirme Mathieu.

Dorénavant, «cela devient extrêmement compliqué d’épargner aux enfants la vue des drogués» et «il faut maintenant les protéger des scènes de guérilla en plein dans le parc en bas de chez eux», constate dépité Mathieu.

Vers une évacuation du parc?

Les habitants du quartier espèrent toutefois que leur calvaire prendra bientôt fin. Et pour cause, le membre de Stop Crack Éole confie qu’Anne Hidalgo, l’édile de Paris, aurait confirmé une évacuation le 30 juin.

Néanmoins, aucune information quant aux modalités de cette action n’a été communiquée au collectif, notamment sur l’endroit où seront logés les drogués.

«Nous ne savons pas ce qui sera mis en place, à la fois pour garantir l’absence de consommation de drogue dans le parc, mais aussi pour faire revenir le calme dans le quartier. Parce que, depuis le 17 mai, on a un grand nombre de personnes qui ont pris leur habitude dans le quartier pour dealer et consommer», prévient Mathieu.

En effet, sans solution pérenne, le problème risque de n’être que déplacé. À l’image du démantèlement de la «colline du crack», porte de la Chapelle, puis de la porte d’Aubervilliers, et ensuite du tunnel Rosa-Parks dans le XIXe arrondissement. Le membre de Stop Crack Éole explique d’ailleurs que si «on a envie que la sérénité revienne dans notre quartier», «on ne souhaite pas que cela se fasse au détriment d’autres riverains». «On aimerait bien qu’il y ait un dispositif de prise en charge réel qui soit mis en œuvre dans la capitale», plaide Mathieu.

Pour tenter de répondre à cette urgence sanitaire, la municipalité de Paris a adopté fin 2019 un «plan anti-crack», doté de neuf millions d’euros.

​Cependant, il reste «insuffisant», a avoué à l’AFP Anne Souyris, adjointe à la mairie de Paris, chargée de la santé. Selon elle, il faudrait ouvrir de nouveaux lieux de prise en charge des toxicomanes, avec des places d’hébergement ou encore des salles de consommation (salles de shoot). Une mesure loin de faire consensus, du moins politiquement.

En attendant pour les habitants du quartier, c’est un sentiment d’abandon qui domine: «il y a eu des événements très graves samedi dernier, et pour le moment, aucune réaction politique, comme si rien ne s’était passé», constate Mathieu.

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