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Engluée dans la crise économique, l’armée libanaise prête à craquer

© AFP 2021 FATHI AL-MASRIarmée libanaise Tripoli
armée libanaise Tripoli - Sputnik France, 1920, 01.09.2021
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L’armée libanaise semble à bout. En raison de l’effondrement économique du pays, de plus en plus de militaires et membres des forces de l’ordre désertent ses rangs. Démunis et surmenés, les soldats font face à l’augmentation des violences confessionnelles et urbaines. Pour éviter le pire, l’armée ne peut compter que sur l’aide étrangère. Analyse.
«Le taux de désertion des agents des Forces de sécurité intérieure (FSI) a récemment augmenté, car certains ont cherché de nouvelles sources de revenus», a déploré le 31 août Mohammed Fahmi, ministre libanais de l’Intérieur sortant, auprès du quotidien libanais Al Joumhouria. Conscient de la gravité de la crise économique, le ministre a néanmoins estimé qu’une augmentation des soldes ne changerait pourtant pas grand-chose à la situation des militaires. Il a tout de même martelé que «les services de sécurité et les militaires constituent la dernière ligne de défense de l’État et doivent donc être fortifiés par tous les moyens».

Un militaire du rang ne gagne que 50 dollars par mois

Ce qui est loin d’être le cas. En proie à de nombreuses difficultés, «les soldats sont à bout», affirme un ancien lieutenant de l’armée libanaise, qui a préféré garder l’anonymat.
«Comment voulez-vous que l’armée et les forces de l’ordre tiennent? La situation est catastrophique. Aujourd’hui, on parle d’une centaine de désertions, demain on parlera d’un millier. Les soldats font un travail formidable, mais aujourd’hui ils saturent», alerte l’ex-officier au micro de Sputnik.
Les soldats ne sont pas mieux lotis que le peuple. Avant la crise, un officier de l’armée libanaise gagnait 4.000 dollars par mois, aujourd’hui il n’en touche que 400. Un militaire du rang ne touche pour sa part que 50 dollars mensuels. Cette baisse drastique a également des conséquences sur l’alimentation des soldats. «En raison de la baisse du budget alloué à l’armée, les militaires ne mangent pratiquement plus de viande», déplore notre source.
Ainsi pour pallier ces difficultés économiques, l’armée ne manque pas d’imagination. En juin dernier, elle a proposé sur son site Internet… des tours d’hélicoptère au-dessus du Liban pour la modique somme de 150 dollars. Officiellement, il s’agissait d’une mesure visant à dynamiser le tourisme interne.

«Le risque de guerre civile est pour le moment écarté»

Au-delà de ces soucis de survie, «l’armée doit également gérer la montée des violences urbaines», souligne l’ancien lieutenant. L’aggravation des conditions de vie impacte toute la population qui n’hésite plus à manifester sa colère. En effet depuis plusieurs mois, le Liban accumule les crises. Avec les pénuries d’essence et d’électricité, le pays tourne au ralenti. Devant les stations-service, les files d’attente s’étirent sur plusieurs kilomètres. Les habitants peinent à se rendre sur leur lieu de travail. Des magasins sont obligés de mettre la clé sous la porte par manque d’électricité. La nourriture de restaurants est avariée à cause des défaillances des réfrigérateurs. Les bars ferment à 17 heures, ne pouvant compter que sur la lumière du jour.
L’armée est ainsi en première ligne pour gérer tous les débordements: «les soldats doivent calmer les automobilistes à la pompe, doivent contenir les énervements dans les supermarchés, dans les pharmacies», déplore notre source locale. Entre les barricades urbaines, les pneus brûlés, les sit-in géants, les émeutes, le saccage des banques ou les intimidations devant les bureaux politiques, tous les éléments sont réunis pour voir le pire advenir.
«Les habitants n’ont plus rien à perdre et les soldats représentent et constituent le dernier rempart du pays. Compte tenu de la crise, la sympathie à leur égard s’effrite. Rien n’est à exclure en termes de scénario, surtout qu’il y a l’augmentation des tensions confessionnelles», s’inquiète l’ancien militaire libanais.
Une vue de Beyrouth plongé dans l'obsurité suite à une panne d'électricité, le 3 avril 2021 - Sputnik France, 1920, 18.08.2021
Sans électricité, sans carburant, sans gouvernement, le Liban s’enfonce dans la crise et craint le pire
Du fait de cette paupérisation de toute la société, le Liban serait devenu un terreau favorable pour le repli communautaire. Depuis plusieurs semaines déjà, plusieurs évènements à caractère religieux se sont produits. Le mois d’août a été marqué par des règlements de compte entre tribus arabes et membres du Hezbollah, des tensions entre villageois druzes et partisans du puissant parti chiite, des actes de vandalisme dans un village chrétien sur fond de pénurie d’essence.
Néanmoins, ces actes seraient localisés et ne démontreraient pas une généralisation des tensions religieuses, estime l’ex-lieutenant. «Ces évènements sont à prendre au sérieux, mais le risque de guerre civile est pour le moment écarté», relativise-t-il avant de s’interroger: «mais jusqu’à quand?»
De surcroît, dans le sillage de cette crise protéiforme, l’armée reste également vigilante sur la réapparition de cellules terroristes dans le nord du pays.

L’Occident à la rescousse de l’armée libanaise face au Hezbollah

Face à cela, Joseph Khalil Aoun, Général de l’armée libanaise, multiplie les déplacements à l’étranger pour demander de l’aide, car «si l’armée est abandonnée, c’est l’anarchie dans le pays», résume notre interlocuteur. Après des déplacements à Riyad, à Washington, à Paris, au Caire, le chef de l’armée s’est rendu à Chypre le 19 août pour signer un accord de coopération. Nicosie a alors insisté sur l’importance des sauvetages maritimes en raison de la multiplication des embarcations de fortune qui quittent le Liban pour l’île chypriote.
Mais l’institution libanaise peut également compter sur le soutien des puissances occidentales. Florence Parly avait organisé le 17 juin une réunion virtuelle afin de rassembler une aide d’urgence destinée à l’armée libanaise, une «institution pilier, qui permet d’éviter que la situation sécuritaire dans le pays ne se dégrade fortement», selon son cabinet. Une vingtaine d’États occidentaux, mais aussi la Chine et des pays du Golfe ont assisté à cette conférence. Cette aide ne serait d’ailleurs pas sans arrière-pensées politiques.
«L’Occident sait pertinemment que sans l’armée, le pays risque de tomber encore un peu plus sous l’influence du Hezbollah, qui reçoit un soutien financier d’Iran. Ils veulent éviter ce scénario à tout prix. Mais compte tenu de l’immobilisme politique [au Liban, ndlr], les pays européens et les États-Unis sont de plus réticents à apporter une aide», avance l’ancien militaire.
Joseph Khalil Aoun - Sputnik France, 1920, 29.07.2021
Le chef de l’armée libanaise est-il la nouvelle coqueluche de l’Occident pour contrer le Hezbollah?
Pourtant, les États-Unis ont augmenté en mai dernier leur aide à l’armée libanaise de 12%, qui atteint 120 millions de dollars pour l’année 2021. Ce soutien financier est multisectoriel et vise l’amélioration de l’équipement de l’armée, du véhicule blindé à l’hélicoptère de combat en passant par les systèmes de vision nocturne. De surcroît, Washington s’efforce également de former les soldats libanais. Depuis 2014, plus de 6.000 militaires auraient reçu une formation aux États-Unis.
Et la France n’est pas en reste. Les deux pays ont en effet signé en février dernier trois conventions en matière de Défense, de coopération navale, de lutte antiterroriste et de combat en montagne. Depuis 2016, Paris aurait livré plus de 60 millions d’euros d’équipements aux unités militaires libanaises.
La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) est exceptionnellement autorisée à fournir «carburant, nourriture et médicaments» à l’armée libanaise, et ce, pour une durée de six mois.
Au bord du chaos, les militaires libanais sont plus que jamais sous perfusion étrangère.
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