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Guinée: «Le risque que le pays glisse vers le chaos est tout à fait réel»

© AFP 2021 CELLOU BINANILes Guinéens sont sortis dans la rue pour célébrer le coup d’État
Les Guinéens sont sortis dans la rue pour célébrer le coup d’État  - Sputnik France, 1920, 15.09.2021
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Dans un entretien à Sputnik, Alseny Thiam, chercheur guinéen associé à l’IPSE, analyse la situation interne de son pays après le coup d’État ayant déposé Alpha Condé le 5 septembre. Pour lui, son bilan «n’a pas été à la hauteur» et les nouvelles autorités doivent y remédier, faute de quoi elles n’auront pas le soutien du peuple.
Dimanche 5 septembre, le Président de la Guinée-Conakry Alpha Condé est victime d’un coup d’État mené par le Groupement des forces spéciales (GFS), dirigé par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, ancien légionnaire de l’armée française, qui a pour mission officielle la lutte antiterroriste.
Lors d’une allocution télévisée, le haut gradé a annoncé l’arrestation du chef de l’État, la dissolution des institutions et la suspension de la Constitution. Il a également fait part de la fermeture des frontières, la création d’un Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) et la rédaction d’une nouvelle Constitution.
Quel bilan peut-on tirer des dix années de gouvernance d’Alpha Condé? Quelles avancées ont été réalisées depuis le coup d'État par les nouvelles autorités? Ce nouveau pouvoir militaire inspire-t-il confiance? Quelles conséquences attendre sur les relations régionales et internationales du pays?

Quel bilan pour Condé?

«Fort d’une âpre lutte, Alpha Condé, qui est arrivé au pouvoir après un cheminement l’ayant opposé à ses prédécesseurs Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté, sous lequel il a été condamné, puis au président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), Moussa Dadis Camara (2008-2010), était considéré par les Guinéens comme un héros, à l'image de Nelson Mandela, venu apporter la démocratie et le développement à la Guinée», affirme M.Thiam. Cependant, «en dix années de pouvoir, nous ne pouvons pas dire que le quotidien de la population a vraiment changé».
Et d’ajouter: «Bien que la production du minerai la bauxite, matière première pour la production d’aluminium, a presque triplée ces dix dernières années, en plus de l’or et des diamants, engendrant une croissance moyenne de 5% par an, elle n’a pas eu d’effets palpables sur le développement global du pays. En effet, n’étant pas accompagnée de réformes structurelles à même de lancer une dynamique économique et sociale pour sortir le pays de la pauvreté et le sous-développement, cette croissance était plutôt virtuelle».
​Dans le même sens, il souligne que «l’Indice de développement humain (IDH) a stagné, tout comme le niveau de vie, sur fond d’une hausse accrue de la précarité et du manque d’infrastructures de base comme les hôpitaux, les écoles, les routes et les chemins de fer […]. Certes, après la construction de deux barrages, la production et la distribution de l’électricité se sont améliorées, mais l’alimentation en eau potable s’est fortement dégradée».
Ainsi, l’expert estime que «si l’on tient compte aussi de la régression des droits humains et de la liberté de manifestation des citoyens, particulièrement avant et après la réforme constitutionnelle de 2020 ayant permis au Président déchu de briguer un troisième mandat, il est clair que son bilan n’est pas à la hauteur des espérances des Guinéens».

Quid du processus de transition?

Dès l’annonce de l’installation du CNRD, les nouvelles autorités militaires du pays ont promis l’amorce d’un processus de transition, impliquant les partis politiques et la société civile. Il est également attendu que l’Union africaine (UA), l’Onu et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) accompagnent ce processus.
Enfin, il rappelle que le CNRD a procédé à la dissolution de l’Assemblée nationale, au limogeage du gouvernement et au remplacement systématique des autorités locales, notamment les préfets.
«Depuis l’indépendance en 1958, la politique en Guinée n’a pas été assise sur des bases saines, ce qui nécessite non seulement un rajeunissement de la classe politique, mais aussi des réformes en profondeur afin d’asseoir un État de droit, couvant une vie politique apaisée et animée par des valeurs d’éthique et de justice et porteuse d’un vrai projet de développement pour les générations futures», juge-t-il. Et de conclure: «C’est sur ça que la nouvelle direction du pays sera attendue et jugée».
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