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Le Maroc et la cause palestinienne: une position "paradoxale"?

© Sputnik . Alexeï Vitvitsky / Aller dans la banque de photosRabat, Maroc
Rabat, Maroc - Sputnik France, 1920, 02.12.2021
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Tandis que des manifestations se tiennent à Rabat contre la visite d’un ministre israélien, Mohammed VI a réitéré son attachement à la cause palestinienne en appelant, notamment, "à la restauration de la confiance" entre Palestiniens et Israéliens. Certains perçoivent cette position comme "paradoxale", pour d’autres, elle est justifiée.
Exprimant son "entière solidarité" avec le peuple palestinien, lundi 29 novembre, dans un message adressé à Cheikh Niang, président du Comité des Nations unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, le roi Mohammed VI a réitéré sa position "constante quant à la justesse de la cause palestinienne". En faveur des droits inaliénables du peuple de Palestine, devant coexister "dans la sécurité et la paix" aux côtés d’Israël, dans un État "indépendant et viable", il a également plaidé pour la reprise des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens, à l’arrêt depuis "sept années", et la "restauration" de la confiance mutuelle.
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Adressé à l’occasion de la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le message royal coïncidait également avec la tenue de manifestations à Rabat, dénonçant la visite du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz les 23 et 24 novembre.
Pour les manifestants, le Maroc n’aurait pas dû rétablir ses relations avec Israël tant que les Palestiniens n’ont pas obtenu gain de cause. En effet, la décision de normalisation actée en décembre 2020 n’avait pas fait l’unanimité au sein de la société civile marocaine, ainsi qu’en Palestine où le parti politique de Mahmoud Abbas, le Fatah, a affirmé l’avoir vécue comme "un coup de poignard dans le dos". Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po, interrogé par Sputnik, semble être du même avis. Pour lui, la position marocaine serait "paradoxale", dans la mesure où les accords d’Abraham portent "un coup dur au peuple et à la cause". Il ajoute que certains "Palestiniens ont le sentiment que le Maroc a troqué leur cause contre les Sahraouis […]. J’ai eu l’occasion de discuter avec des responsables ou simplement des collègues universitaires palestiniens. Ils ont été profondément traumatisés".

Un attachement "inébranlable" à la cause palestinienne

Mais le roi rassure. Sa position envers le peuple palestinien est fondée "sur une conviction et une foi inébranlables que partagent unanimement les Marocains". Ce rapprochement avec Israël ne changerait donc en rien l’attachement marocain à la cause, comme l’ont rappelé à de multiples reprises certains responsables. D’ailleurs, le roi a mentionné dans le message son échange avec le Président palestinien, Mahmoud Abbas, au lendemain de la normalisation: "nous avons réitéré la ferme position du Maroc en faveur de la cause palestinienne, sur la base de la solution à deux États convenue au niveau international et nous avons rappelé notre attachement à des négociations entre les protagonistes, comme seul moyen de parvenir à une solution définitive, durable et globale".
Le souverain explique également que la position marocaine est "soutenue par un effort diplomatique constant et constructif ainsi que par un travail de terrain en faveur de la cause palestinienne juste et de la ville sainte d’al-Qods". Pour Hafid Oualaalou, vice-président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI) et militant pour la cause palestinienne, la position marocaine s’inscrit dans la "continuité", tant d’un point de vue politique, que diplomatique, matériel ou financier. "L’action marocaine ne s’arrête pas aux slogans et aux sentiments", dit-il, rappelant quelques gestes du président du Comité al-Qods (chargé de veiller sur les lieux saints musulmans de Jérusalem) en faveur des Palestiniens, comme le don qui a permis la construction d’un hôpitalà Gaza en août dernier.
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Un médiateur "crédible"

Si nul ne peut nier que ce rapprochement maroco-israélien sert les intérêts stratégiques et nationaux du royaume, il semblerait néanmoins "justifié" et "incomparable", à en croire Hafid Oualaalou, qui évoque l’importante communauté juive d’origine marocaine à travers le monde. "Des Israéliens d’origine marocaine occupent même des postes à responsabilité y compris dans l’actuel gouvernement israélien". Qui de mieux donc, pour servir de médiateur? se demande-t-il. C’est également l’ambition que met en lumière le roi dans son message, où il espère mettre "à profit sa position et ses relations privilégiées avec toutes les parties et les puissances internationales agissantes" et "poursuivra ses efforts afin de réunir les conditions propices à un retour des parties à la table des négociations, unique voie pour que soit mis un terme à ce conflit et que s’instaurent la sécurité et la stabilité dans la région du Moyen-Orient".
D’ailleurs, les affrontements à la mosquée d’Al-Aqsa au mois de mai dernier avaient conduit à un échange entre la diplomatie marocaine et américaine autour de l’importance de rétablir le calme dans la région. "Le Maroc est un partenaire stratégique et nous travaillons ensemble pour mettre fin à ce conflit", tweetait alors Antony Blinken.
Enfin, pour l’expert marocain, le royaume est un acteur de longue date en faveur de la cause palestinienne. "Il ne faut pas oublier les multiples actions diplomatiques menées à l’époque par le roi Hassan II pour réconcilier les Israéliens et le peuple arabe", privilégiant le dialogue direct.
Moins optimiste, pour Bertrand Badie, le scénario d’une médiation "est doublement impossible" compte tenu de la "défiance" des Palestiniens à l’égard de la diplomatie marocaine et de la rigidité de la ligne du gouvernement israélien quant à une éventuelle négociation: "Aucun signe ne laisse penser que l’administration israélienne serait prête à ouvrir des négociations".
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