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Boulimie d’éoliennes: "l’obsession du CO2 nous fait faire des conneries"

© AFP 2021 JEAN-FRANCOIS MONIER / AFPÉoliennes près de Louville-La-Chenard, 21 juillet 2020.
Éoliennes près de Louville-La-Chenard, 21 juillet 2020. - Sputnik France, 1920, 17.12.2021
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Le chef de l’Office fédéral de l’environnement appelle à démultiplier les éoliennes à travers l’Allemagne en réponse au… manque de vent. L’éolien à tout prix: l’écologiste Bertrand Alliot revient sur une manie ruineuse et contre-productive.
Construire plus d’éoliennes pour pallier le manque de vent, telle pourrait être la logique de Dirk Messner. Pour le président de l’Office fédéral allemand de l’environnement (UBA), les 30.000 aéromoteurs installés à travers tout le territoire de la première puissance économique européenne ne suffisent pas.
Pour la première fois depuis 1999, la part des énergies renouvelables (ER) dans la production électrique nationale a baissé, passant de 45,3% en 2020 à 42% cette année. Le cap des 80% d’énergies renouvelables (ER) dans le mix énergétique du pays "ne pourra pas être atteint au rythme actuel de développement" des infrastructures, a ainsi alerté Dirk Messner dans un communiqué diffusé le 15 décembre.
Mais les raisons de ce recul interpellent. S’il est en partie dû à une hausse globale de la consommation d’énergie des Allemands, il s’explique également par… le manque de vent l’hiver dernier. La production des éoliennes allemandes aurait ainsi baissé de 11% cette année. Pour le président de l’UBA, le diagnostic est sans appel: "nous avons besoin de mesures rapidement applicables dans les prochaines années pour construire davantage d’installations éoliennes et photovoltaïques", lance ce politologue de formation.

"C’est au-delà du rationnel", réagit au micro de Sputnik Bertrand Alliot, porte-parole de l’association Action écologie, qui regrette une "fuite en avant". "Il faut mettre en marche le groupe électrogène", ironise-t-il.

Auteur d’Une histoire naturelle de l’homme (Éd. L’Artilleur, 2020), il rappelle qu’éolien va de pair avec hydrocarbures ou nucléaire, contrairement à l’image d’Épinal qui colle aux aérogénérateurs. Tout comme le photovoltaïque, l’éolien est en effet un moyen de production "intermittent", non pilotable, en somme imprévisible.
En cas de vent faible (moins de 10 km/h) ou fort (plus de 90 km/h), les éoliennes sont respectivement incapables de démarrer ou mises à l’arrêt, nécessitant que des centrales au gaz ou au fuel prennent le relais de pour éviter le black-out aux riverains.

Éoliennes, solaire, peu écolos

Ainsi, à Landivisiau, "la dernière centrale électrique au gaz" est-elle en train de sortir de terre. Prévue à l’origine pour renforcer l’approvisionnement électrique en Bretagne, "elle sera idéale pour compenser la fluctuation de la quantité d’électricité produite par les centrales éoliennes et solaires", se félicitait en 2019 Xavier Caïtucoli, président de Direct Énergie, qui avait décroché le contrat.
Un paradoxe pour un pays où le nucléaire permet de produire un kilowattheure vingt fois plus décarboné que le gaz et pour au minimum deux fois moins cher. Pourtant, Barbara Pompili, ministre de la Transition énergétique, a tracé sa ligne: la France devra compter 15.000 éoliennes de plus d’ici 2035. Un objectif qui prend en compte le remplacement des aérogénérateurs vieillissants. La durée de vie d’une éolienne, avec son mât en acier, ses pales en fibre de carbone et son socle de 1.800 tonnes de béton armé, ne dépasse pas les 25 ans. Du côté des panneaux photovoltaïques, le bilan environnemental n’est guère meilleur. Entre l’extraction des matériaux, leur fabrication, l’installation, l’entretien et le recyclage, l'emprunte carbone du solaire n'est pas si "verte".
C’est pourtant au nom de la préservation du climat que promoteurs éoliens et industriels du photovoltaïque obtiennent le blanc-seing des autorités françaises pour déboiser les zones rurales. "L’obsession du CO2 nous fait faire des conneries d’un point de vue écologique!" fulmineBertrand Alliot, "l’écologie ne se réduit pas à une lutte contre le CO2!"

"L’obsession du CO2 nous fait perdre les fondements de l’idéologie de départ qui était quand même de ne pas détruire la nature, du moins de ne pas la détruire inutilement. Là, nous sommes en train d’ouvrir des carrières de silicium pour faire des panneaux photovoltaïques qui ne servent absolument à rien dans un pays comme la France où nous avons déjà une électricité décarbonée."

L’Hexagone est en effet le vice-champion (derrière la Suède) en matière de rejets atmosphériques. Une prouesse sans égal pour un pays de 67 millions d’âmes qui pointe à la sixième place des puissances économiques. Bref, plus qu’une obsession… un gâchis.
Un gâchis qui se traduira également dans le portefeuille des Français. En effet, non seulement les énergies renouvelables accentuent la dépendance de la France aux hydrocarbures pour son approvisionnement électrique, et donc aux variations des marchés de matières premières, mais cet effet haussier est amplifié par la législation européenne.

Chère lutte contre le CO2

Selon les traités européens, une concurrence doit subsister dans tous les États membres de l’Union. En France, où EDF règne en maître avec une électricité produite à très bas coût grâce à ses centrales nucléaires, les profits des concurrents ne sont permis que grâce à l’instauration d’un tarif régulé qui augmente régulièrement (+50% en dix ans). C’est notamment au nom de ce maintien à flot d’une concurrence artificielle que la facture d’électricité des Français devrait augmenter de 20% d’ici… deux mois.
Comme si cela ne suffisait pas, il faut ajouter à cela les coûts d’infrastructures. L’installation de milliers d’éoliennes à travers la France nécessite d’adapter un réseau électrique jusque-là dessiné autour de dix-huit centrales nucléaires. Pour renforcer le réseau face à l’essor des renouvelables, ses deux gestionnaires –RTE et Enedis– ont annoncé fin 2020 un investissement de 100 milliards d’euros sur 15 ans. Une dépense répercutée sur la facture des consommateurs, sans pour autant garantir une énergie plus "verte"… bien au contraire.
Alors que l’Allemagne est érigée en modèle de la transition énergétique pour les 23% de sa production électrique issue de l’éolien en 2020, l’empreinte carbone du pays s’établit à 362 g CO2/kWh, contre 42 g CO2/kWh dans une France qui ne comptait que 8,8% d’éolien.

"On désorganise le système parce qu’on agit dans l’urgence"

En plus de rester les plus gros pollueurs atmosphériques d’Europe, les Allemands sont devenus ceux qui paient l’électricité la plus chère du continent. À l’automne 2018, les investissements outre-Rhin dans la transition énergétique étaient pointés du doigt. La Cour fédérale des comptes (Bundesrechnungshof) estime à 160 milliards la somme d’argent public investie en seulement six ans. Malgré ce résultat plus que mitigé, c’est pourtant de l’Allemagne que les autorités françaises ont décidé de s’inspirer.
"Les élites politiques se sont converties à une idéologie écologique qui en fait nous mène dans le mur. Le problème, c’est qu’on se réveille un peu tard. Aujourd’hui, on veut réinvestir dans le nucléaire après avoir tout fait pour le détruire…" regrette le militant écologiste.
Celui-ci y voit la conséquence d’un trop grand empressement à agir face à des propos "alarmistes" sur le réchauffement climatique. "Aucun diagnostic n’impose une thérapie de choc aujourd’hui, il faut se calmer, il faut y aller progressivement sur la transition énergétique", insiste-t-il. "On peut changer le système, mais progressivement, sans tout désorganiser. Aujourd’hui, ce qu’on fait, c’est qu’on désorganise parce qu’on agit dans l’urgence, sans réfléchir et sous le coup de peurs irrationnelles."
Des éoliennes à Leury, dans le nord de la France, Novembre 2016. (PHILIPPE HUGUEN / AFP) - Sputnik France, 1920, 30.04.2021
Qui sème le vent récolte la tempête? Le gouvernement veut des éoliennes, mais pourrait les payer aux élections
Du côté du gouvernement, alors qu’Emmanuel Macron évoque soudainement depuis la mi-octobre son intention de relancer la filière nucléaire dans l’Hexagone à travers son plan France 2030, sa ministre de la Transition écologique freine des quatre fers. Au-delà de ses "réserves" sur l’installation de petites centrales nucléaires (SMR), Barbara Pompili semble maintenir son cap de réduction de la part du nucléaire de 70 à 50% à l’horizon 2035 et la fermeture de 14 réacteurs en plus de ceux de Fessenheim, qu’elle a personnellement actée.
"D’ici à 15 ans, le renouvelable est la seule solution", martelait-elle le 8 octobre sur le plateau d’Europe1. Face à la hausse rapide de la demande d’électricité (+35% d’ici 2050 selon RTE), la ministre estime qu’il est ainsi trop tard pour se lancer dans les longs chantiers que représentent des centrales nucléaires. La politique du fait accompli, en somme, après deux quinquennats marqués par les accords politiques avec les Verts…
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