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Production électrique en berne: faute d’assez de nucléaire, la France relance le charbon

© AFP 2021 JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGENCentrale à charbon Emile Huchet à Saint-Avold, 31 octobre 2018.
Centrale à charbon Emile Huchet à Saint-Avold, 31 octobre 2018. - Sputnik France, 1920, 07.01.2022
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Face au risque de black-out, la France va mobiliser ses dernières centrales à charbon. Un baroud d’honneur peu "climate friendly". En cause, le choix du gouvernement de réduire la part du nucléaire dans la production électrique. Éclairages.
Elles ne sont plus que deux en métropole, mais elles vont tourner à plein régime. Pour faire face aux tensions d’approvisionnement en électricité cet hiver, les centrales à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) et de Saint-Avold (Moselle) vont décupler leur production.
Le ministère de la Transition écologique a ainsi mis en ligne jusqu’au 20 janvier un projet de décret visant à relever le plafond de production des centrales à charbon. Fixé par la sacro-sainte Loi énergie et climat, adoptée le 26 septembre 2019, cette limite passerait de 700 heures annuelles à 1.000 pour les seuls mois de janvier et février. Un assouplissement visant à "réduire le risque sur la sécurité d’approvisionnement des Français", a indiqué l’hôtel de Roquelaure à l’AFP le 5 janvier.

Les stakhanovistes du charbon

Une ministre écologiste qui déroge à sa propre Loi climat, qui plus est au profit de la plus polluante des sources d’énergie, voilà qui ne manque pas de sel. Par la signature de ce décret, Barbara Pompili acte le rejet d’un million de tonnes de CO2 supplémentaires dans l’atmosphère (toutes activités confondues, la France en rejette 450 millions par an). Du côté du ministère, on ne désarme pas pour autant, en insistant sur la dimension "temporaire" du dispositif. Quant aux écologistes, ils blâment le nucléaire dont la disponibilité serait "en deçà des minima historiques", selon les termes de RTE.
À la base de ce raisonnement: la mise à l’arrêt simultanée d’une douzaine de réacteurs pour maintenance. Des manœuvres d’entretien retardées à cause des confinements, soit exactement le même problème que l’hiver dernier, où 11 réacteurs avaient été mis à l’arrêt pour les mêmes raisons. Ce recours forcé au charbon serait ainsi la preuve que la France est "en retard sur ses objectifs" en matière de développement des énergies renouvelables, estime notamment Zélie Victor, responsable transition énergétique au Réseau Action Climat. Celle-ci fustige également un "manque d’anticipation" du gouvernement en matière d’économies d’énergie.
Pas assez d’économies d’énergie et trop de nucléaire, ce sont d’ailleurs les deux justifications que donnait déjà Barbara Pompili fin 2020. "On est trop dépendants du nucléaire et c’est pour cela qu’il faut qu’on diversifie le mix", insistait-elle sur le plateau de BFMTV. Pourtant, les énergies renouvelables, non pilotables, peinent à satisfaire. Comme l’hiver dernier, l’éolien se montre capricieux, faute de vent et la production solaire est à plat.

Black-out en vue, la faute au mix énergétique?

Durant l’hiver 2020/2021, déjà, le risque de coupures de courant avait provoqué un tollé. Le deuxième réacteur de 880 mégawatts de la centrale de Fessenheim venait d’être mis à l’arrêt. Face à la bronca de l’opposition suscitée par la fermeture de la centrale alsacienne, les écologistes –Barbara Pompili en tête– avaient botté en touche, se contentant de fustiger les "mensonges" concernant la "réouverture" de centrales à charbon.
Bref, pour résumer cette position, on ne réouvre pas des centrales à charbon, on décuple leur production… nuance. Pour affronter l’hiver dernier, la France avait pu compter sur quatre centrales à charbon, contre seulement deux aujourd’hui.
Une politique d’évitement pour laquelle le ministère de la Transition écologique semble à nouveau opter. Du côté du boulevard Saint-Germain, on met ainsi l’accent sur le respect de la parole présidentielle, insistant sur le fait que le futur décret ne remettra nullement en cause le calendrier de fermeture des dernières centrales à charbon.
Barbara Pompili, Ministre de la Transition écologique - Sputnik France, 1920, 20.11.2020
Probables Black-out en France cet hiver, le résultat d’une «politique d’apprentis sorciers»
Conformément à la promesse électorale d’Emmanuel Macron, toutes devaient fermer avant la fin de son mandat. Saint-Avold doit ainsi être déconnectée du réseau en mars, mais c’est en revanche une autre paire de manches pour Cordemais. Celle-ci alimente la Bretagne, région en carence énergétique chronique. Elle devrait donc jouer les prolongations jusqu’en 2024, date à laquelle l’EPR de Flamanville est censé prendre le relais.

Importations d’électricité: le compteur s’affole

Quant à ceux qui s’interrogent sur la fermeture de Fessenheim dans un tel contexte énergétique, le ministère répond que la puissance cumulée des réacteurs actuellement à l’arrêt est huit fois celle de la centrale alsacienne. Pourtant, à y regarder de plus près, la puissance des deux réacteurs de Fessenheim dépasse celle des deux centrales à charbon. La centrale nucléaire pouvait sortir 1,8 gigawatt d’électricité quotidien, soit bien plus que les 1,2 gigawatt produit grâce au charbon rien que ce vendredi 7 janvier.
S’il fait nul doute que le charbon aurait tout de même été indispensable à l’heure où la France importe quotidiennement 8 gigawatts d’électricité, est-il illégitime de s’interroger sur la fermeture d’une centrale qui n’aurait pas été de trop? Sur le plan écologique, à production égale, le charbon pollue 70 fois plus que le nucléaire. Quitte à arbitrer entre moyens de production pilotables, le gouvernement n’aurait-il pas mieux fait de fermer ces deux dernière centrales à charbon plutôt que Fessenheim?
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