Pénurie de médicaments au Maroc? Pharmaciens et ministère de la Santé se renvoient la balle

médicaments  - Sputnik France, 1920, 26.01.2022
Depuis quelques semaines, des pharmaciens dénoncent le manque de certains médicaments de traitement contre le rhume et le Covid-19 dans les officines. Démentie par le ministère de la Santé, les syndicats persistent et confirment l’existence d’une "pénurie". Qui dit vrai? À qui la faute?
"Bien sûr nous sommes concernés, toutes les pharmacies le sont"; "Oui il y a pénurie, mais ça rentre et ça ressort", répondent les différentes pharmacies marocaines contactées par Sputnik. Cela fait près de quatre semaines que les différentes officines marocaines se plaignent d’une rupture de stock pour certains médicaments, utilisés notamment pour le traitement de certaines infections hivernales et du Covid-19. Parmi lesquels, la vitamine C, le zinc, l’azithromycine, ou encore le paracétamol.

Le ministère de la Santé dément…

Face aux alertes des pharmaciens et aux différents articles de presse locale qui font état d’une "pénurie" de ces médicaments, alors que le pays approche de son pic de contaminations du Covid-19, le ministère de la Santé est sorti de son silence, dans un premier temps, le 12 janvier, pour rassurer les citoyens, affirmant que des quantités suffisantes sont disponibles pour satisfaire la demande.

"Le ministère rassure les citoyens quant au stock national de médicaments du protocole thérapeutique national de prise en charge des cas de coronavirus, affirmant que les quantités disponibles de ces médicaments, notamment la chloroquine, l’azithromycine, le zinc, la vitamine C, la vitamine D, le paracétamol et l’héparine, sont suffisantes pour satisfaire la demande."

Dans un communiqué publié le jeudi 13 janvier 2022, la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutique (FMIIP) a démenti à son tour toute pénurie, indiquant "qu’aucune rupture dans la production de médicaments essentiels n’a été enregistrée à ce jour".
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Le ministre de la Santé Khalid Aït Taleb est intervenu personnellement à deux reprises pour apporter un démenti. D'abord à la chambre des conseillers le 18 janvier, pour affirmer qu'"il n'y a pas de pénurie":

"C'est une crise qui ne traduit pas la réalité des faits. Les producteurs de médicaments ont un stock qui suffit pour une période allant de 3 à 32 mois. Mais la question qui se pose est, comment ça se fait que les pharmaciens d'officine n'accèdent pas aux médicaments au niveau des points de vente?"

Puis, dans une nouvelle sortie à l'occasion d'un entretien réalisé sur le site 360.ma, publiée le 22 janvier, le ministre de la Santé a une nouvelle fois apporté un démenti en précisant que "le stock national de médicaments est suffisant pour couvrir et répondre aux besoins des citoyens pendant plus de trois mois, que ce soit dans les hôpitaux ou chez les grossistes et laboratoires pharmaceutiques, dont certains d’entre eux disposent d’un stock couvrant jusqu’à 32 mois".

…mais les professionnels persistent

Sauf que les professionnels des pharmacies affirment le contraire. Il y aurait bel et bien selon eux, une rupture de ces médicaments en pharmacie. En colère, ils fustigent le communiqué du ministère.

"Nous suivons avec grande inquiétude la réaction du ministère de la Santé aux problématiques vécues par le secteur du médicament et de la pharmacie au Maroc, particulièrement celles qui ont émergé ces dernières semaines et qui ont vu une rupture inédite des médicaments dans les pharmacies du pays ainsi qu’au niveau des différents répartiteurs sur le territoire national", écrit la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc dans un communiqué, relayé par la presse.

Pour Amine Bouzouba, secrétaire général de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, contacté par Sputnik, "le démenti du ministère de la Santé ne reflète pas la réalité des officines". Il y a bien rupture de stock, et elle s’expliquerait selon lui par un souci de production et le non-respect du stock de réserve de trois mois comme stipulé par la loi 17-04 du code du médicament et de la pharmacie. "Il y a certainement un problème de stock de sécurité qui n’a pas été respecté […], cela est également lié à la forte demande, et il n’y a pas eu d’augmentation de production pour accompagner cette surconsommation".
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À qui la faute?

Comment expliquer les différentes versions qui existent face à ce qui ne saurait être qu'une seule réalité? Une énième pharmacie contactée par Sputnik affirme à son tour: "On peut dire qu’il y a une pénurie, mais en ce qui nous concerne nous avons notre stock. Je dirais que ce sont surtout les petites villes qui souffrent de ces ruptures". L’interlocutrice qui préfère garder son anonymat ajoute par ailleurs:

"Il ne faut pas oublier que chez nous on peut se procurer certains médicaments, notamment des antibiotiques sans ordonnance, donc des fois nous avons des patients qui demandent plusieurs boîtes d’un même médicament ce qui peut engendrer une rupture…"

Serait-ce alors une mauvaise gestion de la part des pharmacies? Un problème de répartition? d’approvisionnement? Ou bien le ministère de la Santé tente-t-il de camoufler la réalité pour éviter un effet de panique chez les consommateurs? Ce dernier informe pourtant que des équipes d’inspection ont été mobilisées afin de vérifier la disponibilité des médicaments. Aucune interruption de production ou rupture de stock n’a été constatée, hormis pour l’ibuprofène sirop.
Le ministère explique également que les professionnels qui ont fait "des allégations" sur une rupture du stock national de ces médicaments "sont confrontés à des problèmes d’ordre financier et juridique avec les distributeurs qui les empêchent de s’approvisionner en quantités suffisantes pour les commercialiser dans leurs pharmacies".
Difficile d’y voir clair dans cette situation confuse où les deux parties se renvoient la balle. Des rapports de presse évoquent même une absence de dialogue entre le ministère de la Santé et les pharmaciens qui durerait depuis trois ans. En signe de révolte, ces derniers ont même accueilli leurs clients avec un brassard noir sur leur bras. Amine Bouzouba conclut néanmoins: "Le ministère a fait des efforts, en intervenant auprès des sociétés de production […]. Une réaction un peu tardive mais un rétablissement de la situation au niveau des officines se fait de manière progressive. Dans les prochains jours, on reviendra j’espère à la normale".
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