"Il y aura toujours plus d’expulsions": en Amérique du Nord, la crise migratoire appelée à perdurer

© AP Photo / Ramon EspinosaUne migrante à la frontière entre le Mexique et les États-Unis
Une migrante à la frontière entre le Mexique et les États-Unis - Sputnik France, 1920, 31.01.2022
Sur le continent nord-américain, rien n’indique que 2022 verra diminuer les flux de migrants vers les États-Unis. Et selon Aracely Martínez, spécialiste des migrations, le manque de coordination entre les États touchés risque d’aggraver la situation.
"Dorénavant, on ne craint plus seulement les vagues de migrants, mais aussi les vagues de contagion qu’elles peuvent représenter", avertit Aracely Martínez, spécialiste des migrations en Amérique centrale et en Amérique du Nord. Selon notre interlocutrice, les gouvernements américain, mexicain et guatémaltèque n’ont pas fini de se servir de la crise sanitaire comme "prétexte"à la détention puis à l’expulsion de milliers de migrants:
"En 2022, il y aura sans doute toujours plus d’arrestations, de détentions et d’expulsions. Du côté des gouvernements, il n’y a aucun changement structurel à venir, alors on peut penser que la situation va rester la même ou empirer", prévient le professeur à l’Université Del Valle, dans la ville de Guatemala.
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En 2021, plus de deux millions de migrants ont été stoppés à la frontière et détenus par les autorités américaines, selon les statistiques officielles de Washington publiées le 23 janvier dernier. Durant le seul mois de décembre, ils ont été environ 180.000 à se faire interpeller par la police frontalière, ce qui fait de 2021 une nouvelle année record en termes de passages illégaux, surpassant les chiffres historiques de 1986 et 2000, bien loin des 400.000 interceptions de 2020. De nombreux migrants sont toujours renvoyés en vertu du Titre 42, une mesure exceptionnelle qui permet aux autorités de refuser l’entrée aux gens voyageant pour des raisons "non essentielles".

"Une crise humanitaire historique", accusent les Républicains

Devant un tel bilan, les Républicains n’ont pas tardé à accuser le Président américain, Joe Biden, et sa vice-présidente, Kamala Harris, d’alimenter "une crise humanitaire historique":
"Joe Biden et le tsar des frontières Kamala Harris ont échoué. Sous leur surveillance, les cartels et les passeurs prospèrent, les agents des frontières sont débordés, nos communautés sont moins sûres", a déclaré par communiqué Ronna McDaniel, la présidente du Comité national républicain.
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Aracely Martínez estime que les Démocrates pourraient prochainement durcir leur politique migratoire dans un contexte de grande impopularité du Président Biden, alors que la pression s’accentue sur leur parti. Rappelons que le premier jour de son mandat, Joe Biden s’était empressé de signer un décret ordonnant la suspension de la construction du mur frontalier avec le Mexique. Par la même occasion, le Président démocrate avait divulgué son intention de régulariser la situation des dreamers, ces 700.000 personnes arrivées clandestinement aux États-Unis quand elles étaient mineures. Des dizaines de milliers de migrants y vont vu le signal de la réouverture de la frontière.

Les États mal coordonnés pour endiguer le tsunami

Le manque de coordination entre Washington, Mexico et les gouvernements d’Amérique centrale risque aussi de conduire à une dégradation dramatique de la situation…
"Malgré les récentes démarches de Kamala Harris en Amérique centrale et le financement de certains programmes, il n’y a ni volonté commune ni dialogue régional pour trouver une solution à la crise migratoire. […] En revanche, les autorités sont mieux coordonnées pour freiner les migrants", constate l’universitaire.
Ce 27 janvier, Kamala Harris a admis que le problème de l’immigration illégale ne se réglerait pas "du jour au lendemain" dans la région. 2022 pourrait toutefois être l’année marquant une diminution de la formation de caravanes de migrants, au profit des autres méthodes de transit. Les caravanes sont des regroupements de migrants qui décident au départ de partir seuls sans recourir à des passeurs, appelés coyotes, ou à des organisations clandestines, précise Aracely Martínez.
"On a vu que les caravanes n’étaient pas une méthode très fructueuse. C’est un moyen désespéré et celui qui coûte le moins cher. […] La caravane n’est pas une manière collective très sûre et efficace d’immigrer", explique la spécialiste des migrations.
Ces dernières semaines, des articles publiés dans des journaux comme El País ont fait état d’une forte augmentation du nombre de migrants utilisant la voie maritime pour tenter de rejoindre le pays de l’Oncle Sam.

Des migrants prennent le large

Selon le dernier rapport de l'Organisation internationale pour les migrations des Nations unies, de plus en plus de migrants longent les côtes mexicaines par bateau pour contourner la frontière qui sépare le Mexique et le Guatemala, laquelle fait l’objet d’une surveillance accrue. L’essor de cette voie maritime préoccupe notre interlocutrice.
"Dans le milieu, on parle parfois de voyages VIP. […] Il y a des angles morts dans la mer où ne se trafique pas seulement de la drogue, mais des gens", conclut-elle.
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