BRICS, Ukraine, Afrique: l'intégralité du discours de Sergueï Lavrov à l'Onu

© AP Photo / Mary AltafferLe ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov intervient devant l'Assemblée générale de l'Onu
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov intervient devant l'Assemblée générale de l'Onu  - Sputnik Afrique, 1920, 23.09.2023
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Retrouver ici l'intégralité du discours du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov devant l'Assemblée générale de l'Onu ce samedi 23 septembre.
Cher Monsieur le Président,

Cher Monsieur le Secrétaire Général,

Mesdames et Messieurs,

De nombreux orateurs qui m'ont précédé ont déjà exprimé l'idée que notre planète traverse des changements irréversibles. Un nouvel ordre mondial est en train de naître sous nos yeux. Les contours de l’avenir se dessinent dans la lutte entre la majorité mondiale, qui prône une répartition plus équitable des biens mondiaux et la diversité civilisationnelle - et ceux qui utilisent les méthodes néocoloniales de subordination pour maintenir leur domination qui est en train de disparaître.

Le rejet du principe d’égalité et l’incapacité totale de négocier a longtemps été une sorte de "carte de visite" de l’Occident collectif. Habitués à mépriser le reste du monde, les Américains et les Européens font souvent des promesses et contractent des obligations, notamment écrites et juridiquement contraignantes. Et puis, elles ne sont tout simplement pas respectées. Comme l’a souligné le Président Poutine, l’Occident est un véritable "empire du mensonge".
La Russie, comme beaucoup d’autres pays, le sait de première main. En 1945, alors que nous travaillions ensemble avec Washington et Londres pour en finir avec l’ennemi sur les fronts de la Seconde Guerre mondiale, nos alliés de la coalition anti-hitlérienne préparaient déjà des plans pour une opération militaire Unthinkable contre l’Union soviétique. Et quatre ans plus tard, en 1949, les Américains développèrent l’opération Dropshot pour lancer des frappes nucléaires massives sur l’URSS.

Ces projets fous sont restés sur papier. L’URSS a créé sa propre arme de représailles. Bien qu'il ait fallu la crise des missiles de Cuba de 1962 pour que l'idée de déclencher une guerre nucléaire et l'illusion de la victoire dans cette guerre cessent d'être la base de la planification militaire américaine.

À la fin de la guerre froide, l’Union soviétique a joué un rôle décisif dans l’unification de l’Allemagne et dans l’accord sur les paramètres d’une nouvelle architecture de sécurité en Europe. Dans le même temps, les dirigeants soviétiques puis russes ont reçu des assurances politiques spécifiques concernant la non-expansion du bloc militaire de l’Otan à l’Est. Les comptes rendus des négociations ad hoc se trouvent dans nos archives et dans celles occidentales. Mais ces assurances des dirigeants occidentaux se sont révélées vides de sens car ils n’avaient aucune intention de les respecter. Dans le même temps, les dirigeants occidentaux n'ont jamais été gênés par le fait qu'en rapprochant l'Otan des frontières de la Russie, ils violaient de manière flagrante les engagements officiels de l'OSCE pris au plus haut niveau de ne pas renforcer leur propre sécurité aux dépens de celle des autres et de ne pas permettre la domination militaro-politique en Europe par n'importe quel pays ou groupe de pays ou d'organisations.

Ukraine et expansion de l'Otan

En 2021, nos propositions visant à conclure des accords sur des garanties mutuelles de sécurité en Europe sans modifier le statut hors bloc de l’Ukraine ont été rejetées avec arrogance. L’Occident a continué à militariser systématiquement le régime russophobe de Kiev, porté au pouvoir à la suite d’un coup d’État sanglant et utilisé pour préparer le déclenchement d’une guerre hybride contre notre pays.
La récente série d’exercices conjoints entre les États-Unis et leurs alliés européens de l’Otan, comprenant des scénarios d’utilisation d’armes nucléaires sur le territoire de la Fédération de Russie, était sans précédent depuis la fin de la guerre froide. La tâche déclarée d’infliger une "défaite stratégique" à la Russie a aveuglé les politiciens irresponsables, obsédés par leur propre impunité et ayant perdu tout sens élémentaire d’auto-préservation.
Dirigés par Washington, les pays de l’Otan non seulement renforcent et modernisent leurs capacités offensives, mais tentent également de transférer la confrontation armée vers l’espace extra-atmosphérique et l’espace informationnel. Une nouvelle manifestation dangereuse de l’expansionnisme de l’Otan a été la tentative d’étendre la zone de responsabilité du bloc à l’ensemble de l’hémisphère oriental avec le slogan trompeur de "l’indivisibilité de la sécurité de la région euro-atlantique et indo-pacifique". À cette fin, Washington crée des mini-alliances militaro-politiques sous son contrôle, comme l'AUCUS, la "troïka" États-Unis - Japon - République de Corée, le "groupe des quatre" Tokyo - Séoul - Canberra - Wellington, impliquant leurs participants à une coopération pratique avec l'Otan, qui introduit ses infrastructures sur le théâtre du Pacifique. La focalisation non dissimulée de ces efforts contre la Russie et la Chine, l'objectif de torpiller l’architecture régionale inclusive qui s’est développée autour de l’ASEAN, crée le risque de l’émergence d’un nouveau foyer explosif de tensions géopolitiques – en plus de celui européen qui est déjà en surchauffe.

Il se crée l’impression persistante que les États-Unis et l'Occident collectif qui leur est totalement subordonné ont décidé de donner à la "doctrine Monroe" une projection mondiale. Les projets sont aussi illusoires qu’extrêmement dangereux, mais cela n’arrête pas les idéologues de la nouvelle édition de Pax Americana.

La minorité mondiale essaie de toutes ses forces de ralentir le déroulement naturel des choses. La Déclaration de Vilnius de l’Otan qualifie le "partenariat croissant entre la Russie et la Chine" de "menace pour l’Otan". S'adressant récemment à ses ambassadeurs à l'étranger, le président Emmanuel Macron a exprimé sa sincère préoccupation face à l'expansion des BRICS, considérant cet événement comme la preuve du fait que "le contexte international se complique et fait courir le risque d'un affaiblissement de l'Occident et plus particulièrement de notre Europe. (...) Il y a une remise en cause progressive de notre ordre international, de ses principes, de ses différentes formes d'organisation" dans lesquelles "l'Occident avait une place prépondérante". Voici ce que cela veut dire: si quelqu'un quelque part se réunit sans nous, se fait des amis sans nous ou sans notre permission, alors cela est considéré comme une menace pour notre domination. L'extension de l'Otan vers la région Asie-Pacifique est une bonne chose, mais l'expansion des BRICS est dangereuse.

BRICS et nouvelles opportunités de développement commun

Cependant, la logique du processus historique est inexorable. La tendance principale a été le désir des États majoritaires de renforcer leur souveraineté et de défendre leurs intérêts nationaux, leurs traditions, leur culture et leur mode de vie. Ils ne veulent plus vivre sous la dictée des autres, ils veulent être amis et commercer entre eux, mais aussi avec le monde entier – sur un pied d’égalité et pour un bénéfice mutuel. Des associations telles que les BRICS et l’OCS sont en plein essor, offrant aux pays du Sud des opportunités de développement commun et défendant la place qui leur revient dans l’architecture multipolaire émergente.
Pour la première fois peut-être depuis la création de l’Onu en 1945, une chance pour la véritable démocratisation des affaires mondiales se présente. Cela inspire l’optimisme à tous ceux qui croient en la suprématie du droit international et souhaitent la renaissance de l’Onu en tant qu’organe central de coordination de la politique mondiale, où ils s’accordent sur la manière de résoudre les problèmes ensemble, sur la base d’un juste équilibre des intérêts.

Pour la Russie, il est évident qu’il n’y a pas d’autre solution. Cependant, les États-Unis et l'"Occident collectif" qui leur est subordonné continuent de générer des conflits qui divisent artificiellement l’humanité en blocs hostiles et entravent la réalisation d’objectifs communs. Ils font tout pour empêcher la formation d’un ordre mondial véritablement multipolaire et juste. Ils s’efforcent de forcer le monde à respecter leurs propres "règles" égoïstes.
Je voudrais exhorter les hommes politiques et les diplomates occidentaux à relire attentivement la Charte des Nations unies. La pierre angulaire de l’ordre mondial créé après la Seconde Guerre mondiale est le principe démocratique de l’égalité souveraine des États – grands et petits, indépendamment de la forme de gouvernement, de la structure politique interne ou de la structure socio-économique.
Pourtant, l’Occident se considère toujours supérieur au reste de l’humanité – dans l’esprit de la déclaration du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, selon laquelle l’Europe est un jardin et tout ce qui l’entoure est une jungle. Il n’est pas gêné que dans ce jardin règne une islamophobie endémique et d’autres formes d’intolérance envers les valeurs traditionnelles de toutes les religions du monde. Les actes d'incendie du Coran, les insultes à la Torah, la persécution du clergé orthodoxe et autres moqueries contre les sentiments des croyants sont littéralement monnaie courante en Europe.

Sanctions et égoïsme de la minorité occidentale

Le recours par l’Occident à des mesures coercitives unilatérales constitue une violation flagrante du principe de l’égalité souveraine des États. Les habitants des pays victimes de sanctions illégales (qui sont de plus en plus nombreux) sont bien conscients que les restrictions frappent en premier lieu les couches les plus vulnérables de la population. Ils provoquent des phénomènes de crise sur les marchés alimentaires et énergétiques.
Nous continuons d’insister sur la fin immédiate et complète du blocus commercial, économique et financier sans précédent imposé à La Havane par les États-Unis et sur l’annulation de la décision absurde de déclarer Cuba pays parrain du terrorisme. Washington doit abandonner sans conditions préalables sa politique d’étranglement économique du Venezuela. Nous exigeons la levée des sanctions unilatérales des États-Unis et de l’Union européenne contre la République arabe syrienne, qui portent ouvertement atteinte au droit au développement. Il faut mettre fin à toutes les mesures coercitives introduites en contournant le Conseil de sécurité de l’Onu, ainsi qu’à la pratique occidentale consistant à manipuler la politique de sanctions du Conseil pour faire pression sur ceux qui ne leur plaisent pas.
L’égoïsme de la minorité occidentale s'est manifesté bien dans les tentatives obsessionnelles d’"ukrainiser" l’agenda des discussions internationales, repoussant au second plan un certain nombre de crises régionales non résolues, dont beaucoup durent depuis de nombreuses années, voire des décennies.

Une normalisation complète de la situation au Proche-Orient ne peut être obtenue sans le règlement du conflit israélo-palestinien sur la base des résolutions de l'Onu et de l'Initiative de paix arabe. Les Palestiniens attendent depuis plus de 70 ans l’État qui leur est solennellement promis, mais les Américains, qui ont monopolisé le processus de médiation, font tout pour l’empêcher. Nous appelons tous les pays responsables à unir leurs efforts afin de créer les conditions nécessaires à la reprise des négociations palestino-israéliennes directes.
Il est encourageant de constater que la Ligue arabe retrouve un second souffle et intensifie son rôle dans les affaires de la région. Nous saluons le retour de la République arabe syrienne dans la famille arabe, ainsi que le début du processus de normalisation entre Damas et Ankara, que nous essayons de soutenir avec nos collègues iraniens. Ces évolutions positives consolident les efforts du "format d’Astana" destinés à promouvoir un règlement syrien fondé sur la restauration de la souveraineté de la République arabe syrienne.
Nous espérons qu'avec l'aide de l'Onu, les Libyens seront en mesure de bien organiser les élections générales dans leur pays qui peine, depuis plus de dix ans, à se remettre des conséquences de l'agression de l'Otan qui a détruit l'État libyen et ouvert les vannes à la propagation du terrorisme dans la région saharo-sahélienne ainsi qu'à des vagues de millions de migrants illégaux en Europe et dans d’autres parties du monde. Les analystes observent: dès que Kadhafi a abandonné le programme nucléaire militaire, il a été éliminé. Ainsi, l’Occident a exposé les risques les plus dangereux pour l’ensemble du régime de non-prolifération nucléaire.
L’escalade de l’hystérie militaire de Washington et de ses alliés asiatiques dans la péninsule coréenne, où s’accumule le potentiel stratégique américain, est alarmante. Les initiatives russo-chinoises visant à prioriser les tâches humanitaires et politiques sont rejetées.

Soudan, Niger et Gabon

L’évolution tragique de la situation au Soudan n’est rien d’autre qu’une autre conséquence des expériences ratées de l’Occident visant à exporter les dogmes démocratiques libéraux dans ce pays. Nous soutenons les initiatives constructives visant à un règlement rapide du conflit intra-soudanais, notamment via un dialogue direct entre les parties belligérantes.
En observant l'attitude nerveuse de l'Occident face aux derniers événements en Afrique, en particulier au Niger et au Gabon, il est impossible de ne pas se souvenir de la réaction de Washington et Bruxelles au coup d'État sanglant en Ukraine en février 2014 - un jour après être parvenus à un accord de règlement sous les garanties de l'UE, que l'opposition a simplement foulé aux pieds. Les États-Unis et leurs alliés ont soutenu ce coup d’État, le saluant comme une "manifestation de démocratie".
Nos inquiétudes suscite également la détérioration continue de la situation dans la région serbe du Kosovo. Les livraisons d'armes de l'Otan aux Kosovars et l'aide à la création d'une armée kosovare constituent une violation flagrante de la résolution fondamentale 1244 du Conseil de sécurité de l'Onu. Le monde entier voit comment la triste histoire des accords de Minsk sur l’Ukraine, qui prévoyaient un statut spécial pour les républiques du Donbass et que Kiev a ouvertement sabotés avec le soutien de l’Occident, se répète dans les Balkans. L’Union européenne ne veut donc pas forcer ses protégés du Kosovo à respecter les accords de 2013 entre Belgrade et Pristina sur la création d’une communauté de municipalités serbes du Kosovo, qui jouirait de droits particuliers sur sa langue et ses traditions. Dans les deux cas, l’UE s’est portée garante des accords et, apparemment, leur sort est le même. Le résultat final dépend toujours de son "sponsor". Aujourd’hui, Bruxelles impose ses "services de médiation" à l’Azerbaïdjan et à l’Arménie, apportant ainsi, aux côtés de Washington, la déstabilisation dans le Caucase du Sud.
Quant aux décisions de la communauté internationale qui restent sur papier, nous appelons à achever enfin le processus de décolonisation conformément aux résolutions de l'Assemblée générale, afin de mettre fin aux pratiques coloniales et néocoloniales.
Une illustration frappante des "règles" auxquelles l’Occident veut soumettre le monde entier est le sort réservé aux engagements qu’il a pris en 2009 en promettant de fournir aux pays en développement 100 milliards de dollars par an pour financer des programmes d’adaptation au changement climatique. Comparez le sort de ces promesses non tenues avec les sommes que les États-Unis, l'Otan et l'UE ont dépensées pour soutenir le régime raciste de Kiev - évaluées à 170 milliards de dollars depuis février 2022 - et vous comprendrez l'attitude des démocraties occidentales "éclairées" avec leurs fameuses "valeurs" à votre égard.

Vers une réforme du Conseil de sécurité

Une réforme rapide de l’architecture de gouvernance mondiale existante, qui ne répond plus aux exigences de l’époque, est attendue depuis longtemps. Les États-Unis et leurs alliés doivent abandonner les restrictions artificielles sur la redistribution des quotas de vote au FMI et à la Banque mondiale, reconnaissant le poids économique et financier réel des pays du Sud. Les travaux de l’Organe de règlement des différends de l’OMC doivent également être immédiatement débloqués.
L'élargissement du Conseil de sécurité est également de plus en plus requis - il faut mettre fin à la sous-représentation dans sa composition des pays de la majorité mondiale - de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique latine. Il est important que les nouveaux membres du Conseil de sécurité – permanents et non permanents – jouissent de l’autorité tant dans leur région que dans des organisations mondiales telles que le Mouvement des non-alignés, le Groupe des 77 et l’Organisation de la coopération islamique.
Il est temps d’envisager des méthodes plus équitables pour former le Secrétariat de l’Onu. Les critères en vigueur depuis de nombreuses années ne reflètent pas le poids réel des États dans les affaires mondiales et assurent artificiellement la domination prohibitive des citoyens des pays de l'Otan et de l'UE. Ces déséquilibres sont encore aggravés par le système des contrats à durée indéterminée qui lient leurs titulaires à la position de pays hôtes des sièges d'organisations internationales, dont la grande majorité sont situées dans les capitales qui conduisent les politiques occidentales.
Des associations d'un nouveau type où il n'y a ni dirigeants ni dirigés, ni enseignants ni étudiants, et où toutes les questions sont résolues sur la base du consensus, sont appelées à soutenir la réforme de l'Onu. Il s’agit avant tout des BRICS, qui ont considérablement accru leur autorité après le sommet de Johannesburg et acquis une véritable influence mondiale.
Au niveau régional, on assiste à une renaissance d'organisations telles que l'Union africaine, la CELAC, la Ligue arabe, le CCG et d'autres structures. En Eurasie, l’harmonisation des processus d’intégration au sein de l’OCS, de l’ASEAN, de l’OTSC, de l’EurAsEC, de la CEI et du projet chinois Une Ceinture, une Route prend de l’ampleur. Il se produit une formation naturelle du Grand Partenariat eurasien, ouvert à la participation de toutes les associations et de tous les pays de notre continent commun sans exception.
Les tendances positives se heurtent aux tentatives de plus en plus agressives de l’Occident pour maintenir sa domination sur la politique, l’économie et la finance mondiales. Il est dans l’intérêt commun d’éviter la fragmentation du monde en blocs commerciaux et macrorégions isolées. Mais si les États-Unis et leurs alliés ne veulent pas s'entendre pour donner aux processus de mondialisation un caractère juste et égalitaire, alors les autres devront tirer des conclusions et réfléchir à des mesures qui contribueront à ne pas mettre leurs perspectives socio-économiques technologiques en dépendance des instincts néocoloniaux des anciennes métropoles.
C'est à l'Occident où réside le principal problème, car les pays en développement sont prêts à négocier, y compris au sein du G20, comme l’a montré le récent sommet du groupe en Inde. La principale conclusion basée sur ses résultats est que le G20 doit être libéré de la politisation et avoir la possibilité de faire ce pour quoi il a été créé: élaborer des mesures généralement acceptables pour gérer l’économie et la finance mondiales. Il existe des opportunités de dialogue et d’accords. Il est important de ne pas rater le moment.
Toutes ces tendances doivent être pleinement prises en compte dans le travail du Secrétariat de l'Onu, dont la mission statutaire est de servir la recherche du consentement de tous les États membres sous le toit de l'Onu, et non à l'écart.

Ne pas diviser la communauté internationale

L’Onu a été fondée à la suite de la Seconde Guerre mondiale, et toute tentative de réviser les résultats de cette dernière sape les fondements de l’Organisation. En tant que représentant d'un pays qui a apporté une contribution décisive à la défaite du fascisme et du militarisme japonais, je voudrais attirer l'attention sur un phénomène aussi flagrant que la réhabilitation des nazis et de leurs collaborateurs dans un certain nombre de pays européens, principalement en Ukraine et aux pays baltes. Il est particulièrement alarmant que l’année dernière, l’Allemagne, l’Italie et le Japon aient voté pour la première fois contre la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur l’inadmissibilité de la glorification du nazisme. Ce fait malheureux remet en question la sincérité du repentir de ces États pour les crimes de masse contre l'humanité commis pendant la Seconde Guerre mondiale et contredit les conditions dans lesquelles ils ont été admis à l'Onu en tant que membres à part entière. Nous vous invitons vivement à accorder une attention particulière à ces "métamorphoses" qui vont à l’encontre de la position de la majorité mondiale et des principes de la Charte des Nations unies.
Aujourd’hui, comme à maintes reprises par le passé, l’humanité se trouve à nouveau à la croisée des chemins. La manière dont l’histoire se développera ne dépend que de nous. Il est dans l’intérêt commun d’éviter le glissement vers une grande guerre et l’effondrement final des mécanismes de coopération internationale créés par des générations de prédécesseurs. Le Secrétaire Général a pris l'initiative d'organiser un "Sommet du futur" l'année prochaine. Le succès de cet effort ne peut être assuré que par la formation d’un juste équilibre des intérêts de tous les pays membres tout en respectant la nature intergouvernementale de notre Organisation. Lors de leur réunion du 21 septembre, les membres du Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations unies ont convenu de contribuer activement à la réalisation d'un tel résultat.
Comme l’a déclaré Antonio Guterres lors d’une conférence de presse à la veille de la session en cours: "Si nous voulons un avenir de paix et de prospérité fondé sur l’équité et la solidarité, les dirigeants ont la responsabilité particulière de parvenir à un compromis dans la conception de notre avenir commun pour notre bien commun". Une bonne réponse à ceux qui divisent le monde en "démocraties" et "autocraties" et dictent leurs "règles" néocoloniales à tous.
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