Le chef d'une ONG raconte son enquête sur les atrocités commises par les Britanniques au Kenya

© AP Photo / Brian IngangaDes photos d'une fillette qui aurait été tuée par un soldat britannique au Kenya en 2012.
Des photos d'une fillette qui aurait été tuée par un soldat britannique au Kenya en 2012. - Sputnik Afrique, 1920, 17.11.2023
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Dans le cadre de l'enquête en cours au Kenya sur les abus meurtriers perpétrés par l'Unité de formation de l'armée britannique, les victimes présumées de violences s'unissent pour les dénoncer. Sputnik Afrique a discuté avec le président d'une de ces ONG.
La première enquête que le gouvernement kenyan a lancée sur l'armée britannique depuis l'accès à l'indépendance en 1963 pourrait avoir des "implications considérables" sur la présence des unités de Londres dans ce pays, a déclaré à Sputnik Afrique James Mwangi Macharia, président exécutif du Centre africain d'action corrective et préventive (ACCPA). Cette ONG kenyane travaille avec les victimes des activités de l'Unité de formation de l'armée britannique au Kenya (BATUK).
La BATUK avait été conservée depuis 1963 par l'ancienne puissance coloniale à Nanyuki, à environ 200 kilomètres au nord de Nairobi. La base abrite plusieurs centaines de soldats et fait l'objet de controverses, entre accusations de viols, de meurtres et présence de munitions non explosées qui mutilent les populations locales.
En 2002, le ministère britannique de la Défense a versé 6,7 millions d'euros à 233 personnes affirmant avoir été blessées par des munitions non explosées, rappelle l'AFP. Nairobi et Londres contestent l'origine des munitions, les deux armées s'entraînant sur les lieux.

Les luttes de ses ancêtres

James Mwangi Macharia a souligné la grande contribution de son ONG à l'enquête sur les exactions présumées des Britanniques.
"Pour la première fois depuis l'indépendance, il [le gouvernement kenyan] a lancé une enquête et nous avons apporté une contribution sérieuse qui verra des mesures fermes prises contre la BATUK", a-t-il indiqué. "Les luttes qu'ont endurées nos ancêtres deviennent réalité."
Selon l'activiste, cette enquête, associée aux activités de son ONG, a érodé "l'immunité souveraine" britannique que Londres utilise pour se protéger depuis 1963.
"Actuellement, ils ne sont plus à l'abri de poursuites civiles et pénales pour des actions contre le peuple kenyan et l'environnement kenyan", a précisé le militant.
Selon lui, l'armée britannique jouissait de cette souveraineté lorsque l'ACCPA a intenté une action en justice pour obtenir des compensations et des dommages et intérêts pour les incendies de forêt qu'elle avait provoqués. En réponse, l'armée a déclaré qu'elle n'était pas soumise aux lois du Kenya et jouissait d’une immunité. Une telle réponse de la BATUK n'a pas satisfait l'ONG, a ajouté le militant.
"Nous sommes le Kenya, nous avons une constitution et des lois. Et il est impossible que des soldats puissent entrer dans notre pays, s'entraîner, détruire notre environnement, tuer notre peuple et retourner au Royaume-Uni sans être inculpés", a souligné Macharia.
Le militant a cité en exemple l'histoire d'une famille kenyane où une jeune fille, Agnès Wanjiru, "a été sauvagement tuée par les soldats" en laissant derrière elle une fillette de 5 mois, aujourd'hui âgée de 12 ans. Il a noté que les agresseurs sont toujours en liberté, le gouvernement britannique n'ayant fourni aucune information là-dessus et n'ayant pas songé à ouvrir une enquête et aider la famille.

"Des crimes bien pires que ceux subis par nos pères"

En outre, de nombreux Kenyans sont morts à cause des grenades non explosées utilisées par les soldats de la BATUK lors d'exercices, a-t-il ajouté. Ces derniers sont souvent menés dans les réserves naturelles et dans les zones peuplées, et que les soldats "ne veulent pas vérifier ce qui n'a pas explosé". Cela entraîne la mort d'enfants qui voulaient jouer avec du métal trouvé, mais aussi du bétail et d'autres animaux dans les réserves, a précisé M. Macharia.
De nombreux Kenyans, d'après lui, sont favorables au renvoi de l'unité hors du pays ou à sa "fermeture", "afin que les Kenyans puissent avoir confiance, qu'ils jouissent de la souveraineté".
Cependant, ses activités et celles de l'ACCPA "irritent", a ajouté le militant. Un gang est ainsi récemment venu chez lui et a harcelé sa famille: "J'ai l'impression que les gens ne sont pas satisfaits de ce que je fais et je dois maintenant sauver ma famille".
Pour cela, il envisageait de demander l'asile politique en Russie, par exemple. "60 ans après l'indépendance, nous sommes toujours confrontés à des crimes bien pires que ceux subis par nos pères", a-t-il conclu.
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