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Donbass. Opération russe
La Russie a lancé le 24 février 2022 une opération militaire spéciale en Ukraine pour protéger les habitants du Donbass subissant le blocage et les attaques de Kiev depuis 2014.

Décennie du Maïdan ukrainien: histoire, origines et déclencheurs

© Sputnik . Andreï Stenine / Accéder à la base multimédiaUn participant à la manifestation pour l'eurotintégration de l'Ukraine à Kiev, novembre 2013
Un participant à la manifestation pour l'eurotintégration de l'Ukraine à Kiev, novembre 2013  - Sputnik Afrique, 1920, 19.02.2024
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Le Maïdan ukrainien de l’hiver 2013-2014, suivi de la guerre dans le Donbass, est une conséquence de la confrontation de longue date entre l’Ouest et l’Est de l’Ukraine, laquelle avait commencé bien avant le 22 février 2014, affirme le correspondant militaire et ex-combattant des forces populaires de Donetsk Alexandre Matiouchine.
La phase ouverte de la crise de février 2014 remonte au "Maïdan de Iouchtchenko" de 2004 -révolution orange ukrainienne patronnée par le Président pro-occidental Viktor Iouchtchenko-, estime Alexandre Matiouchine, correspondant militaire, lieutenant supérieur de réserve et l'un des organisateurs du "Printemps russe" dans le Donbass.

“La guerre est arrivée à Donetsk; pour moi, elle a commencé le 26 mai 2014. Mais ma lutte avec l’Ukraine a commencé bien avant cela, au début des années 2000, alors que je venais de m’engager en politique […]. À partir de ce moment, j’ai commencé à me battre avec l’Ukraine pour préserver la nature russe du Donbass", a déclaré M.Matiouchine.

Ancien commandant du détachement "Variag", il est l'un des organisateurs du "Printemps russe" dans le Donbass. Il avait participé au premier assaut de l'aéroport de Donetsk, aux combats à Ilovaïsk et à Snejnoïé, sur l’axe d'Avdeïevka. Ensuite Alexandre Matiouchine est devenu correspondant de guerre pour la chaîne télévisée russe Pervy Kanal.

Les troubles de l’hiver 2013 - 2014

Considérant l'Ukraine comme un pays de "Maïdan permanent", on espérait qu'au cours des protestations de 2013-2014, le Président Ianoukovitch serait en mesure de régler cette énième crise et d’étouffer les émeutes à Kiev, se souvient le journaliste.
"Alors nous l'espérions, même si des gens étaient déjà allés directement au Maïdan. Et tout cela était organisé par l’administration. Il était impossible pour un groupe [de manifestants, ndlr] d’y venir tout simplement, sans que le Parti des régions [du Président Ianoukovitch, ndlr], qui dirigeait alors l'Ukraine, en soit informé. Les gens partaient des entreprises, en touchant toujours le même salaire plus quelques allocations. Ils s’étaient installés dans le parc Mariinskyi, sous des tentes, donnant l’impression de soutenir le Président."

Le déclenchement de la crise

La crise a commencé en février 2014, lorsqu’on a montré des images des agents de Berkout [unité spéciale de police ukrainienne, ndlr] en flammes, de soldats des troupes internes en flammes et des affrontements sur le Maïdan, rappelle Alexandre Matiouchine.
Selon lui, ces évènements se déroulaient à part du gouvernement qui ne voulait pas participer aux affrontements de rue.
En ce moment-là, le 25 janvier, une première réunion des militants s’est tenue à Donetsk, au cours de laquelle il a été décidé de faire face à des gens venus de l'Ukraine occidentale ou de Kiev, y compris Pravy Sektor (Secteur droit)*, s’ils venaient dans la ville, a évoqué l’ex-commandant.

La création d’une force populaire à Donetsk

C’est tout de suite après la victoire du Maïdan le 22 février qu’une force populaire a commencé à se former dans le Donbass.
"Nous avons programmé un rassemblement le 23 février. Des militants venaient de presque toute la région de Donetsk […]. Il s’agissait probablement du premier rassemblement massif depuis 2004 à Donetsk qui n’était pas organisé directement par les structures pro-gouvernementales. Un rassemblement populaire [représenté] principalement par des jeunes de 20 à 35 ans."
Le tout premier groupe des militants ne comptait qu’une quinzaine de personnes, rappelle l’ex-commandant.
"En une semaine, du 23 février au 1er mars, les militants ont continué à affluer, les gens échangeaient des contacts. Un noyau s’est donc constitué. Et le 1er mars ont commencé les événements qui ont conduit au Printemps russe."

La division de l’Ukraine

D’après M.Matiouchine, à cette époque, il semblait déjà que le pays commençait à se diviser en deux parties. Or, des "cris" reflétant cette idée ont commencé à retentir pendant le Maïdan, du côté occidental, prétendant que "si Ianoukovitch gagnait, si le Maïdan perdait, les régions occidentales se sépareraient de l'Ukraine", ce qui allait déjà au rebours de la Constitution de l'Ukraine, tranche le journaliste.
Mais en fait, cette divergence entre les deux Ukraine est devenue apparente depuis le Maïdan de Iouchtchenko, affirme-t-il.
"C’est à ce moment-là que nous avons bien réalisé que nous étions différents."
Le projet de fédéralisation de l’Ukraine avait déjà été avancé bien avant par le Parti des régions [du Président Ianoukovitch], l’un des plus grands partis d’Ukraine à l’époque, poursuit le militant.

Le projet de fédéralisation de l’Ukraine

"Laissons l’Ukraine, ne la déchirons pas, mais créons deux régions autonomes différentes. [D’un côté], le sud-est, qui alors comprenait précisément le territoire de Kharkov à Odessa, en fait la Novorossiya avec la Crimée. [Et de l’autre coté], les régions du Nord-Ouest où ces tendances pro-ukrainiennes étaient fortes."
Et tout au long des 10 ans d’existence de ce projet, de 2004 à 2014, cet écart devenait de plus en plus apparent, de plus en plus évident, affirme le journaliste.

Les raisons économiques

L’une des raisons de la séparation des deux Ukraine est économique, explique M.Matiouchine.
"Lorsque les accords gaziers et tout le reste ont commencé sous Iouchtchenko, les prix du gaz ont augmenté, le Donbass a commencé à chuter économiquement, sa croissance a commencé à ralentir. Les habitants du Donbass, même des ouvriers ordinaires, en accusaient Iouchtchenko, protégé de l’Ukraine occidentale."
Historiquement, le Sud-Est a toujours été tourné vers la Russie, rappelel l’ex-commandant.
"Et tous ces coups depuis 2004, quand il y a eu la rupture des relations, la guerre gazière [entre l’Ukraine et la Russie], ’la guerre du sucre’, toutes ces perturbations économiques, bien sûr, ont frappé très durement le Donbass parce que même son industrie était liée à des prix bon marché du gaz russe."
En outre, la glorification de Shoukhevytch et de Bandera, des héros nationaux occidentaux, a été perçue très négativement par les habitants du Donbass, ce qui a amplifié le mécontentement.
"Bien sûr, tout cela nous a déchirés. Et l’année 2014 est tout simplement devenue un catalyseur de ce processus de notre division, qui durait déjà depuis un certain temps. "
Pour finir, il y avait également des opinions divergentes sur les questions liées à l'intégration européenne, propulsée initialement par le Président pro-oriental Ianoukovytch.

La suspension de l’accord d’intégration: le détonateur du Maïdan

Le principal élément déclencheur qui a conduit au Maïdan de février 2014 a été la suspension par Ianoukovitch de l’accord d’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne, estime M.Matiouchine.
"Après tout, peu de gens se souviennent qu’en principe le Maïdan a commencé le jour même où Ianoukovitch a refusé de signer l’intégration européenne."
L'une des principales raisons de cette suspension était un calcul basique des conséquences économiques de la transition aux standards européens, précise le journaliste.

"Le conseiller le plus proche [de Ianoukovitch, ndlr], Nikolaï Azarov, a simplement calculé au dernier moment que, pour passer aux normes européennes, l’Ukraine tomberait dans un gouffre d’endettement que personne n’avait jamais vu. Parce que cette transition [concernerait] tout, des prises électriques aux chemins de fer."

Tout de suite après cela, des étudiants sont sortis à Kiev, continue Alexandre Matiouchine. Ces derniers ont été dispersés par Berkout, devant les caméras, ce qui a provoqué "une vague d'indignation à partir de laquelle cet Euromaïdan était directement né", soutient le correspondant.

Le rôle des oligarques dans le conflit ukrainien

Un autre élément propulseur consiste en des oligarques ukrainiens qui avaient directement obtenu le soutien de l’Occident collectif. Ce dernier tentait depuis le début de créer à partir de l’Ukraine un organisme antirusse. L’idée même de l’Ukraine contient la pierre de cette russophobie: l’Ukraine n’est pas la Russie, a avancé l’ex-combattant.
"Ils ont essayé de détruire une partie historique de la Russie précisément à travers le projet antirusse de l'Ukraine."
Au bout du compte, les oligarques, qui commençaient à perdre leurs profits à cause de Ianoukovitch et de sa famille, se sont unis.
"Ils pensaient que grâce à leurs marionnettes, telles Dobkine [ex-gouverneur de la région de Kharkov] et Kernes [ex-maire de Kharkov, ndlr] aujourd'hui décédé, ils seraient encore capables de réprimer cette indignation [populaire], […] et d'amener le bétail dans une stalle et de régler ce problème. [Selon eux], l’Ukraine resterait intacte, ne perdrait rien et ils continueraient, avec l’Occident, de détruire l’industrie ukrainienne."
En fait, ils ne s'attendaient pas à une explosion populaire si puissante à Donetsk et à Lougansk. Ils ne s'attendaient pas non plus à ce que la Russie la soutienne, indique le journaliste.
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