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    Au Cameroun, le champion NBA Pascal Siakam veut détecter de nouveaux talents

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    L’ailier fort des Toronto raptors a de nouveau foulé sa terre natale après sept ans d’absence. Il avait conçu le projet qui consiste à organiser des camps de basket pour former des jeunes de son pays. Il vient de réunir 43 jeunes dans sa ville natale, Douala. Portrait.

    Mercredi 7 août 2019. Il est un peu plus de 16 heures au gymnase du Collège Dominique Savio, un établissement de la ville de Douala, la capitale économique du Cameroun. Le lieu accueille depuis 8 heures du matin un camp de basket-ball ouvert à 43 jeunes basketteurs (filles et garçons) de moins de 16 ans. L’événement est organisé par Pascal Siakam, le Camerounais qui a remporté le championnat NBA (National basket-ball association) cette année avec son club, les Toronto raptors.

    Au milieu de jeunes basketteurs, le champion se courbe, tend le bras et aussitôt le dirige vers le haut. Les apprenants répètent le geste en faisant un joyeux vacarme. Depuis le début de ce stage le géant haut de 2, 06 mètres regarde ses protégés évoluer sur le plancher, discute avec eux, les conseille:

    «Ils sont très polis. J’ai essayé de parler à tous les jeunes parce que c’est très important d’avoir cette communication. Juste pour leur montrer que nous sommes des gens normaux. Je leur ai dit qu’ils pouvaient continuer à oser poser des questions», déclare au micro de Sputnik le joueur ayant eu la meilleure marge de progression en NBA la saison écoulée.

    © Photo. Africanews
    Pascal Siakam au milieu des jeunes basketteurs à Douala

    Les grands yeux de la jeune star du basket-ball mondial pétillent quand il parle de sa rencontre avec les adolescents. Le premier camerounais champion de NBA les couve littéralement du regard. Parfois, debout ou assis Pascal Siakam, casquette noire vissée sur la tête, T-shirt blanc et short noir interpelle, recadre les petits basketteurs qui se déploient sur le joli parquet. Parfois, il discute avec un encadreur. C’est un Siakam visiblement content de voir ces campeurs, décontracté, qui remet plus tard les récompenses aux meilleurs. Il les étreint, leur sourit, les congratule, les encourage.

    Les jeunes sportifs sélectionnés sont en train de vivre un moment exceptionnel. Certains, à l’instar de Suzanne Gann, se disent heureux d’avoir rencontré l’icône mondiale de la balle orange. La frêle jeune fille est sociétaire du club Deido basket. Pour avoir joué avec Pascal Siakam, elle se considère déjà comme une privilégiée. Cela aura été un moment important de son parcours sportif.

    «J’attendais ce moment depuis un moment. Mon rêve s’est réalisé aujourd’hui. Pascal Siakam, c’est quelqu’un qui s’est battu avec beaucoup de force et a beaucoup travaillé à l’école. Il nous a dit qu’il est content de nous voir cela m’a fait vraiment plaisir de le rencontrer. Jouer avec lui m’a fait progresser», confie la jeune fille au micro de Sputnik.

    Sans doute, elle et ses compagnons attendent-ils déjà avec impatience les prochains camps. Annoncés par la star mondiale née à Douala. Les propos d’Amadou Gallo Fall, le Sénégalais qui dirige la Basketball Africa league (BAL) laissent en tout cas penser qu’ils ont de bonnes raisons d’espérer une suite. Le directeur général de NBA Africa a expliqué à Sputnik qu’en Afrique désormais la multiplication des activités est au programme. Le but étant de donner du goût, de l’envie, de la confiance aux jeunes Africains. Un projet qui devrait révéler de nouveaux génies. Le patron de l’académie de basket-ball africain estime en effet que le talent est énorme en Afrique et que les camps sont l’occasion de les exposer, les peaufiner. En un mot, ils doivent faire rêver les jeunes.

    Retourner l’ascenseur aux jeunes basketteurs

    C’est d’ailleurs grâce à un camp que Siakam a lui-même débuté.  Le maître du basket qu’il est devenu n’a pas toujours été attiré par cette discipline. Comme la plupart des jeunes au pays de Samuel Eto’o Fils et Roger Milla, il préfère nettement le football. Il veut surtout marquer la différence d’avec ses aînés qui eux préfèrent la balle orange. C’est son père qui l’amène au basket-ball. Il va le pratiquer malgré lui. Après avoir pris part au camp de basket-ball organisé par le joueur camerounais de la NBA Luc Mbah à Mouthé en 2011, l’ailier fort des Toronto raptors revient en 2012.

    «La première fois que Pascal a commencé à s’intéresser au basket-ball, c’était grâce à certains joueurs qui sont revenus au Cameroun. Ils organisaient les camps comme le joueur de NBA Luc Richard Mbah à Mouthé à Yaoundé. Pascal a pris part à ce camp. C’est de là qu’est partie l’idée de faire la même chose le jour où il reviendrait au Cameroun. Quand tu sors du puits, tu renvoies l’échelle en bas pour essayer d’aider les autres», se souvient James Siakam, l’un des trois grands frères de Pascal Siakam. 

    Au terme de la formation qu’organise Luc Mbah à Mouthé, Siakam se fait inviter au camp «basket-ball sans frontières», organisé en Afrique du Sud par la NBA et la FIBA (Fédération internationale de basket-ball). Le président des Toronto raptors, Masai Ujiri, le regarde jouer et tombe sous le charme. C’est tout naturellement qu’il décide de suivre le jeune talent — le Camerounais va rejoindre l’équipe du Nigérian lorsqu’il sera drafté en NBA — . Lui y participe sans grande conviction.

    Tout s'enchaînera très vite pour lui par la suite. Un passage dans les rangs d’Aggies, une formation de l’université de l’État américain du Nouveau-Mexique, dont il défend les couleurs à partir de 2016, puis Pascal Siakam, multiplie les exploits au plus haut niveau pendant trois saisons côtoyant sur les parquets d’illustres prédécesseurs venus du Cameroun comme Luc Richard Mbah à Mouthé et Joël Embiid. Le jeune prodige fait alors partie de ceux qui hissent les Toronto raptors au sommet de la division Atlantique de la NBA en 2018 et 2019.

    Mais si Pascal Siakam atteint les sommets, c’est parce qu’il veut rendre hommage à son père mort dans un accident de la route au Cameroun en octobre 2014. «Je n’avais plus peur de prouver aux gens qu’ils avaient tort. Je jouerai pour mon père maintenant. Je jouerai pour son rêve d’avoir un fils en NBA. Je voulais le rendre fier en lui offrant ce cadeau.», confiera-t-il plus tard au Players tribune, un confrère américain.

    Il est présent lorsque le club devient champion de la Conférence Est, le tournoi zonal de cette année-là. Le Camerounais a également récolté des récompenses individuelles depuis son arrivée aux États-Unis d’Amérique. En 2015 la Western athletic conference fait de lui le «freshman» de l’année. Celle-ci en fait son «joueur de l’année» en 2016. La même année il est récompensé de la «AP Honorable Mention All-American». 

    Son sacre en juin dernier lui vaut les félicitations du Président de la République du Cameroun Paul Biya et de son ministre en charge des Sports Narcisse Mouelle Kombi. Les performances de Siakam et d’autres camerounais de NBA font en quelque sorte la promotion du basket-ball chez eux.

    Cette discipline, classée parmi les sports dits «mineurs» au Cameroun demeure en dépit de quelques changements qualitatifs moins bien organisée et connue que le football par exemple. Pascal Siakam en a conscience lui qui au lendemain de son sacre avec les Toronto raptors confiait à la radio RFI qu’il espérait «susciter de nouvelles vocations», «voir le basket camerounais progresser et voir de nombreux joueurs suivre nos pays». Ce n’est donc pas un hasard si le crack du basket mondial s’est fait accompagner dans son pays par Amadou Gallo Fall.

    «Pascal sur le terrain est le leader. Pour moi il représente ce que nous essayons de faire sur le continent. Instruire les jeunes, utiliser le basket-ball comme un vecteur du développement. Il est au plus haut niveau du basket au monde. Il n’a pas oublié ses origines. Il vient à Douala et pendant ce temps je suis persuadé qu’il va faire de très grandes choses», déclare à Sputnik Amadou Gallo Fall pour qui Pascal Siakam représente une fierté pour la NBA et «pour toute l’Afrique».

    La nouvelle star s’est montrée plutôt discrète, car n’ayant pas voulu de flonflons, de vivats, de cérémonies grandioses, ni de bains de foule pour son retour au pays natal sept ans après son départ. Alors qu’un fan’s club s’était constitué à Douala pour lui réserver un accueil digne du champion planétaire qu’il est devenu à sa descente d’avion, Pascal Siakam s’est contenté du strict minimum. Juste la famille et quelques proches triés sur le volet pour lui souhaiter la bienvenue dans la nuit du 2 au 3 août 2019.

    «Je suis revenu au Cameroun pour des raisons personnelles, familiales. Je n’ai pas eu l’occasion d’aller au deuil de mon père. Ce voyage était beaucoup plus focalisé sur l’hommage à mon père décédé», a-t-il expliqué lors de la conférence de presse organisée le 6 août 2019 dans un luxueux hôtel de la capitale économique camerounaise.

    La Fédération camerounaise de basket-ball avait elle aussi prévu de célébrer son ancien licencié. Bien que déçus, ses responsables comprennent son refus et promettent de se rattraper plus tard:

    «C’est la première fois qu’il revient au pays après le décès de son père. Il n’avait pas pu prendre part aux obsèques. Apparemment il ne voulait pas faire de bruit autour de son séjour. Beaucoup de choses étaient prévues y compris une cérémonie des Awards. Nous respectons la volonté de son clan qui n’a pas souhaité que les choses se passent comme cela. Nous avons compris leur démarche. Les années prochaines très certainement les choses se feront autrement parce que l’excuse ne tiendra plus», a assuré le secrétaire général Camille Njoh Ekiti.

    Le dirigeant fédéral se dit fier du parcours de l’enfant prodige. Il salue les progrès d’un jeune qui s’est hissé vers les sommets par la force de sa volonté et des efforts qu’il a fournis sur les terrains de basket-ball. Un sportif qui comme d’autres illustres basketteurs avant lui, a choisi de tendre la perche aux autres jeunes amateurs de basket-ball restés au pays. Il veut donner à ces passionnés pas toujours bien lotis le droit de caresser le rêve d’une grande carrière.

    Pierre Arnaud Ntchapda

    Tags:
    basketball, Cameroun
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