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Près d’un mois après le premier sommet Russie-Afrique à Sotchi, Antoine Somdah, l’ambassadeur du Burkina Faso en Russie, a donné une interview exclusive à Sputnik, dans laquelle il livre sa vision des origines de la crise au Sahel et évoque la coopération militaire avec la Russie, sans oublier le rôle de l’ONU dans la lutte contre le terrorisme.

Après la mort de 13 militaires français au Mali, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, dans une allocution devant la commission des Affaires étrangères mercredi 27 novembre, avait demandé au Mali, mais aussi au Burkina Faso, pays limitrophe, «d’agir davantage» sur le plan politique. Sputnik a souhaité savoir quelle était la réaction de Ouagadougou à cette demande. Antoine Somdah, l’ambassadeur du Burkina Faso en Russie, a expliqué pourquoi il s’agissait d’une responsabilité partagée, et non celle des États africains uniquement.

«Ce n’est pas à eux seuls [les États africains] de prendre leurs responsabilités, y compris la France, y compris ses alliés, parce que la crise qui sévit actuellement dans la zone sahélienne a été provoquée par la déstabilisation de la Libye», a-t-il déclaré.

Et de souligner que la France avait été appelée à ne pas se rendre dans cette zone.

«Nous avions à [cette époque] demandé à la France de ne pas aller au-delà effectivement […] la zone d’exclusion. Vous voyez, maintenant, tout le monde a vu ce qu’il s’était passé».

Concernant la demande de Jean-Yves le Drian, l’ambassadeur affirme que les pays africains sont «très bien organisés». Il rappelle cependant que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) avait proposé aux Nations unies d’aider l’armée dans la gestion de la crise malienne en 2012.

«On a la MINUSMA actuellement, la mission des Nations unies au Mali. Vous voyez le résultat et les choses ne font qu’empirer».

L’Onu dans la lutte contre le terrorisme

L’ambassadeur affirme qu’il faut «remettre les Nations unies au centre du jeu», mais estime que les petits pays devraient pourvoir participer davantage au Conseil de sécurité, qui nécessite une réforme. D’après lui, il faut «que les petits pays, qu’on dit petits pays en développement, participent aussi aux décisions majeures» car une approche différente, «entre petits et grands», permettrait «de résoudre beaucoup de choses».

La coopération militaire avec la Russie

Interrogé sur l’accord militaire signé en 2018 par la Russie et le Burkina Faso, Antoine Somdah souligne qu’il s’agit d’une coopération très vaste qui ne s’arrête pas à la livraison d’armes, et qui date de plusieurs années.

«La coopération entre la Russie et le Burkina Faso date de très longtemps. Je me rappelle que depuis les années 1970 nous avions un accord de coopération militaire avec la Russie, l’Union soviétique en ce temps. Nous avons formé des militaires. Il y a la formation, il y a le domaine culturel, il y a beaucoup de choses que les militaires font, ce ne sont pas seulement les armes», a-t-il expliqué.

Bien que l’accord ne soit encore qu’«à la phase de mise en œuvre», il considère que la longue coopération entre les deux pays, notamment avec la formation de militaires burkinabé en Russie, est «une bonne chose».

Sur la potentielle participation de la Russie au G5 Sahel (Vladimir Poutine y a été invité par le Président burkinabé), Antoine Somdah considère le pays comme «un partenaire très important», qui a «sa vision, ses méthodes et ses connaissances», qui pourraient apporter une autre dimension dans la gestion de la crise au Sahel.

Pays reconnu par Paris comme zone dangereuse

Lorsque la France a fait passer son niveau de vigilance au Burkina Faso en rouge et orange, plusieurs sources burkinabè avaient qualifié cette mesure de «discourtoise» en rajoutant que «cela contribue à instaurer dans le pays un climat de psychose».

Prié de commenter la situation, Antoine Somdah avance qu’«on peut peindre un pays comme on veut. On peut donner n’importe quelle couleur à un pays. Et c’est un jeu d’enfants».

Il estime qu’une telle mesure peut «contribuer à créer de l’insécurité» et rappelle encore une fois que le problème que connaît son pays est justement lié à la guerre en Libye et que c’était une responsabilité partagée.

«Quand il y a de l’insécurité dans une zone, dans un pays donné, il y a certains pays qui s’empressent effectivement pour informer leurs compatriotes qui y vivent que la zone est dangereuse. […] Quand il s’agit effectivement d’intérêt personnel […] on court pour se protéger la tête. Donc, ces pays protègent leurs citoyens en peignant le territoire burkinabé en rouge. Mais les Burkinabé, ils vivent là-bas. […]Ce ne sont pas d’autres êtres, ce sont des êtres humains qui y vivent», a-t-il insisté.

Et d’ajouter qu’une telle mesure avait une portée négative sur l’économie et le tourisme de son pays, et «ne [faisait] pas du bien pour le Burkina Faso en tant que partenaire».

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Tags:
G5 Sahel, Sahel, Conseil de sécurité de l'Onu, France, Russie, Burkina Faso
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