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Depuis des mois, le Tchad souffre comme ses voisins des attaques à répétition de Boko Haram. Les Tchadiens sont épuisés. L’économie du pays est à bout de souffle. Une crise sécuritaire doublée d’une crise sanitaire se profile. Le coordinateur du Comité de suivi de l’appel à la Paix et à la Réconciliation revient sur cette double peine.

La dernière attaque de Boko Haram le 23 mars a coûté la vie à 98 soldats tchadiens. La riposte a été immédiate: une offensive nommée Colère de Bohoma menée en l’espace de six jours par le Président Idriss Déby Itno en personne. D’après le chef de l’État qui avait pris les opérations en main, il n’y a «plus un seul élément de Boko Haram sur le territoire tchadien». Est-ce bien la fin? Ou est-ce une situation éphémère? Le pays a souffert si longtemps que le deuil des familles et la crise économique ont formé un nœud désormais difficile à défaire.

Une double crise

À cette situation sécuritaire compliquée et instable se mêle à présent la pandémie du Covid-19 sur le continent africain, et notamment au Tchad, où le gouvernement ferme les écoles, les églises, les marchés et une grande partie des commerces. Une situation qui met en péril la vie de nombreux salariés.

Un couvre-feu de 19h00 à 06h00 a été mis en place dans trois provinces. Le prix du baril de pétrole a chuté. Le Tchad est menacé. Abderamane Ali Gossoumian, coordinateur du Comité de suivi de l’appel à la Paix et à la Réconciliation (CSAPR) est persuadé que «cette double crise sécuritaire et sanitaire pèsera lourd sur l’économie du pays qui demeure tributaire du pétrole».

«La situation qui prévaut au Lac Tchad permet de dire que le pays et les états voisins sont obligés par Boko Haram à faire la guerre. Mais il n’est un secret pour personne que la guerre coûte cher. La riposte engagée par l’armée sous le nom de Colère de Bohoma a aussi mobilisé beaucoup de ressources financières pendant que le pays a besoin de financer son plan de contingence contre le Covid-19 qui s’élève à 15 milliards de francs CFA».

115 millions de dollars du FMI

Comme le confirme à Sputnik le ministère des Finances et du Budget du Tchad, le FMI a accordé un soutien financier de 115 millions dollars au pays. Le Tchad ne compte à ce jour qu’une dizaine de cas de Covid-19. Cependant, des mesures strictes ont déjà été mises en place. Pour éviter une nouvelle crise sociale, le gouvernement se tourne vers la communauté internationale.
Le FMI a également attribué des aides budgétaires au Gabon, à la République centrafricaine et au Cameroun.

«La faim tuera plus que le coronavirus»

Le continent africain a été longtemps épargné par la pandémie du Covid-19. Et pour éviter le scénario européens, les pays tentent tant bien que mal de mettre en œuvre les mesures nécessaires. Mais le développement économique de certains pays, comme le Tchad et le mode de vie de sa population dans le contexte du confinement pourraient donner un résultat bien sombre. Abderamane Ali Gossoumian explique pourquoi:

«La perspective d’un confinement total nourrit également les discussions et la crainte au sein de la population. Beaucoup de citoyens tchadiens ont du mal à supporter la situation quand on sait qu’ils vivent au jour le jour. Il faut sortir pour aller travailler et pouvoir trouver à manger alors si le gouvernement décide de confiner tout le pays, la faim tuera plus que le coronavirus».

Ainsi, le coordinateur du Comité de suivi de l’appel à la Paix et à la Réconciliation se demande si le pays est armé pour faire face à une nouvelle crise sanitaire —gardant en tête le douloureux souvenir des précédentes — couplée à une situation sécuritaire fragile.

«Contrairement à d’autres pays africains, le gouvernement du Tchad n’as pas encore décidé des mesures de compensations. Et pourtant, les prix des denrées alimentaires ont déjà augmentés du fait de commerçants véreux, dit-on. La question est de savoir si le pays pourra faire face aux deux crises, sanitaire et sécuritaire, à la fois…»

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Tags:
Covid-19, Tchad, Boko Haram
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