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En auto-quarantaine après avoir été en contact avec une personne contaminée par le coronavirus, le chef de l’État sénégalais ne veut prendre aucun risque. Reclus dans ses bureaux de l’avenue Senghor, Macky Sall assure la totalité de l’exercice du pouvoir. Selon la présidence, l’idée de vacance du pouvoir n’est pas à l’ordre du jour.

Depuis le 24 juin, le Président Macky Sall est en isolement total dans ses bureaux du palais de l’avenue Senghor à Dakar pour une durée d’au moins deux semaines. Mais pour couper court à toutes les rumeurs et supputations possibles concernant la santé du chef de l’État, le ministre Seydou Guèye, conseiller en communication du Président de la République, s’est davantage expliqué ce 25 juin sur la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS).

«Le Président Macky Sall n’est pas malade, car il a été testé négatif au coronavirus. L’État n’a aucun problème de continuité. Donc il n’y a aucune vacance du pouvoir, il n’y a pas besoin d’intérim. Le Président, à partir de sa position de chef de l’État, de commandant des troupes, continue à gérer la situation de la façon la plus normale. Encore une fois, il n’est pas malade.»

Ce que dit l’article 39 de la Constitution

C’est l’article 39 de la Constitution de mars 2016, proposée au référendum par le Président Macky Sall après celle d’Abdoulaye Wade de janvier 2001, qui régit les modalités de la vacance du pouvoir au Sénégal.

«En cas de démission, d’empêchement ou de décès, le Président de la République est suppléé par le président de l’Assemblée nationale. Au cas où celui-ci serait lui-même dans l’un des cas ci-dessus, la suppléance est assurée par l’un des vice-présidents de l’Assemblée nationale dans l’ordre de préséance», dispose la loi fondamentale sénégalaise.
​Moustapha Niasse, successeur désigné de Macky Sall en cas de vacance du pouvoir
Dans la configuration actuelle du parlement, la vacance du pouvoir serait aux mains de Moustapha Niasse, président de l’Assemblée nationale depuis l’arrivée au pouvoir de Macky Sall en 2012. À 81 ans, cet ancien directeur de cabinet du Président Senghor, ex-Premier ministre d’Abdou Diouf et d’Abdoulaye Wade, plusieurs fois ministre des Affaires étrangères, est à la tête de l’Alliance des forces de progrès (AFP), une dissidence du Parti socialiste (PS) fondé en juin 1999. Quant au vice-président actuel de l’Assemblée nationale, il se nomme Abdou Mbow, la quarantaine. Porte-parole adjoint du parti présidentiel, c’est un compagnon historique de Macky Sall.

​Mais alors qu’elle est le siège de la vacance du pouvoir, cette même Assemblée nationale n’est pas épargnée par le coronavirus. Vingt-six députés de la commission des lois viennent d’être placés sous surveillance médicale après avoir été en contact avec Yeya Diallo, leur collègue socialiste contaminée par le coronavirus.

​Thierno Alassane Sall, ancien ministre devenu opposant, ironise sur une faute de frappe dans le communiqué de la présidence annonçant l’auto-quarantaine du Président.

«Ni malade, ni suspect, ni indisponible»

C’est dans la soirée du 24 juin que le pôle communication de la présidence de la République a annoncé l’auto-quarantaine du chef de l’État. Celui-ci a été en contact avec une personne contaminée au coronavirus. Mais l’identité de celle par qui le «scandale» est arrivé n’a pas été dévoilée. Toutefois, il est possible que cette personne soit le ministre d’État Mbaye Ndiaye, proche collaborateur de Macky Sall, atteint du virus de même que ses deux femmes, et hospitalisé depuis quelques jours à l’hôpital Principal de Dakar.

«C’est le Président lui-même qui a pris la décision de se mettre en quarantaine pour, en quelque sorte, donner suite aux recommandations des experts médicaux sur les gestes barrières qui incombent à tous. C’est une démarche de pédagogie et de transparence, car le virus est là», a ajouté Seydou Guèye.

Interrogé par Sputnik, Moustapha Diakhaté, ancien chef de cabinet du Président Sall, confirme que la vacance du pouvoir n’existe pas, car aucune des conditions qui la constituent n’est réunie à l’heure actuelle.

«Le Président n’est ni malade, ni indisponible, ni absent du territoire national. Au contraire, il y a un message que les Sénégalais peuvent tirer de cette situation: quand l’homme le plus et le mieux protégé du pays, ni malade et en bonne santé, se met ainsi en quarantaine parce qu’il a été en contact avec une personne atteint du virus, les Sénégalais doivent prendre leurs précautions par rapport à la maladie.»

​Le ministre d’État Mbaye Ndiaye (3e à partir de la droite), est-il «la personne» qui a été en contact avec Macky Sall?

À la date du 26 juin, le coronavirus a déjà tué 98 personnes au Sénégal sur un total de 6.354 cas positifs répertoriés par le ministère de la Santé. De nombreuses personnalités ont été contaminées. Dans le lot: Aliou Sall, frère cadet du chef de l’État, et sa femme, les anciens ministres Moustapha Guirassy, Bamba Ndiaye et Oumar Sarr, ex-secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS). Le ministère de l’Intérieur est devenu, quant à lui, une place forte du virus avec une trentaine de cas positifs. Son chef, Aly Ngouille Ndiaye, est lui-même en auto-confinement depuis plusieurs jours.

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Tags:
Sénégal, Covid-19, Macky Sall
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