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Coup d'État au Mali (40)
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Au pied du mur avec un ultimatum des chefs d’État ouest-africains qui arrive à expiration ce 22 septembre, la junte malienne a déniché un profil pour conduire la transition. Le colonel Bah N’daw, ancien ministre et ex-militaire devenu civil, devrait faire l’unanimité, même auprès de la CEDEAO qui pourrait faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Le profil hybride du colonel-major à la retraite Bah N'Daw, choisi par la junte malienne pour assurer la présidence de la transition au cours des 18 prochains mois, va-t-il plaire à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)? L’organisation régionale exigeait un Président et un Premier ministre tous deux civils nommés au plus tard ce mardi 22 septembre 2020 sous peine d’un «embargo total» contre le Mali. Le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) au pouvoir à Bamako depuis le 18 août dernier lui impose presque un ancien ministre de la Défense de 70 ans, ex-aide de camp du défunt Président Moussa Traoré, cadre militaire de haut rang formé à Moscou et à l’École de guerre de Paris. La CEDEAO s’en contentera-t-elle pour tourner la page?

«La CEDEAO peut bien dire non à cette nomination mais les Maliens semblent l’accepter. Ce colonel à la retraite est un profil mélangeant ancien régime et volonté de changement de la part des militaires. Il est une sorte de compromis entre un ancien monde et un nouveau, car c’est un soldat qui fut très proche de l’ancien Président, le général Moussa Traoré, auquel la junte a d’ailleurs rendu visite peu avant son décès», explique à Sputnik Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE).

Homme fort du Mali entre son putsch de septembre 1969 et sa chute brutale de mars 1991, Moussa Traoré est décédé le 15 septembre dernier à Bamako. Il a pu souffler le nom de son ancien collaborateur aux colonels de la caserne de Kati en quête d’une figure de synthèse compatible avec les exigences des Maliens et acceptable pour les chefs d’État de la CEDEAO.

«La junte joue une partie mesurée pour satisfaire tout le monde mais en veillant à assurer son ancrage politico-militaire dans la société malienne. C’est pourquoi je pense que cette nomination devrait satisfaire la société civile et les forces politiques et sociales regroupées dans le Mouvement du 5-Juin. La manœuvre est agile et habile», souligne Emmanuel Dupuy.

Bah N'Daw, le profil idéal qui réconcilie tout le monde?

Un peu en retrait, le colonel Assimi Goïta, chef de la junte, va assurer la vice-présidence de la transition. Un casting qui peut faire penser que le CNSP entend bien conserver son influence et sa primauté dans cette période qui débouchera sur des élections générales au premier semestre de 2022. Mais la probable nomination d’ici à vendredi prochain d’un Premier ministre civil serait de nature à contenter tout le monde.

«Il faut se féliciter de ce que la junte militaire ait amorcé le début de la sortie de crise avec le choix du colonel-major à la retraite Bah N’daw comme Président de la transition. Étant retourné à la vie civile, il correspond parfaitement au profil exigé par la CEDEAO. Les chefs d’État n’ont donc plus d’autre choix que de lever, sans délai, l’ensemble des sanctions prises contre le Mali», plaide le docteur Cheikh Tidiane Dièye, directeur du Centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement (Enda CACID) interrogé par Sputnik.

Dans cet imbroglio malien aux acteurs multiples et divergents d’intérêts, il n’est pas certain que la «bonne volonté» des militaires suffise pour que le pays échappe aux fourches caudines d’une CEDEAO de plus en plus regardante sur le respect des règles de bonne gouvernance démocratique. Toutefois, le pragmatisme pourrait l’emporter.

«Ces dernières semaines, le rapport de forces semble changer de camp ou du moins s’équilibrer. Chaque partie prenante joue son va-tout mais à la fin, toutes finissent par faire des concessions. La CEDEAO est prête à revoir la durée de la transition, le M5 [mouvement de contestation qui a déblayé la voie au putsch du 18 août contre le Président Ibrahim Boubacar Keïta, ndlr] ne ferme pas totalement la porte au CNSP à condition que soit revue la copie de la Charte de la transition», du nom de la feuille de route adoptée le 12 septembre après des concertations nationales, soutient le politologue Emmanuel Desfourneaux approché par Sputnik.

Le nouveau Président de la transition, théoriquement désigné par un collège électoral de 19 membres, devrait prêter serment ce vendredi 25 septembre. Mais entretemps, rien ne semble gagné d’avance pour la junte. La méfiance dont fait preuve le Rassemblement des forces patriotiques (RFP-M5), coalition de forces politiques et sociales fédérées par l’imam Mahmoud Dicko, et qui rejette toujours la Charte et accuse le CNSP de vouloir garder le pouvoir, reste une menace pour sa stratégie de conduite de la transition.

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Commission Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), embargo, président, Mali
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