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Coup d'État au Mali (40)
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La Coordination des mouvements de l'Azawad estime que la phase de transition politique engagée au Mali retardera l’application de l’accord d’Alger signé en 2015. Un responsable de la principale organisation de la rébellion du nord-Mali estime nécessaire de reconstituer au plus vite les unités de l’armée régulière pour lutter contre le terrorisme.

Le Mali dispose désormais d’un Président de transition en la personne de Bah Ndaw, un colonel à la retraite qui a occupé le poste de ministre de la Défense nationale en 2014. Désigné lundi 21 septembre par les officiers auteurs du coup d’État contre le Président Ibrahim Boubacar Keïta, il prête serment ce vendredi 25 septembre. Bah Ndaw, qui sera épaulé par un vice-Président, le colonel Assimi Goïta, chef des putschistes, devra gérer le pays dans le cadre d’une «charte de transition» pour une période de 18 mois.

Mais la démarche des nouveaux maîtres de Bamako risque d’avoir des conséquences politiques, sécuritaires et sociales sur les populations du nord du pays. Depuis la signature de l’accord d’Alger en 2015 avec les organisations rebelles regroupées au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), quasiment aucune de ses mesures n’a été mise en œuvre. Dans une déclaration exclusive à Sputnik, Hama Ag Sid’Ahmed, conseiller spécial chargé des affaires politiques auprès du secrétaire général du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA-CMA), estime que le processus est suspendu pour une période d’au moins «deux ans et huit mois».

«La Coordination des mouvements de l’Azawad observe ce qui se déroule actuellement à Bamako. Nous estimons qu’un délai minimum de deux ans et huit mois sera nécessaire pour élire démocratiquement un nouveau Président du Mali et avoir enfin des interlocuteurs. D'ici là, il n’y aura pas d'application de l'Accord d’Alger. Nous espérons seulement que le gouvernement de transition changera radicalement le système électoral. Les militaires doivent opérer un nettoyage radical pour mettre en place un système électoral transparent et lutter contre la corruption qui a gangrené le Mali, au même titre d’ailleurs que les pays voisins», affirme Hama Ag Sid’Ahmed.

Engagement antiterroriste

Le représentant de la CMA avait indiqué à Sputnik le 21 août 2020, n’avoir «aucun contact officiel avec les militaires auteurs du coup d’État contre Ibrahim Boubacar Keïta» et que «les Touaregs pourraient exiger l’instauration d’un système fédéral si la période de transition politique devait perdurer».

Cependant, pour la Coordination des mouvements de l’Azawad, la priorité reste la lutte contre les groupes terroristes présents sur une grande partie du territoire malien. Pour cela, il est nécessaire d’appliquer certaines dispositions sécuritaires de l’accord d’Alger, notamment celles relatives à l’intégration des anciens combattants des mouvements de rébellion au sein de l’armée malienne et le déploiement d’unités sur le terrain.

«La sécurité est la préoccupation majeure de la CMA. Il est nécessaire de créer des unités armées reconstituées, composées majoritairement des populations du nord et dotés d’équipements adéquats, pour combattre le terrorisme et lutter contre toute forme  d’insécurité. Mais cela, le pouvoir de Bamako a toujours refusé de le mettre en œuvre. Il faut commencer par prendre en compte immédiatement tous les combattants de la CMA en attendant leur intégration dans les unités reconstituées de l’armée régulière», insiste Hama Ag Sid’Ahmed en rappelant que ces mécanismes sont inscrits dans l’accord d’Alger.

Les «oubliés» de l’Azawad

Le conseiller spécial chargé des affaires politiques auprès du secrétaire général du MNLA, principale organisation de la CMA, regrette que les anciens combattants rebelles fassent partie «des grands oubliés». Actuellement, «ils se débrouillent comme ils peuvent», regrette-t-il. Pourtant, «la communauté internationale avait assurée qu’ils seraient pris en charge dans le cadre de l’accord d’Alger», rappelle-t-il. Cette prise en charge devait être «essentiellement d’ordre alimentaire pour leur permettre de faire vivre leur familles».

Sur la plan sécuritaire, Hama Ag Sid’Ahmed estime que les militaires putschistes «tentent de faire le maximum» mais qu’ils sont plus concentrés sur les affaires politiques que sur la lutte antiterroriste. «Les membres de la junte restent distraits. Cela peut favoriser le terrorisme même si on sait que les militaires français sont en première ligne», assure-t-il.

La lutte contre les organisations terroristes, principalement le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le grand Sahara (EIGS)* est en premier lieu du ressort des troupes françaises engagées au sein de l’Opération Barkhane.

De son côté, le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, s’est engagé lundi 21 septembre à gagner «la lutte contre le terrorisme».

«Je voudrais vous faire la promesse que nous gagnerons la guerre qui nous a été imposée. Les forces de défense et de sécurité doivent être davantage mobilisées, formées, aguerries et mises dans les conditions matérielles et morales de la victoire qu'elles ont obligation de remporter contre l'ennemi. Les forces de défense et sécurité se battent avec bravoure. Mais, nous le savons tous, les guerres asymétriques se gagnent difficilement. Elles se gagnent avec le temps dans la détermination et dans la résilience», a affirmé l’officier malien qui occupe désormais le poste de vice-Président.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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